Les souliers d’beu(28) Les impôts et les taxes!

 

 Les impôts et les taxes!

        Pendant que Pierre vit ses aventures au Mississipi, Marie-Josephte Collard/ Lefebvre se démerde comme elle peut, sur sa terre de sable. Nous l’avons laissée en 1795 avec trois enfants dans ses jupes, dont le plus âgé a 7 ans. Voyons la situation sociale dans laquelle elle vit. Quelles sont ses obligations envers la société de l’époque?

       Les propriétaires de terres au Canada, depuis les tout débuts de la colonisation, doivent payer certaines formes de taxes. Il y a d’abord le CENS qui se chiffre de 2 à 3 sols par arpent de front de terre. La majorité sont de trois arpent de front; donc : maximum 9 sols par an.

       Ensuite vient la RENTE; qui coûte autour de 20 sols par arpent de front; donc 60 sols additionnels par an. La rente est majoritairement payée en produits naturels : un coq ou un sac de blé.

       Lorsque l’habitant fait moudre son grain, cela lui coûte le 14e minot de grain qu’il remet au propriétaire du moulin.

       Pour avoir la permission de pêcher sur la seigneurie, le pêcheur doit remettre le 14e poisson au Seigneur.

       Enfin il y a la dîme estimée à 1/26e de la récolte, remise au curé.

       Ajoutons à tout cela,  la corvée, qui existe depuis le Moyen-âge, soit de 3 à 5 jours de travail communautaire servant à entretenir les routes et les ponts, ou construire des bâtiments ou des fortifications. Ces corvées sont dues au Seigneur de l’endroit.

      Lorsque les Anglais prennent le Canada, le régime britannique s’ajoute en 1763.

      Les principaux revenus des autorités gouvernementales proviennent, au Bas-Canada, des droits des douanes et d’accises sur les produits ouvrés importés; soit : le vin, les alcools, le tabac et les tissus anglais. On taxe ces marchandises à l’arrivée du bateau aux ports. Les obligations des habitants ne changent donc pas significativement.

      Dans le haut-Canada, qui ne dispose pas de ports de mer, on compense par des impôts fonciers.

      Par contre, les premiers impôts fonciers font leur apparition en 1796 dans le Bas-Canada. Robert Prescott est gouverneur du Canada de 1796 à 1807.

 

          Quant à la politique, Josephte ne s’en mêle pas du tout. On a vu déjà comment se déroulent les élections. Et comme le vote se fait de vive voix, le brasse-camarade est omniprésent. De 1792 à  1867, les élections font au moins 20 tués et il est impossible de connaître le nombre de blessés.

          C’est là, la somme des « obligations sociales » que Marie Josephte doit rencontrer, lorsque Pierre Lefebvre est tué en 1799.  La même structure durera jusqu’en 1836. Par contre, les tarifs sur les tissus anglais ne cesseront d’augmenter et cette année-là, le parti de Louis Joseph Papineau se présente à l’assemblé du Bas-Canada, vêtu « d’étoffe du pays » pour protester.

          En 1799, Ignace, l’aîné de Josephte, est âgé de 11 ans. Depuis déjà quelques années, il aide sa mère à subvenir aux nécessités. Le jardin s’agrandit un peu, d’année en années. On n’a toujours que deux chèvres, mais on a pu se procurer quelques moutons additionnels. Une truie est là depuis les débuts. La mère Josephte la fait saillir, une fois par an,  par le porc de son frère qui demeure près de chez elle.

 

         Elle s’est construit un petit poulailler qui lui permet de rencontrer ses obligations et ses besoins. Elle se fait surtout une renommée grâce aux chapons qu’elle élève, pour payer ses dus au Seigneur de sa terre.

 

        Elle en fait aussi du troc pour de la farine et du sarrazin. Ses deux derniers fils, Laurent, 9 ans, et Joseph, 7 ans, vont à la pêche tous les jeudis, pour attraper le poisson,  nourriture coutumière et obligatoire du vendredi. Ils prennent leurs responsabilités au sérieux et  comptent les poissons qu’ils attrapent pour garder le 14e à remettre au Seigneur du lieu. Celui-ci a déjà essayé de s’approprier d’un plus gros poisson, trouvant que celui qu’ils lui offraient était plutôt « minuscule ». C’est Joseph qui, alors, se rebelle en disant :

– C’ui-là c’est le neuvième, le vôtre c’est celui que Laurent vous donne. C’est lui le 14e. La mère a dit qu’y faut pas tricher!

-La mère dit ça? Demande le Seigneur.

-Ouais!

-Dans ce cas-là, ça va. J’accepte le quatorzième. Merci.

       Et Joseph tend la main au Monsieur qui la lui serre gentiment. Les deux enfants pivotent et retournent chez eux.

– Encore deux autres Canayens qui s’en laisseront pas imposer par parsonne. Dit le Seigneur à son épouse qui riait. Il referme la porte du manoir et lui remet le « poisson ».

       La famille est « pauvre », mais elle se retrouve dans une situation semblable à celle de la majorité des paysans autour d’elle. Il n’y a pas vraiment une grande différence, au niveau des besoins essentiels, entre les pauvres et les gens à l’aise. La différence se distingue surtout dans les « dépenses » pour le « luxe » et les plaisirs. Le vin, les tissus d’Angleterre et le tabac importé n’existent pas chez ces Lefebvre. L’alcool est fabriqué par Josephte, le tabac est cultivé derrière la maison et on s’habille avec des peaux traitées par elle et la laine des moutons qu’elle file elle-même.

 

           La famille possède deux gros chiens qui assurent la sécurité, rassemblent les animaux et secondent Ignace à la chasse au chevreuil, pour assurer de la viande et des peaux souples à la maisonnée.

         Pendant que la famille Lefebvre continue leur petit train de vie, nous allons en profiter pour parler d’une autre héroïne de Maskinongé.

         Le 2 août 1780, nait, à Maskinongé, une petite fille qui influencera le développement de tout l’Ouest canadien. Marie-Anne Gabourie est le cinquième enfant de Charles et de Marie-Anne Tessier.

         Charles Gabourie, son père, s’était battu aux Plaines d’Abraham le 13 septembre 1759. Il aime beaucoup raconter ses « exploits » dans les « soirées ». Il décède le 17 septembre 1792 en laissant son épouse avec dix enfants. Pour aider la famille, le curé Rinfret de Maskinongé, engage Marie-Anne, âgée de 12 ans, comme domestique. Elle y travaillera pendant 14 ans.

         Parallèlement, un jeune homme habite à Maskinongé depuis 1790. Jean-Baptiste Lagimodière, né le jour de Noël, à St-Antoine-sur-le-Richelieu, éduqué par sa tante depuis l’âge de huit ans, quand sa mère, Josephte Beauregard, décède. En 1790, à Sorel, son père Jean Baptiste Lagimodière épouse, en secondes noces, Agathe Dubé, veuve de Francois Peltier. Il vient, tout de suite, s’installer à Maskinongé et amène ses enfants chez lui. Jean Baptiste fils, influencé par les récits des voyageurs du coin, s’engage chez la NWC. en 1800. Il est âgé de 22 ans.

        Il séjourne principalement dans la région du Grand Portage (Minnesota) que l’on connait déjà. Il épouse « à la façon du pays » une amérindienne qui lui donne trois filles.

        En 1805, de retour à Maskinongé, il rencontre Marie-Anne Gabourie qu’il épouse le 21 avril 1806 à St-Joseph de Maskinongé. Son père est présent. Son témoin est Louis Fiset et celui de l’épouse est Amable Déziel dit Labrêche. Son beau-père, Jean Baptiste Mainguy est également présent. Le prêtre officiant est Ignace Vinet.

        Jean-Baptiste ne parvient pas à réprimer l’appel de la liberté et des grands espaces aussi longtemps que Pierre Lefebvre l’avait réussi. Il annonce à Marie Anne qu’il repart vers le Nord-Ouest et lui demande de reprendre son travail chez le curé. Mais Marie-Anne n’a pas, comme Josephte Collard, trois enfants sur les bras. Elle dit à son mari qu’elle part avec lui. Rien ne parvient à lui faire changer d’idée.  À bout d’arguments, Jean Baptiste part, la même année, avec sa femme, vers le Nord-Ouest. L’aventure de Marie Anne, âgée de 26 ans, commence.

        Le 6 janvier 1807 elle donne naissance à une fille qu’ils nomment Reine. Au printemps, ils se rendent au Fort Augustus où ils demeurent pendant quatre ans. Jean Baptiste savoure cette vie de liberté que très peu de Canayen ne peuvent refouler. Il assure l’approvisionnement en viande aux trafiquants de la région. Il entend parler de Lord Selkirk qui veut établir une colonie à la Rivière Rouge. Ils s’y rendent et s’y installent définitivement en 1812. Il est, là aussi, engagé pour fournir de la nourriture aux habitants. Il assume pleinement sa vie de chasseur.

       Les confrontations entre la colonie de la Baie d’Hudson et les trafiquants de la NWC deviennent de plus en plus violentes. En 1815, le représentant de la compagnie, Colin Robertson, demande à Lagimodière de livrer des dépêches à Lord Selkirk, à Montréal. Accompagné d’un autre Canayen et d’un indien, il quitte, à pied le 17 octobre 1815, parcoure 1800 milles (3000 km) à travers les territoires de la NWC et arrive à Montréal le 10 mars 1816. Il repart avec la réponse de Selkirk à la fin mars. Des indiens, sur les ordres de Norman McLeod de la NWC, l’arrêtent à Fond du Lac (Supérieur). Les trois hommes sont dépouillés et amenés au Fort William (Thunder Bay), où on les libère.

      Sans provisions Lagimodière revient avec ses compagnons à la Rivière Rouge où ils arrivent à la fin de l’été. Ils sont secourus, en route, par Pierre-Paul Lacroix qui les rencontre près du Fort France. Il ne participe pas à la Victoire de la Grenouillère dont nous avons déjà parlé et qui se déroule le 19 juin.

     Selkirk lui concède une terre pour services rendus, où Marie-Anne Gabourie élève quatre filles et quatre garçons. Jean Baptiste et ses fils parviennent à créer une ferme prospère et en 1844, l’une des filles, Julie, sixième de la famille, épouse le fils de Jean-Baptiste Riel, Canayen de Berthier (près de Maskinongé). Elle donne naissance à un fils que le couple baptise Louis, comme son père. Ce petit-fils de Marie-Anne Gabourie deviendra le créateur de la province du Manitoba et sera assassiné « légalement » par les autorités anglaises du pays.

     En 1869,  la révolte des Métis est principalement causée par l’installation de colons anglophones qui s’emparent des terres des Métis, dont ils modifient les cadastres. Ceux-ci, abandonnent leur terres et vont se rassembler près de la rivière Saskatchewan avec d’autres Métis de la région qui tentent de s’y tailler une place.

     Même là, ils ne parviennent pas à recevoir d’Ottawa les titres de leurs terres. Ils envoient Gabriel Dumont, l’un des leurs, pour aller chercher Louis Riel qui vit maintenant au Montana. Ils le veulent pour les défendre face à Ottawa. On doit reconnaître que Riel est définitivement élu démocratiquement.

 

      À la première confrontation, 300 Métis vainquent  une centaine d’agents de la « Police montée du Nord-Ouest », plus les volontaires qui les accompagnent. Ottawa récidivent en envoyant l’armée « rétablir la paix ». Ce deuxième affrontement se déroule le 24 avril à « Fish creek ».  80 Métis y arrêtent plus de 1000 soldats. Riel commet la même erreur que Montcalm et veut affronter directement l’armée à Batoche. Dumont n’est pas d’accord; il prône la bonne vieille méthode amérindienne de la guérilla. Il obéit, cependant, à son chef. L’affrontement commence le 9 mai et dure jusqu’au 12 mai. Il n’y a pas de soldats de Montcalm avec les Métis; le combat dure donc, un peu plus qu’une demi-heure.

      Manquant de munition, les Métis sont finalement vaincus. Riel au lieu de fuir avec Dumont au USA, décide de se rendre aux autorités Canadiennes. Malheureusement pour lui, l’époque de « l’honneur des armes » est révolue; et pourtant, il la mérite. Au lieu d’être reconnu comme représentant d’une partie de la population « Canadienne », élu démocratiquement, il est accusé de trahison. Un jury bien « sélectionné », le déclare coupable. Il est pendu publiquement le 16 novembre 1885.

 

      Heureusement pour elle, sa Grand-mère, Marie-Anne Gariépie, la première femme blanche à vivre au Nord-Ouest, est décédée depuis dix ans. Elle avait bien assisté à la création du Manitoba par son petit-fils, mais a été préservée d’assister à son assassinat public.

 Monsieur Louis Riel

       À suivre

                                                                      Elie l’Artiste

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