Les souliers d’beu(31) Rébellion de 1837!

 

Rébellion de 1837 !

     En 1835, la famille d’Ignace Lefebvre et de Marie Gervais est constituée de plusieurs enfants : 1) Marie qui épousera Honoré Généreux en 42, 2) Julie épousera David Picard la même année 42, 3) Ignace jr, fils aîné, qui mariera Félicité Picard (sœur de David) en 43.  C’est probablement lui qui hérite de la terre familiale.  (Ce couple déménagera au Wisconsin avec leurs huit enfants vers 1856).  Ensuite viens 4) Marguerite, marié à Alexis Lupien puis, en deuxièmes noces, à Benoni Guimond en 72, 5) Martin dont nous avons parlé plus haut, copain d’enfance de F.X.Aubry, époux de Suzanne Turner.  6) Sophie dont on ne connaît pas vraiment l’histoire avec certitude et finalement 7) François, né en 1734, qui épouse Léocadie Belan en 1859.  Il y eu également trois autres enfants décédés en bas âge ou à la naissance.

     On remarque tout de suite que la famille est complète lorsque commence la rébellion des « Patriotes » en 1837.  Par contre, tous les enfants sont mineurs lors de cette révolte. La famille subit toutefois le climat social et politique qui mène à cet événement important de l’histoire des « Canayens ».

      Une facette rarement soulignée au sujet de cette « révolte des Patriotes » est qu’elle est un événement conjoint et presque simultané de rebelles du Haut et du Bas-Canada.  Au Bas-Canada, le but principal de la rébellion est d’abattre cette oligarchie des marchands qui a prit le pouvoir.  Nous en avons vu le développement des prémisses entre 1790 et 1800 dans la traite de la fourrure et le mouvement s’est amplifié lors de l’essor de l’industrie forestière à partir de 1800.  Au Haut-Canada le problème est similaire; c’est-à-dire qu’on s’y rebelle contre le contrôle du gouvernement par une minorité riche d’élites de cette société.

     La rébellion du Bas-Canada est dirigée par les frères Wolfred et Robert Nelson, et par Louis-Joseph Papineau qui est élu la première fois, on l’a vu, en 1792.

  

 

      Les « Canayens » réalisent peu à peu que l’acte constitutionnel de 1791 ne leur permet pas de s’administrer eux-mêmes.  La « clique » des marchands anglais s’est approprié le contrôle du gouvernement.  L’élite canadienne française comprend finalement qu’elle doit contrôler le Conseil exécutif, si elle veut assurer et organiser le développement de leur province peuplée majoritairement de « Canayens ».  Ce désir de contrôler l’exécutif pousse les chefs politiques « Canayens » à réclamer ce qui est appelé à l’époque : « le Gouvernement Responsable ».  Ce concept gouvernemental date de 1742 en Angleterre amené par Robert Warpole.  Au Canada on n’obtiendra un « Gouvernement Responsable » qu’en 1848, avec le retour de Louis-Hyppolite Lafontaine à la tête du gouvernement.

      C’est le rapport de Lord Durham qui qualifie la rébellion des patriotes de 1837 comme étant une question « ethnique » et « culturelle ».  C’était l’argument principal des Écossais et des Anglais du Canada.  Les nationalistes d’aujourd’hui ont adopté ce concept Anglais, tout à fait inexact.

      Au départ, l’assemblée législative du Bas-Canada a le pouvoir de passer des lois ; mais le Gouverneur peut rendre inopérantes les lois votées, parce qu’il détient les cordons de la bourse.  Comme il fait partie de la « clique » marchande britannique, il nomme des « incompétents riches » à des postes de commande.  Ceux-ci influencent les élections et bloquent l’accès des « Canayens » au fonctionnariat.  Ce qui n’est vraiment plus le cas aujourd’hui. 

     Les « Canayens » de l’époque, qui parviennent à obtenir un poste de fonctionnaire, sont rémunérés à 13,500 louis, comparativement aux Anglais, qui le sont à 58,000 louis pour le même poste.  Les juges Anglais obtiennent 28,000 louis contre 8,000 par les juges Canayens.  Les titres fonciers sont de plus en plus difficiles à acquérir pour les « Canayens » à qui on ajoute constamment des obstacles.  Pendant ce temps, Londres attribue des terres partout, sans consulter le Parlement Canadien.  La nation Canadienne, incluant les anglophones ET les francophones, n’a plus aucun pouvoir.  C’est ce qui met le feu aux poudres.  À noter que tout ceci se passe bien avant la révolte des Métis que l’on a vu précédemment.  On reconnaît déjà, cependant, plusieurs politiques qui serviront à abattre les Métis.

     Le Parti Patriote existe depuis 1826.  Il s’oppose au « Tory Party », (constitués d’Écossais et d’Anglais) qui lui, est très largement minoritaire à l’assemblée législative; mais qui possède le contrôle des deux conseils sous les ordres du Gouverneur de la colonie.

     La confrontation dure déjà depuis longtemps.  L’arrivée de James Henry Craig, en 1806, comme lieutenant gouverneur du bas-Canada, n’avait pas amélioré la situation.  Il est un Écossais maladif, au lit la plupart du temps.  Il doit donc se fier à ses « amis » pour connaître la situation politique canadienne.  Il est alors porté à favoriser le parti des Britanniques face au « Parti Canayen » qui deviendra « le Parti Patriote ».

     Le Parti « Canayen » est dirigé par Stanislas Bedard qui veut une réforme constitutionnelle  obligeant le conseil exécutif à être responsable devant les élus du peuple.  En 1810, Bedard est emprisonné, pour sédition sous des accusations forgées.  Sans preuves, le gouverneur Craig est forcé de le libérer; mais celui-ci refuse de sortir aussi longtemps qu’il n’aura pas subit de procès.  Deux fois, en 1809 et 1810, Craig dissout la chambre dans l’espoir que le parti britannique gagnera les élections.  Peine perdue; et c’est à ce moment-là qu’il fait emprisonner Stanislas Bedard.  Celui-ci passe plus d’un an en prison.

    Craig étant convaincu, comme tous les Anglais depuis toujours, que le problème est une question d’ethnie, c’est-à-dire que les « Canayens » se considèrent comme des « Français » beaucoup plus que des « Canadiens », il propose l’union des deux Canadas et la suppression de la chambre d’assemblée.  Il échouera à faire accepter son plan d’assimilation parce que l’Angleterre est consciente que très bientôt, on aura besoin des « Canayens » dans la guerre qui se prépare avec les USA.  Nous avons déjà « épluché » l’événement.

    Cette guerre terminée, le problème refait rapidement surface parce que la « clique » de marchands écossais possède toujours le contrôle exécutif.

    En 1815, Louis-Joseph Papineau devient chef du parti.  Il poursuit la même politique que Bedard.  En 1826 le Parti devient le « Parti Patriote ».  Et c’est en 1834 que la chandelle s’installe au-dessus de la poudrière.

    Cette année-là, on présente à la chambre d’assemblée, 92 résolutions.  Elles incluent les demandes 1) d’un « Gouvernement Responsable », 2) l’élection des membres du conseil exécutif et, 3) avoir plus de « Canayens » aux postes administratifs du pays.  On envoie ces résolutions au parlement de Londres, parce qu’on estime que celui-ci n’est pas au courant des abus qui se déroulent au Bas-Canada.  C’est bien là une preuve que les « Canayens » font toujours confiance au gouvernement de Londres et qu’ils n’ont pas du tout cette mentalité « anti-anglaise » décrite par les « Tory ».  Les « Canayens » sont conscients que le problème est essentiellement le contrôle par cette « clique » des marchands Écossais et Anglais du Canada.  Par contre, la tactique de mettre tous les problèmes dans un seul sac, et l’envoyer à Londres, n’est pas très adroite.  Le problème le plus grave étant le contrôle extérieur au gouvernement, on aurait dû s’attaquer exclusivement à celui-là.  En ajoutant les autres, on diminuait l’importance du premier et on ouvrait plusieurs portes de sortie à l’opposition.

 

       La réponse aux 92 résolutions arrive en 1837.  Malgré plusieurs ardents défenseurs dont John-Arthur Roebuck et les démarches londoniennes nombreuses de Denis Benjamin-Viger et d’Augustin-Norbert Morin, tout est rejeté.  Lord Russell, du parti « Whig », avait pourtant combattu pour le « Reform act 1832 » qui avait servi à enlever le pouvoir des mains des riches propriétaires fonciers d’Angleterre.  Problème identique à celui du Haut-Canada et similaire à celui du Bas-Canada.

      Le parti « Whig » au pouvoir en Angleterre, refuse toutes les 92 résolutions des « Canayens » et les remplacent par les 10 résolutions de Lord Russell.  Il faut dire que Russell s’était basé sur le rapport d’enquête de Lord Gosford; qui n’occupait la position de Gouverneur en chef que depuis 1835.  Donc, pas tellement renseigné sur la situation du Bas-Canada.  À quel point la « clique » des marchands Écossais et Anglais influencent Gosford, c’est difficile à dire.  Une chose est cependant notoire : il est Irlandais.

      Dire que Russell considère que l’acceptation des 92 résolutions est de céder aux intérêts de rebelles violents, n’a aucun sens, puisque la rébellion n’a pas encore eu lieu.  Par contre, si vous lisez le texte de ces 92 résolutions, il est difficile de ne pas remarquer les répétitions et la lourdeur du style qui rend sa lecture fastidieuse.  Cette lecture l’est-elle plus que les autres textes ?  Peut-être pas, mais elle l’est plus que les dix résolutions de Russell, en tous les cas.

     Les résolutions Russell permettent au gouverneur d’utiliser les fonds publics sans obtenir l’accord de la chambre d’Assemblée.  C’est signe d’une complète incompréhension du problème de la part du gouvernement de Londres.  Lorsqu’on lit ce texte, on a l’impression que le seul dilemme est le remboursement d’une dette de 142,160 livres, 14 sols et 6 d.  Ce qui indique à quel point le problème du Bas-Canada avait été mal présenté par le Parti Patriote ou très bien occulté par le parti « Tory » canadien.

     Une phrase que l’on peut lire dans Wikipedia, sous-entend un petit quelque chose d’ambigüe au sujet de la rébellion de 1837 :

« Au cours du printemps et de l’été 1837, les chefs réformistes, dont le principal était Louis-Joseph Papineau, chef du Parti Patriote, ont tiré parti des tensions politiques de longue date pour mettre sur pied une large force rebelle. »

     La question devient : Est-ce que Louis Joseph Papineau a MOUSSÉ la tension politique pour parvenir à ses fins qui auraient été la reconnaissance du fait Français au Bas Canada, où est-ce que c’est simplement le rejet des 92 résolutions qui ont fait perdre patience aux Canayens ?  Les historiens qui viendront un peu après cette époque adopteront, pour la plupart, l’option de la défense du fait français.  C’est une erreur. Peut-être pas aux yeux de Papineau, mais certainement aux yeux de la population « canayenne ». On a peut-être là, une explication du départ de Stanislas Bedard de l’arène politique.

     La reconnaissance du fait Français n’a aucun sens, puisque plusieurs « révolutionnaires » sont Canadiens-anglais.  Ce fameux « fait Français » du Bas-Canada était, depuis le départ de James Murray et de Guy Carleton, l’argument massue du parti « Tory » du gouvernement.  On doit douter que Papineau l’ait adopté.  Le seul déclencheur chez les « Canayens » de révolution de 37 est l’impression que le Gouvernement de Londres endosse les abus de la part de la « clique » marchande écossaise représentée par le parti « Tory ».

    La confrontation armée s’engagera après l’assemblée des six contés tenu à St-Charles et présidé par Wolfred Nelson et Louis Joseph Papineau.

 

    À suivre

                                                                      Elie l’Artiste

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