Les souliers d’beu(36) Prise deux! Silence on tourne!!!

Prise deux ! Silence  On tourne !!!

     Joseph Lefebvre, fils de Delphis, est né en 1920 à St-Jérôme.  On a vu qu’il a vécu la crise de 29 sur une terre de l’Épiphanie avec ses parents.  Il devient plâtrier, comme son père et apprend de celui-ci les secrets du métier au niveau de la finition et la décoration.  Il restera le seul, au Québec, à savoir comment « refaire » les corniches décoratives en plâtre du Parlement Canadien lors des rénovations, dans les années 70.

    Mais avant de superviser la réfection de ces « corniches », il avait déjà rempli une vie remarquable; dont sa participation à la guerre de 1939/45 n’est qu’un petit épisode.  Au niveau politique, comme ses aïeux, il votait « rouge » au fédéral et « bleu » au provincial; et ce n’était, ni à cause de l’enfer, ni en faveur du ciel.  Ses arguments étaient très bien étoffés et il n’était pas du tout, une grenouille de bénitier.

     Il avait, également, lorsque soldat basé à Terre-Neuve (43 ou 44), sauvé la vie à un jeune garçon de la noyade.  Étant sur une plage, une journée de permission, il entend les gens se mettre à crier à l’aide.  Un jeune homme se noie au large et Joseph l’aperçoit tout juste avant qu’il coule pour la troisième fois.  Il part en courant, plonge et parvient à attraper l’enfant par les cheveux, au moment où lui-même n’arrive plus à descendre plus profondément.  Le ramenant sur la plage, il le réanime et l’enfant est sauvé.  On en fait un petit article de journal ce week-end là, à Terre-Neuve.

         À son décès, lors de son inhumation, l’un de ses petits-enfants, Martin qui était alors adulte, m’avoua : « Grand-papa a toujours été, pour nous, un phare sur lequel on pouvait s’orienter, pour diriger nos vies ». 

         Qui d’entre nous, ne voudrait pas recevoir un tel hommage de ses petits enfants ?

    La deuxième guerre TOTALE éclate le 10 septembre 1939.  En septembre 38, le premier ministre britannique Neuville Chamberlain ne réagit pas vraiment lorsque l’Allemagne s’empare de la Tchécoslovaquie.  Mackenzie King le remercie publiquement, à ce moment-là, de n’avoir pas précipité le Canada dans une guerre.  Les Canadiens sont majoritairement d’accord avec leur Premier ministre.

    Cependant, cette agression de l’Allemagne laisse un goût amer dans la bouche des Canadiens.  Ils n’ont pas l’habitude d’accepter les agressions gratuites sans « rouspéter »; et il n’est pas très long, le temps nécessaire pour décider d’arrêter le progrès du nazisme.  Cela se concrétise lorsque l’Allemagne attaque la Pologne, le 1er septembre 1939.  Le 10 septembre, la Grande Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.  Au Canada, Mackenzie King est tout à fait d’accord, et les Canadiens commencent à avoir les « oreilles rouges » sans que ce soit à cause du « frette ».

       On envoie une division de l’armée en Europe.  Au début de 1940, les Canadiens sont effarés par la chute de la France et la défaite des alliés en Belgique.  L’effectif de l’armée est rapidement augmenté, la conscription mis en place et la loi sur la mobilisation des ressources nationales est promulguée.  Le Fédéral s’empare d’encore plus de pouvoir et les dépenses augmentent énormément.  Un surplus d’emploi, pour nos femmes, se prépare une deuxième fois.  La crise économique s’estompe.  La première armée Canadienne est formée en 1942, en Angleterre, sous les ordres du lieutenant-général McNaughton.  Elle est formée de cinq divisions dont deux divisions de blindés.

  

 Dieppe

    L’armée tarde cependant à participer aux grandes opérations.  À l’été 43, elle ne fut présente, principalement, qu’à l’échec de Dieppe.  Lors de ce combat, sur les 5000 soldats canadiens, 900 sont tués et 1874 sont faits prisonniers.  C’est déjà plus que le nombre de prisonniers qui sera fait lors de la campagne du Nord-Ouest de l’Europe de 1944 à 1945.

    Parmi les exceptions à cette non-participation, en décembre 1941, les Japonais attaquent, entre autres, la colonie anglaise de Hong Kong.  L’Angleterre avait accepté de sacrifier cette colonie si le Japon entrait en guerre.  Ils avaient résolu de ne pas y envoyer de renfort.  On parle évidemment de renfort anglais et non de renfort britannique.  Car le 16 novembre 1941, 22 jours avant l’attaque des Japonais, débarquent à Hong Kong les Fusiliers du Québec et les grenadiers de Winnipeg.

    À Noël, le gouverneur anglais capitule.  Des 1975 soldats canadiens, 557 sont tués.  La population canadienne force le gouvernement à former une commission royale d’enquête sur ce sacrifice inutile de nos soldats, aucunement préparés au combat. La commission s’avère, elle aussi, inutile.  Le juge exonère le ministère de la défense nationale.  On devait s’y attendre, évidemment. Finalement ces exceptions à la non-participation des soldats canadiens, sont le résultat de cette sempiternelle notion européenne de combat qui veut que le soldat soit de la  » chair à canon », préférablement les soldats « étrangers ».

    Heureusement que les soldats canadiens auront l’occasion de démontrer, encore une fois, une façon différente de diriger des combats.

 Le royal 22e Régiment

       Paul Triquet est né à Cabano, Québec, le 2 avril 1910.  Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est Sergent-major régimentaire au Royal 22e Régiment et c’est avec cette unité qu’il se rend outre-mer en décembre 1939.

 

        Le 14 décembre 1943, la compagnie du capitaine Triquet du Royal 22e Régiment, appuyée par un escadron d’un régiment blindé canadien, reçoit l’ordre de traverser le ravin et de s’emparer de Casa Berardi.  Le petit ravin est fortement défendu et, en s’approchant, le détachement est soumis à un feu nourri de mitrailleuses et de mortiers.  Tous les officiers de la compagnie et cinquante pour cent des hommes sont tués ou blessés.  Le capitaine Triquet fait le tour des survivants, et les organise.  Il leur dit : «Ne vous occupez pas d’eux, ils ne savent pas tirer».  Il constate que ses flancs ne sont plus protégés.  Il n’y a qu’une place de sûre qu’il désigne en disant : c’est ça «l’objectif».  Il s’élance et, suivi de ses hommes, enfonce la ligne ennemie.  Ils détruisent quatre chars et plusieurs postes de mitrailleuses ennemis sont réduits au silence.

        Contre une défense acharnée et déterminée et sous un feu intense, le capitaine Triquet et sa compagnie, en coopération étroite avec les chars d’assaut, se fraient un passage jusqu’à ce qu’ils atteignent une position près de Casa Berardi.  A ce moment-là, il ne lui reste que deux sergents et quinze hommes.  En prévision d’une contre-attaque, le capitaine Triquet organise immédiatement un périmètre défensif autour des chars d’assaut restants et transmet le mot d’ordre: «Ils ne passeront pas».

        Une contre-attaque allemande appuyée de chars d’assaut est déclenchée presque immédiatement.  Le capitaine Triquet qui tire sans arrêt, est partout, encourageant ses hommes.  Dirigeant la défense et se servant de n’importe quelle arme qui lui tombe sous la main, il met plusieurs ennemis hors combat.  Cette attaque et celles qui suivent sont repoussées.  Le capitaine Triquet et sa petite troupe tiennent bon, contre des forces supérieures jusqu’à ce que le reste du Régiment s’empare de Casa Berardi et les relève le lendemain.

       Pendant tout ce combat, le capitaine Triquet fait preuve d’une gaieté et d’un courage magnifique.  Partout où la bataille est intense, on le voit encourager ses hommes par ses cris, et organiser la défense.  Son complet mépris du danger, sa gaieté et son dévouement inlassable leur est une source constante de courage.  Ses tactiques habiles et sa conduite de chef leur permettent, malgré leur nombre réduit à une poignée d’hommes, de continuer leur avance contre une résistance furieuse et de maintenir leurs gains en dépit de contre-attaques déterminées.

     Grâce à lui, Casa Berardi fut prise et la route ouverte pour l’attaque contre l’embranchement vital.  Pour son héroïsme, il reçoit la Croix Victoria.

 

Le fusiller Mont-Royal.  Devise : « Ne jamais reculer ! ».

       Les Fusiliers Mont-Royal débarquent avec les unités de la 2ème Division à partir du 7 juillet 1944.  Ce régiment a participé à la bataille de Dieppe le 19 août 1942. 

      Les Fusiliers Mont-Royal font partie de la 6ième Brigade d’Infanterie alors que le Régiment de Maisonneuve fait partie de la 5ième Brigade.  Comme le Régiment de Maisonneuve, ce régiment entreprend les combats à partir du 19 juillet 1944, dans un secteur au sud de Caen, pour s’emparer de la crête de Bourguébus.  Il s’attaque ensuite au secteur de Tilly la Campagne à partir du 25 juillet appuyé des Blindés de Sherbrooke.  L’effort du harcèlement canadien contre les troupes allemandes au sud de Caen s’insère dans un plan d’attaque allié.  Ainsi, cette pression des Canadiens maintient les blindés allemands figé sur place et facilite le déclenchement d’une percée américaine au sud-ouest du Contentin ( sud du département de la Manche ).

        Le 30 juillet, les Fusiliers Mont-Royal remplacent pendant deux jours le Régiment de Maisonneuve.  A partir du 7 août, les Fusiliers Mont Royal entreprennent les opérations « TOTALIZE » et « TRACTABLE » à destination de Falaise.

       Les Fusiliers Mont-Royal pénètrent dans Falaise le 16 août et combattent des « jeunesses hitlériennes ».  Ils terminent les combats en Normandie le 18 août après le « nettoyage » complet des forces ennemies à Falaise.

 

       Il est à noter que les engagés volontaires pour la guerre 39-45 furent plus nombreux que ceux engagés au moyen de la conscription.  Mais il est normal que l’opinion contraire soit généralisée parce qu’on a beaucoup publicisé les « réfractaires », tandis que les « volontaires » s’engagent sans faire de tapage publicitaire.  Le livre de Sébastien Vincent est une source extraordinaire pour décrire la vie des soldats.  Il a réunit les témoignages de 14 d’entre eux qui lui ont livré leur état d’âme du moment, jusqu’à ce qu’ils ont vécu jusqu’à aujourd’hui.  C’est un livre qui ne doit pas se perdre, si on veut connaître les derrières de la « vie de guerre » pour des soldats.

      La question fondamentalement dans cette deuxième « grande guerre », est la nécessité de stopper le nazisme et le fascisme sous toutes ses formes.  Que celles-ci soient allemande, italienne, espagnole ou portugaise.  Par contre, une section de l’opinion de l’époque, appuyée par une grande partie du clergé et des élites, ne voient pas d’un si mauvais œil la montée au pouvoir du fascisme, surtout ceux de Franco et de Salazar.  Les anti-conscriptionnistes sont donc encouragés à s’opposer.  Il faut saluer bien bas le courage de ceux qui se sont portés volontaires pour aller combattre ce fléau du fascisme; qu’ils l’aient fait sur le théâtre de la guerre de 39-45, ou qu’ils se soient portés volontaires dans le cadre des brigades internationales qui ont fait la guerre contre Franco.

     On a parfois tendance à dévisager ceux qui s’engagent dans l’armée; on se questionne sur leurs motifs et leur mentalité…  La plupart du temps, on ne comprend pas leur élan de patriotisme ou leur goût de la discipline.  On a trop tendance à déshumaniser les soldats et les militaires, oubliant qu’à l’intérieur de leurs casques et de leurs uniformes, ils ont un cœur et un grand sens moral.  Il serait préférable que cessent les préjugés qui tendent à illustrer l’armée comme une bande d’insensibles tyranniques.  C’est un préjugé enfantin.

    L’un des soldats du Fusilier Mont-Royal devient premier ministre du Québec en 1959.

 

 Voilà un des rares « vrais héros Québécois » contemporains qui fit de la politique.

       Paul Sauvé était jeune député de l’Assemblée nationale lors du début de la Deuxième Guerre mondiale.

       Il aurait sans aucun doute pu demeurer au pays en tant que parlementaire, mais alors lieutenant au régiment, il décide de se porter volontaire et rejoint les Fusiliers Mont-Royal dont il était déjà officier réserviste avant la guerre.

      Après avoir servi au pays dans diverses fonctions d’état-major, Sauvé demande de servir au front, rattrape les Fusiliers outre-mer en 1943, se voit confier une compagnie avec le grade de major, puis succède à Guy Gauvreau, lorsque celui-ci est promu commandant de brigade.

     Sauvé revient au pays, reprend ses activités de parlementaire en tant que bras droit de Maurice Duplessis, alors chef de l’Union nationale et du gouvernement du Québec.  Il est notamment ministre de la Jeunesse et du Bien-être social, principal responsable de l’éducation publique au Québec, avant la création d’un véritable ministère de l’Éducation.

     En septembre 1959, à la mort de Maurice Duplessis, Sauvé prend les rênes du gouvernement et lance la série de réformes qui devaient mener à la Révolution tranquille avec son fameux slogan « Désormais ».

    Lors du débarquement de Normandie, en 1944, c’est M. Sauvé, qui commande les Fusiliers Mont-Royal, en l’absence du commandant en titre, M. Guy Gauvreau. Fernand Dostie est l’un de ses éclaireurs.

      L’un des traits remarquables de sa personnalité est qu’il juge un homme selon ses aptitudes et non selon son allégeance politique.  Un jour qu’un de ses employés lui signale la nécessité de « foutre à la porte » un autre employé qui est apolitique, M. Sauvé lui montre la porte.  On est assez loin des « post-it » actuels, ne croyez-vous pas ?

       Il engage même un journaliste déclaré libéral « rouge vif » pour le mettre à la tête de son journal La Victoire des Deux-Montagnes, en lui disant que son opinion politique lui appartient et que lui-même, n’en a rien à en redire.

       Voici ce qu’il répond à la question : Comment se fait-il que vous fassiez partie de l’Union National ?

   « Quand on choisit de faire carrière en politique, c’est pour s’y consacrer, non seulement en fonction des principes, mais dans le concret du quotidien.  C’est à l’intérieur d’un parti qu’on peut le mieux participer à façonner les politiques.  Tout ce qui est humain est perfectible et il n’y a pas à rougir de demeurer dans les rangs du moins imparfait des partis, même si l’on doit marquer le pas entre les occasions qui se présentent d’être utile, et en attendant la possibilité de pouvoir peut-être servir à un plus haut niveau en contribuant à l’orientation des politiques ».

      Cet homme savait ce qu’il voulait et savait attendre le moment propice.  Qu’aurait-il accompli s’il n’était pas décédé en 1960 alors qu’il était premier ministre depuis 100 jours seulement ?

      Il est l’instigateur des « écoles spécialisées ».  Par la suite, le parti libéral adopta cette idée mais transforma tout le système d’instruction en l’orientant vers la spécialisation (compétence) et la détournant de la « connaissance ».  Paul Sauvé voulait ouvrir les portes de la « compétence » à ceux qui ne perçaient pas dans l’orientation « connaissance », et le premier ministre suivant, Jean Lesage, obligera tous ceux orientés vers la connaissance, à devenir de la « main d’œuvre compétente », sans la possibilité d’accéder à la « connaissances ».

       C’est pourquoi, aujourd’hui, tous les paliers de la société sont aux mains de gens « objectifs » qui ne savent pas « raisonner ».  La raison est absente de leur « apprentissage » puisque l’objectivité fait complètement abstraction de la raison.  Actuellement, la « comptabilité » est la maîtresse incontestable du gouvernail de notre société.

         Voici le lien qui raconte, des lèvres d’un auteur apolitique, un résumé de l’histoire de Paul Sauvé d’où j’ai tiré plusieurs informations.

 http://www.histoirequebec.qc.ca/publicat/vol5num2/v5n2_5de.htm

          La série de «Les souliers d’beu » se termine donc sur l’histoire du dernier héros « Canayen » qui démontre son esprit de détermination, sa patience en fonction d’agir et obtint une extraordinaire notoriété publique en très peu de temps.

        Mais n’allez pas croire que le caractère individualiste de nos ancêtres est disparu complètement des Québécois actuels.  Voici une dernière anecdote qui le prouve.

        Lors de la guerre du Vietnam avec les USA, certains soldats volontaires canadiens se sont impliqués.  L’un d’eux, que mes copains et moi avions engagé comme « pilote de brousse » pour faire un survol de notre territoire de chasse, m’a raconté les faits suivants.  

       Il s’était engagé volontairement comme pilote pour les Américains avec plusieurs compagnons canadiens.  Il était pilote d’avion pour la croix rouge.  Il eut l’impression, à un moment donné, que les commandants américains envoyaient des avions de la croix rouge pour débusquer des « caches » d’ennemis, qui ne se privaient pas de tirer sur eux. Les Américains tombaient alors sur l’ennemi et le bombardaient.

      N’appréciant pas tellement de servir d’appât, il se présente à un colonel américain pour lui signifier sa démission.  Celui-ci lui fait comprendre qu’il ne peut pas ratifier son engagement.

     Notre pilote de brousse demande au colonel américain :

 – « Est-ce que les lois de l’armée américaine sont semblables à celle de l’armée canadienne ? »

 -«  Elles sont identiques répond le colonel. »

      Sur cette réponse, ne faisant ni un ni deux, notre pilote flanque un bon coup de poing en plein front du colonel qui se retrouve sur le cul.

      On le mit en prison le temps nécessaire pour qu’il soit transféré au Canada.

 Morale : « Y’a toujours moyen de «moyenner », pour un Canayen »

        À partir de ce jour, le survol des « héros » publics actuels sera pris en charge par les articles publiés sous l’œil vigilant de « mon ti-loup ».

 Amicalement

                                                                         Elie l’Artiste  

                                                                        

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