L’Espagne: la chute

Les mesures volontaristes d’assainissement budgétaire que voudra bien adopter l’Espagne n’y changeront rien. Ce pays, qui prend l’eau de toutes parts, connaîtra très prochainement le même sort que la Grèce en l’absence du mot magique : la croissance ! Qu’on le veuille ou pas, il ne sert à rien de nier la réalité : en l’absence d’une immense et inconditionnelle solidarité Européenne (qui ne se matérialisera évidemment pas), l’Espagne – pour espérer se sauver – devra opérer une dévaluation interne de l’ordre de 20% ou quitter la Zone Euro ! Et ce n’est pas les Allemands (de moins en moins enclins à payer encore et toujours plus pour le Club-Med) qui nient cette réalité car ils se préparent à retourner – au moins provisoirement – au deutschemark si l’Espagne n’adopte pas très rapidement une de ces deux voies !

Effectivement, les faits sont limpides et d’une simplicité mathématique : l’Euro pliera puis rompra comme une branche d’arbre sèche si l’Espagne ne se met pas de suite sur cette « via dolorosa » et peu importe après tout si la démission de M. Zapatero – qui ne sera pas en mesure de passer son budget 2011 – en sera une des conséquences prévisibles. En réalité et en l’absence de toute possibilité de dévaluation de sa devise qui lui aurait permis de gagner en compétitivité, l’Espagne n’a pas tant besoin d’un changement de Gouvernement que d’un consensus large et de toutes les parties et des classes sociales en faveur d’une dévaluation intérieure substantielle. Pour autant, le Gouvernement actuel sera très certainement la victime expiatoire d’une austérité radicale qui consistera principalement en réajustements à la baisse des salaires et en une rigueur budgétaire se traduisant en économies généralisées des dépenses de l’Etat… autant de décisions qui marqueront une baisse sensible du niveau de vie des citoyens Espagnols mais qui restent un passage obligé si ce pays souhaite s’éviter les foudres du marché « à la grecque »…

Quoi qu’il en soit, nul responsable politique ou économique ne sera en mesure de soulager (et de rectifier) un marché du travail dysfonctionnel, une compétitivité pour le moins entamée, un secteur privé surendetté vis-à-vis de l’étranger, une méga bulle immobilière, un déficit budgétaire effroyable et – last but not least – un secteur bancaire hyperfragilisé sans larges adhésion et soutien populaires… De fait, l’ascension vertigineuse du marché immobilier Espagnol fut un cadeau empoisonné à toute une série d’intervenants – ménages et entreprises – dont l’endettement (combiné à l’endettement public) atteint aujourd’hui 265% du P.I.B. Espagnol ! Toutefois, dans son malheur, l’Espagne se caractérise par un endettement public relativement faible (comparé à celui de la Grèce ou de l’Italie) contrebalancé il est vrai par un endettement record de son secteur privé qui se monte ainsi à 210% de son P.I.B.. Pour mémoire, un pays comme les Etats-Unis se retrouve également avec un secteur privé excessivement endetté puisque ce chiffre y atteint 300% de leur P.I.B…

Pour autant et à un moment clé dans l’histoire financière mondiale où les marchés scrutent les endettements souverains avec la plus grande attention, l’Etat Espagnol ne peut soulager son secteur privé sans être automatiquement condamné à payer des taux d’intérêts dissuasifs par des marchés au très faible niveau de tolérance. Effectivement, pour avoir construit partout où elle le pouvait grâce à des influx massifs de capitaux et à la faveur d’une immigration de 5 millions de personnes en 10 ans, l’Espagne dépend entièrement de l’extérieur puisque son ardoise globale envers l’étranger représente … 90% de son P.I.B. ! Hormis le fait que l’Espagne ne sera pas en mesure de se rétablir par une exportation qui nécessiterait une monnaie – mais aussi une économie – compétitives, le tour de force sera d’y ramener une croissance avec moins de crédit.

En effet, bien que l’usage du crédit soit un instrument décisif de propagation de la croissance dans toute économie intégrée, l’inévitable « deleveraging » consistant à passer par Pertes & Profits une part importante des dettes que doit impérativement subir l’économie Espagnole se traduira à l’évidence par une contraction du secteur des crédits. Il y donc fort à craindre que cette spirale de l’endettement et des créances pourries qui ne seront vraisemblablement jamais remboursées combinée à un niveau de chômage particulièrement élevé et à des exportations à la traîne contribueront à une contraction supplémentaire de l’économie de ce pays.

En résumé, l’Espagne court au-devant d’une ruine annoncée et, à moins d’un miracle sur le front de la croissance globale, devrait revivre à très court terme un traumatisme comparable à l’Argentine…

Michel Santi

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