L’esprit évolutionnaire

On parle beaucoup de créer une nouvelle société. Mais une Nouvelle Société ne nait pas toute armée du cerveau de Jupiter. Ce n’est pas un mutation brusque, c’est une myriade de changements petits et grands qui s’additionnent subrepticement, jour après jour, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive tout à coup que le monde n’est plus le même. « Tiens, l’Interac, ça fonctionne! » (108.html). « Tiens l’Internet est là et tout le monde à droit de parole! » (124.html) … Mais ce n’est pas de regarder dans la boule de cristal qui fait changer le monde; c’est d’identifier les problèmes, de retrousser ses manches, de trouver et d’appliquer des solutions.

Et ça, tout le monde peut le faire. Tout le monde DOIT le faire. Personne n’est si nul ni si incompétent qu’il ne puisse trouver quelque chose qui ne tourne pas rond dans son environnement immédiat et il y en a bien peu d’entre nous qui ne soient jamais capables de suggérer un remède.

La règle numéro #1 pour faire changer les choses c’est de prendre conscience de ce qui ne va pas et de se sentir RESPONSABLE de les faire changer. On peut le faire en dilettante (5079.html) ou en service commandé, de temps en temps ou méthodiquement, du matin au soir; l’important, c’est de voir avec des yeux neufs. Il faut appliquer à débusquer les erreurs du système cette approche « zero-budgeting » qui a servi à dégraisser les programmes de l’État il y a une décennie: ne rien prendre pour acquis mais reprendre les calculs à partir des besoins eux-mêmes.

Qu’arriverait-il si on mettait la société en examen et qu’on se demandait vraiment ce qui est utile et ce qui ne l’est pas, ce qui est prioritaire et ce qui peut attendre… ou simplement disparaître? N’ayez pas peur d’aller au fond des choses. Remettez tout en question. Demandez toujours « Pourquoi? » Pourquoi, du transcendental au plus trivial, supportons-nous que les choses ne soient pas faites correctement ? Pourquoi des théières dont on ne peut verser le contenu sans en mettre plein la nappe? Pourquoi des jaquettes d’hôpital qui semblent concues pour l’humiliation?

Pourquoi des enfants et des adolescents qui savent lire devraient-ils, en guise d’éducation, s’asseoir devant un prof qui leur lit le contenu d’un manuel ? Pourquoi y a-t-il des chômeurs… alors qu’il y a tant de travail à faire? Pourquoi l’État paye-t-il 40 milliards par année en intérêts sur la dette publique, alors qu’il pourrait imprimer l’argent et la rembourser? Pourquoi la santé n’est-elle pas notre priorité collective alors que la vie est la priorité de tout individu?

Surtout, n’acceptez jamais comme réponse que « les choses ne sont pas si simples… »; demandez doucement qu’on vous explique. Les choses ne sont pas simples, mais elles ne sont pas inintelligibles; il n’y a pas de mystères abyssaux qui rendent inconnaissables les causes de nos déboires, il n’y a que l’arrogance et la mauvaise foi de ceux qui veulent nous en cacher le détournement à leur profit.

Machiavel disait qu’il n’y a rien de plus difficile que de changer l’ordre établi; pourtant, c’est bien ça, le défi qu’il faut relever. Parce que l’ordre actuel a donné tout le bien qu’il pouvait apporter – l’abondance (709.html) – mais n’a pas épuisé sa malice qui est l’injustice. Pour arriver à changer l’ordre établi, il faut remplacer l’apathie et l’inertie par un préjugé favorable au changement. Voir que rien n’est parfait mais que tout, au contraire, est indéfiniment perfectible; tout changement n’est pas bon, mais il y a toujours un bon changement à apporter. Trouver la faille, l’imperfection, puis se demander « Pourquoi pas? »… C’est ça, l’esprit évolutionnaire.

Si chacun, chaque jour, dans les limites de ses compétences, proposait un changement petit ou grand sur l’Internet? Si chacun, dans ses temps libres, se donnait la peine de prendre connaissance de quelques unes de ces propositions avec ouverture d’esprit et se donnait la peine, aussi, de dire simplement « Je suis d’accord »? Il y en aurait combien de ces changements qui feraient consensus, combien qui circuleraient sur le Web, puis de bouche à oreille jusqu’à ce que ceux qui ont le pouvoir de les faire arriver sortent de leur torpeur et agissent?

Ne croyez pas que ce soit au voisin de le faire. Il n’en tient qu’à vous que les choses commencent à changer … et n’oubliez pas que, tôt ou tard, c’est toujours le changement qui gagne. Il n’en tient qu’à vous de VOUS changer et de devenir un agent de l’ÉVOLUTION. C’est ça, le premier pas en avant qui marque le début du long voyage vers un monde meilleur.

Pierre JC Allard

5 pensées sur “L’esprit évolutionnaire

  • avatar
    16 août 2010 à 5 05 03 08038
    Permalink

    Excellent article. Merci beaucoup.

    Peut-être que l’esprit évolutionnaire serait plus efficace que l’esprit révolutionnaire?

    Perconnelllement cela me donne beaucoup plus confiance.

    André Lefebvre

    Répondre
  • avatar
    16 août 2010 à 23 11 31 08318
    Permalink

    Excellent article! Merci, en effet, pour cette merveille, bien résumée!

    Mais, au contraire de monsieur Lefebvre, je ne vois pas l’évolution comme une ennemie de la révolution, si la révolution escompte rendre l’évolution aux êtres humains, plutôt qu’aux parasites minoritaires et parasitaires que sont les quelque membre de l’élite bourgeoise.

    Tout cela, finalement, dépend des intérêts escomptés et défendus. Et, visiblement, les capitalistes ne défendront jamais mes intérêts de simple prolétaire, pourtant créateur de richesse.

    Et certes, chacun de nous peut y mettre du sien, mais chacun de nous n’y apportera pas le même lot, à cette évolution. Mais encore, monsieur Lefebvre connait-il la différence entre ces deux idéologies; l’évolution et la révolution?

    L’une est réformiste, l’autre se veut plus prompte, et plus efficace, quoique douloureuse, pour la classe alors dominante. Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi qui les ai contemplé à se foutre d’autrui, surtout de ces prolétaires? Quedal…

    Je suis révolutionnaire, parce que je ne crois pas à la réforme. Le capitalisme est un système capitaliste mal en soi, mais cela dit, les propos de monsieur Allard n’impose pas la réforme, mais l’invitation aux réformes, majeures comme mineures, violentes comme passives. Celles décrites par monsieur Allard ne sont pas si pointues et précises, elles semblent toutes bienvenues.

    Les débats feront l’épuration. J’en suis confiant.

    Répondre
  • avatar
    17 août 2010 à 2 02 18 08188
    Permalink

    L’évolution viendra à bout de cela également. Sinon ce sera du non-viable et cela disparaîtra pour être recyclé. 🙂

    Il n’y a jamais d’ennemi; il n’y a que des tentatives erronnées.

    Amicalement

    André Lefebvre

    Répondre
  • avatar
    18 août 2010 à 7 07 17 08178
    Permalink

    Mais le marxisme, de fait, est évolutionnaire, alors….

    Répondre
  • avatar
    21 août 2010 à 3 03 09 08098
    Permalink

    Le marxisme est une notion qui date de 160 ans.

    Ne croyez-vous pas que nous pourrions développer une notion un peu plus « up to date »?

    Ne croyez-vous pas qu’il est important de faire travailler nons « méninges » pour régler la situation actuelle au lieu de celle d’il y a 160 ans.

    Cela ne servirait à rien aux villes actuelles de développer des systèmes d’égouts pour les défécations des chevaux, il n’y a plus de chevaux. Nous nous servons d’automobiles depuis un bon bout de temps.

    André Lefebvre

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *