L’Etat de l’Union…

Les endettements des Etats sont la somme des déficits annuels sachant qu’un budget annuel excédentaire autorise le règlement de tout ou partie de la dette de cet Etat… De fait, le budget américain avait pu dégager des excédents durant les dernières années de la Présidence Clinton. Pour autant, un Etat n’étant point assimilable à un ménage, la manifestation de ces surplus avaient immédiatement revêtus une connotation politique bien perçue par le Secrétaire d’Etat au Trésor de l’époque, Robert Rubin, qui en avait alors alerté Clinton. Ces excédents apparus dès 1998 représentaient en effet une sorte de cadeau empoisonné pour l’administration en place qui souhaitait d’une part initier le remboursement de la dette fédérale (qui était de seulement 3’000 milliards de dollars !) et d’autre part – et c’est ce qui était à la source d’immenses controverses – mettre partiellement ces sommes à contribution afin d’étoffer la sécurité sociale et les retraites.

Les Républicains exigeaient ainsi de profiter de ces excédents afin de réduire les impôts, « rendre son argent au peuple », selon leur slogan de l’époque… De fait, l’utilisation de ces fonds devait être un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle de 2000 où Gore devait plaider pour le Medicare et la Social Security pendant que Bush arguait avec véhémence en faveur de baisses d’impôts généralisées. « Ces surplus n’appartiennent pas au gouvernement mais au peuple », devait-il répéter et passer du reste aux actes dès son élection puisque le Congrès fut saisi de ce dossier à peine une semaine après son investiture ! Il devait très rapidement recevoir le soutien prestigieux d’Alan Greenspan qui assurait au Congrès l’opportunité de telles réductions d’impôts afin d’éviter de créer des « distorsions sur les marchés » provoquées par ces surplus qui transformeraient potentiellement l’Etat en l’investisseur le plus important du pays… Reconnaissons que rarement énormité aussi grossière ne fut formulée par un personnage occupant de si hautes fonctions.

Toujours est-il que le législateur américain devait approuver un paquet de réduction de la fiscalité de 1’350 milliards en 2001 et de 350 milliards supplémentaires en 2003. Ces mesures, les plus généreuses et les plus spectaculaires depuis 1945, devaient précipiter en 2003 le départ du Secrétaire au Trésor de l’époque, Paul O’Neill qui »croyait employer cet argent pour réformer le système de taxation et travailler au renflouement de la Social Security et du Medicare », selon ses propres termes. Il est vrai que, préoccupée par les toutes proches élections présidentielles, la Maison Blanche avait misé sur une relance de l’économie en fin d’année 2004 qui aurait été facilitée par ces réductions d’impôts. La frénésie dépensière de Bush combinée à une chute vertigineuse des recettes fiscales purent un temps être masquées par l’embellie économique mais la chute ne fut que plus rude dans les dernières années de sa présidence.

La débâcle actuelle des finances publiques US aurait évidemment pu être évitée car rien n’était joué d’avance : en fait, c’est les choix et options définies il y a dix ans qui ont été le préalable de la conflagration présente. A cet égard, la décennie initiée cette année aurait pu l’être sur des bases presque aussi solides que celle de l’an 2000 et ce en dépit de la crise des années 2007 à 2010. Le CBO, ou Congressional Budget Office, n’avait-il pas prévu en Janvier 2001 que les excédents budgétaires US seraient appelés à perdurer encore de longues années ? N’avait-il pas également annoncé le remboursement intégral de la dette américaine pour la fin de la décennie ? Pourtant, les responsables Républicains en place (qui accélérèrent les dépenses tout en baissant drastiquement les impôts) et deux guerres devaient en décider autrement… Ainsi, au lieu de bénéficier d’une solide assise de 2’000 milliards de dollars de réserves (prévue par le CBO), les Etats-Unis devront assumer un découvert de 10’000 milliards de dollars en fin d’année 2011 !

Cet endettement national américain, le plus massif (en pourcentage du P.I.B.) jamais affiché par ce pays, n’étant que très peu imputable aux guerres américaines et à leurs budgets militaires puisque ceux-ci ne comptent que pour 15% dans la dégradation des finances publiques du pays ces dix dernières années, selon le CBO. C’est en effet le niveau de l’imposition – qui se retrouve aujourd’hui à son plus bas palier depuis 60 ans – qui est le tout premier responsable de la calamité des comptes publics US. Ce qui n’empêche évidemment pas les Républicains d’enfoncer aujourd’hui le clou (et leur pays en même temps) en se refusant catégoriquement à avaliser toute hausse d’impôts et en la qualifiant de “non-starter”…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *