Lettre ouverte à M. Depardieu

Monsieur,

Manifestement, les sévères condamnations, les virulentes critiques, et l’opprobre justifié dont vous avez fait l’objet depuis l’annonce de votre départ pour Néchin, vous ont affecté. Au point que, blessé dans votre amour-propre, vous avez choisi d’y répondre par le biais d’une lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault, coupable à vos yeux d’avoir qualifié de « minable » votre exil fiscal en Belgique.

« Minable », ce comportement l’est pourtant bel et bien, et le Premier ministre n’a fait que traduire en un mot le sentiment qui prévaut dans l’opinion à votre égard. Et rien, dans vos pitoyables tentatives de justification dans les colonnes du Journal du Dimanche, ne parviendra à convaincre du contraire l’écrasante majorité des Français, d’autant plus scandalisée par cette lamentable désertion en temps de crise qu’elle vous avait maintenu sur un piédestal, en dépit de quelques détestables incartades dans votre vie récente.

Que vous ayez dû acquitter une lourde imposition depuis que vous êtes devenu une icône du cinéma français et multiplié les films à succès, personne ne le conteste. Mais cette pression fiscale, loin d’être confiscatoire, ne vous a pas empêché, comme les médias l’ont montré ces derniers jours, de monter des affaires florissantes. Ni d’acquérir ce luxueux hôtel particulier de la rue du Cherche-Midi qui est mis en vente… 50 millions d’euros, soit le prix moyen de… 200 appartements ou maisons individuelles sur le territoire français ! Encore ne s’agit-il là que de l’une de vos résidences car vous possédez, sur les hauteurs de la très huppée station balnéaire de Trouville, deux autres somptueuses résidences, l’une occupée par votre ex-épouse Élisabeth, et l’autre en cours de construction sur un modeste terrain de… 6,5 hectares. Tout cela sans compter les affaires (production cinématographique, pétrole, vignobles, restaurants, poissonnerie, etc.) dont vous avez été, ou êtes encore, le propriétaire ou l’un des principaux actionnaires. On comprend, à la lecture de ces faits, que vous ayez le sentiment d’être étranglé et que, malgré le million d’euros que vous touchez pour chacun de vos films, il fallait d’urgence prendre des mesures pour vous éviter de sombrer dans la plus effroyable galère, dans la plus totale indigence.

« Minable ». Oui, ce mot a été bien choisi pour qualifier votre comportement. Un mot à la hauteur de la détestable ingratitude dont vous faites preuve à l’égard de votre pays et de vos compatriotes. Car le cinéma, qui a fait une « star » du modeste ouvrier imprimeur sans bagage scolaire que vous étiez, est, depuis des décennies, sous perfusion du Centre National de la Cinématographie, organisme public à la charge, comme chacun sait, des contribuables français. Un cinéma dont la plupart des productions sont en outre largement financées par la télévision publique, autrement dit là encore par les contribuables français. Mais de tout cela vous n’avez cure, aveuglé par votre cupidité.

« Minable ». Si votre comportement peut-être ainsi qualifié, c’est aussi par tous ces braves gens auxquels vous faites un bras d’honneur en crachant de surcroît votre mépris : vos spectateurs ! Tous ceux qui, par leur assiduité dans les salles, ont contribué à faire de vous un homme riche. Vous réclamez le respect. Encore faut-il, pour être respecté, être respectable. Et respectable, vous ne l’êtes plus depuis que vous avez abandonné votre public à ses difficultés, en sachant que, parmi tous ceux qui vous ont fait ce que vous êtes, une part croissante a basculé dans la précarité économique, voire dans cette pauvreté qui touche désormais 10,5 millions de Français.

Je ne vous salue pas, Monsieur.

Fergus

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