L’exode nucléaire

L’exode nucléaire

La catastrophe de Fukushima, tel le séisme provoquant un tsunami, a d’autres effets : ce sont des centaines de milliers de personnes, qui, privées de lieu de vie, cherchent aujourd’hui un nouveau foyer.

Pour Tchernobyl, la question s’est posée moins cruellement, car même si les habitants de Pripiat auraient préféré continuer de vivre chez eux, la place ne manquait pas dans leur pays pour se reloger.

Il n’en est pas de même pour le Japon.

D’abord, parce que la zone d’exclusion qui, le 11 avril, vient d’être élargie de 20 km à 30 km autour du site a jeté hors de chez eux des milliers de japonais, mais ce n’est hélas qu’un début, car la pollution radioactive ne se limite pas aux contours parfaits d’un cercle. lien

Comme on peut en juger sur les relevés de mesures, le dépassement en pollution radioactive est constaté à 40 km de Fukushima. lien

Les relevés ont même montré qu’à 100 km de la centrale, les doses dépassaient allègrement la norme acceptable. lien

Les spécialistes conviennent qu’au moins 1 million de japonais se trouvent en zone mortelle. lien

Lors des premières fuites radioactives, 80 000 personnes avaient été évacuées, et ceux qui tentent de retourner chez eux, s’exposent à une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 30 jours, alourdie par une amende de 100 000 yens. lien

Ceux qui sont dans des refuges devant le manque d’information, et le manque de clarté des médias s’interrogent : «  nous n’avons aucun projet pour l’avenir. Nous ne pouvons même pas commencer à y réfléchir parce que nous de savons pas combien de temps cela va durer, ni combien de temps nous devrons rester dans ces refuges » à déclaré Atsushi Yanaï, un ouvrier du bâtiment âgé de 55 ans. lien

Comme depuis plus d’un mois, la pollution radioactive s’accumule, et que le Japon est l’un des pays du monde à avoir la plus grosse densité de population, il y a un vrai problème d’accueil dans le pays.

En effet, avec une densité de 340 habitants au km2, soit plus de 127 millions d’habitants pour 377,835 km2, le Japon arrive au 17ème rang mondial en termes de densité. lien

D’autant que la population est concentrée sur 22% du sol, ce qui met la densité réelle à 1600 habitants au km2, et place le pays en 4ème position juste après Monaco, Singapour et le Vatican. lien

La France, terre d’accueil n’en déplaise aux Guéant, Besson, Hortefeux, Marine lepen et autres Sarközi ne devrait-elle pas se proposer de recevoir ces japonais sans solution ?

Il faut découvrir ce texte écrit par une jeune japonaise pour comprendre la détresse de ces hommes et ces femmes privés de lieu de vie.

« Aidez-moi ! Je suis une élève de Minami-Soma, à Fukushima. J’ai perdu des amis lors du Tsunami, mes amis ont perdu leurs parents, ma meilleure amie est restée coincée à Minami-Soma parce que la pénurie d’essence l’a empêché de fuir.

Pour lui remonter le moral, je n’ai que le téléphone et les emails. Mes amis et moi nous nous battons maintenant avec notre peur de la radioactivité, mais nous sommes découragés.

A l’âge de 16 ans, je me prépare à la mort, je la sens qui s’approche, même si je devais en sortir, la peur de la radioactivité sera toujours à mes côtés.

Les hommes politiques, l’Etat, les mass-médias, les experts, les « boss » de la centrale nucléaire, tous sont nos ennemis, tous sont des menteurs.

La télévision parle de moins en moins de la centrale nucléaire. Toujours les mêmes photos du tsunami et les interviews sans cœur des mass-médias, des condoléances du bout des lèvres, un homme politique qui qualifie l’accident nucléaire de « catastrophe naturelle ».

Messieurs les politiciens, aidez-nous avec votre salaire et vos épargnes, arrêtez de vivre dans le luxe et aidez les victimes à survivre. Arrêtez de donner uniquement des ordres, arrêtez de nous regarder d’un endroit sûr, venez ici vous-même et aidez nous.

Nous…on nous a laissé tomber. Fukushima sera sans doute isolé, on nous laisse complètement tomber, c’est l’Etat qui nous tue, nous les victimes de la catastrophe, nous ne pardonnerons jamais à l’Etat de nous avoir laissé tomber, nous lui en voudrons pour toujours.

Voila ce que je voudrais dire à ceux qui lisent cette lettre : vous ne savez jamais quand une personne que vous chérissez disparaîtra. Imaginez que la personne avec laquelle vous riez maintenant disparait l’instant suivant. Soyez désormais plus attentifs à votre entourage.

Maintenant, l’école où nous avons passé notre jeunesse s’est transformée en morgue. Des personnes qui ne bougeront plus jamais sont allongées dans la salle où nous avons fait du sport et pratiqué nos activités de club.

Comment puis-je faire connaitre la réalité au plus grand nombre de personnes possible ?

Je serais heureuse si au moins une personne lit ce message.

Après avoir réfléchi, je me suis permis d’écrire ce message.

Pardonnez-moi et je vous remercie ». lien

(Violaine Mochizuki pour la traduction)

Alors qu’allons-nous faire ?

Signer des pétitions, manifester, bien sur.

Mais pragmatiquement, ne devrions-nous pas lancer un vaste mouvement pour accueillir ces japonais en souffrance.

Comme dit souvent mon vieil ami africain :

« Ce que tu donnes aux autres, tu le donnes à toi même »
L’image illustrant l’article provient de « makizart.com »

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