L’heure des choix cornéliens pour la Chine

La forte croissance des importations et des exportations chinoises permet de pronostiquer que la remontée progressive des taux d’intérêts dans ce pays ne nuit pas à l’activité économique qui s’y maintient toujours à un niveau exceptionnel. Pourtant, la préoccupation fondamentale reste l’inflation susceptible d’ « échapper à tout contrôle » et même de se transformer en une spirale affectant les salaires (selon G. Soros) sachant qu’il serait « avantageux de laisser le Yuan s’apprécier pour contrôler l’inflation »… En effet, les risques sont réels et bel et bien tangibles se traduisant ainsi par un déficit commercial en ce premier trimestre 2011 (le premier depuis 2004!) et ce à cause de l’envolée des prix des matières premières.

Un raffermissement du Yuan – qui contiendrait ces prix – serait donc fort opportun dans une telle conjoncture où, par exemple, la facture pétrolière chinoise a augmenté de 39%, soit à 43 milliards de dollars, sur ce premier trimestre 2011 et ce par rapport au trimestre précédent et où les importations d’acier se sont envolées de 82% ! Dans un tel contexte, les quatre hausses de taux chinoises et les sept resserrements des ratios bancaires de ce cycle (revenant à se montrer un peu moins généreux en matière de crédits) se révèlent tout à la fois compréhensibles et judicieux et ce alors même que le P.I.B. du pays continue de croître à un rythme impressionnant, à savoir à 9.8 et à 9.4% respectivement au dernier trimestre 2010 et au premier de l’année 2011.

On l’aura compris, les pressions inflationnistes importées s’intensifient plus que jamais et ce d’autant que les exportations chinoises connaissent une accélération du fait de la reprise globale. Les autorités peuvent certes mettre en place des mesures fiscales destinées à (tenter de) neutraliser partiellement ces pressions inflationnistes. Pour autant, le levier de l’appréciation du Yuan restera le plus efficace sachant que la Chine croule déjà littéralement sous des réserves monétaires à l’ordre de grandeur quasiment contre nature!

Que faire en effet de ces 3’000 milliards de dollars (soit plus 25% par rapport à l’an dernier!) dans les coffres de sa Banque Centrale, telle est aujourd’hui la question d’entre toutes les questions – presque existentielle – que se pose les responsables au plus haut niveau. Ainsi, de l’aveu du Président de la Banque Populaire de Chine, son pays souffre actuellement de « beaucoup trop d’argent » qui mettra immanquablement de l’huile dans les rouages inflationnistes. Zhou Xiaochuan va même jusqu’à affirmer que ces réserves « excèdent le niveau raisonnable dont un pays pourrait avoir besoin » sachant que l’inflation qui en résultera compliquera énormément la politique monétaire du pays…

La Chine se retrouve donc aujourd’hui face à un paradoxe inédit car elle ne peut faire bénéficier sa population de ses immenses réserves en liquidités. En effet, alors que le revenu moyen chinois n’est que de 3’000 dollars par an, les autorités du pays ne peuvent se montrer trop généreuses envers leurs citoyens sans encourir le risque majeur d’attiser de manière irrémédiable une inflation qui serait alors désastreuse pour toute la nation.

Une pensée sur “L’heure des choix cornéliens pour la Chine

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    20 avril 2011 à 13 01 31 04314
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    Quelques chiffres et explications:

    Augmentation du PIB en Chine:
    premier trimestre: 9,7% (au lieu de 9,5% prévu, et de 10,3% en 2010)

    Inflation en Chine : janvier: 4,9%; fevrier: 4.9%; mars: 5,4%
    Principalement dû aux prix des aliments.
    La cause étant les mauvaises récoltes de l’été denier dans le sud du pays, et une demande accrue du Japon en Mars pour les raisons que l’on sait.
    Le salaire minimum ayant été augmenté de 20% en 2010 a permis cette inflation; il est à noter que la hausse des profits est de 50% et que le crédit disponible en Chine est plus souple depuis la crise mondiale 2008.

    Votre analyse M.Santis est exacte mais vos évaluations oublient que nous sommes en pays communiste et non en Suisse.
    3’000 milliards de dollars dans les coffres de la Banque Centrale de Chine:

    « La volonté de maintenir un taux de change raisonnable a conduit la Banque centrale chinoise à acheter beaucoup de dollars(c’est moi qui souligne et j’ajoute que c’est ce qui empêche en partie et maintenant la dégringolade financière U.S.), ce qui a contribué à accroître son bilan, élargir la masse monétaire et donc augmenter les liquidités en circulation ».

    « Pékin a déjà commencé à laisser le yuan s’apprécier, mais à son rythme. Si cela ne suffit pas, l’Etat pourra toujours aller plus loin dans l’administration pure et simple de certains biens ».
    Bei Xu, Natixis. (source)

    Vous dites « que la Chine croule déjà littéralement sous des réserves monétaires à l’ordre de grandeur quasiment contre nature! » mais elle sauve momentanément l’occident et principalement l’Europe du désastre financier.

    G. Soros peut encore attendre avant que ces voeux se réalisent.

    DG

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