Liberté démocratique de l’industrie envers la population

Liberté démocratique de l’industrie envers la population.

Gaz de schiste: Lucien Bouchard se voit comme un médiateur

Publié le 24 février 2011 à 19h52

Yves Boisvert

La Presse

Lucien Bouchard ne se relance pas en politique,…

       Qu’est-ce qu’il fait à l’émission Larocque-Lapierre dans ce cas-là??? C’est deux-là ne sont pas des vendeurs de pop-corn!!!

…mais il plonge dans un des dossiers les plus politiquement explosifs du moment: le gaz de schiste. Il est devenu lundi le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec. Il se présente non pas comme le porte-parole de cette industrie mal-aimée, mais plutôt comme un conciliateur des intérêts privés et de l’intérêt public.

        Ça promet au niveau de la « transparence » vous ne croyez pas. Il est engagé par cette industrie pour faire croire qu’il n’est pas leur porte parole. Et vous allez « gober » ça, mes chers concitoyens. Pas surprenant que vous soyez prêts à faire une révolution à cause d’une prière qui s’est dit à un conseil municipal de St-Glin-Glin.

L’exploitation ne peut pas se faire contre la volonté populaire, dit-il.

       Donc il faut les endormir comme il se doit. CQFD!

Il a expliqué hier après-midi à nos journalistes Yves Boisvert et François Cardinal pourquoi il y croit.

       Moi je le sais!!! Parce que c’est payant!!! Vous verrez.

 

Lucien Bouchard entre sur la pointe des pieds dans le magasin de porcelaine du gaz de schiste. L’éléphant André Caillé vient d’en sortir. Il y a des pots cassés et des éclats jonchent le sol.

       C’est d’ailleurs probablement  pourquoi il a gardé ses bottes à l’émission Larocque-Lapierre.

Le ton est calme et conciliant.

       Ça vous surprend???

L’heure n’est plus à l’arrogance, mais à la médiation. Il reconnaît les gaffes de l’industrie. Il admet que le régime de redevances du Québec, risible comparativement à celui de plusieurs provinces et États, doit être revu à l’avantage du Québec. Il propose une phase de «probation» et de ralentissement pour 2011.

       Encore un qui mets l’argent comme une priorité au-dessus de la sécurité. Gouvernement Charest et Lucien Bouchard = Bonnet-blanc, Blanc-bonnet.

Mais au bout du compte, il est profondément convaincu que le Québec doit profiter de son gaz et de son pétrole.

       ÇA, çà serait assez nouveau au sujet des pétrolières. Connaissez-vous des membres de la population arabe qui profite du pétrole, vous???

L’avocat de Talisman

L’automne dernier, Talisman, géant pétrolier et gazier de Calgary, lui a demandé de le représenter. C’est à titre d’avocat de Talisman, de loin le plus important acteur au Québec, qu’il siège à l’Association pétrolière et gazière du Québec, qui regroupe 12 sociétés impliquées dans le domaine. Il est donc avocat de Talisman avant d’être président de l’association.

       Donc priorité Talisman; ensuite : l’association; ensuite…

       C’est tout, il n’est plus premier ministre du Québec, il est avocat ayant de la crédibilité.

Jusqu’ici, de 150 à 200 millions ont été investis au Québec depuis 2008 pour l’exploration, mais aucune exploitation n’est prévue avant 2015.

       J’aimerais bien connaître QUI à réellement investit pour cette exploration. Ne serait-ce pas Hydro Québec par hasard??? C’est-à-dire …nous??

Pourquoi avoir accepté ce mandat? «Parce que c’est un beau mandat, compliqué, dit-il. Moi, il ne faut pas que je m’ennuie dans la vie…

        C’est pas une raison pour vouloir ennuyer les autres!!!

….  C’est l’avantage de la profession juridique: on plonge dans toutes sortes d’univers, on rencontre toutes sortes de gens.

       Et on leur fait des ennuis autant qu’on peut. Oui; on sait ça.

       Mais ce n’est pas par dévouement social??? Cela m’étonne qu’il n’y ait pas fait mention. Peut-être qu’il jugeait ça « trop gros » pour être avalé.

«Ce qui m’intéresse, c’est l’élément d’intérêt public considérable qui est escamoté pour le moment.

       Ah bon! Y m’semblait aussi!!!

Les problèmes de fuites avec un puits de la compagnie Talisman à Leclercville dans Lotbinière semble avoir fait déborder le vase pour le ministre Pierre Arcand

Le Québec a un énorme intérêt à développer ce potentiel-là, mais il faut concilier l’intérêt privé et l’intérêt public et ce n’est pas facile. Je ne fais pas ça pour embêter le PQ ou pour aider le gouvernement. Je me tiens loin de la politique partisane.

       « Mon but c’est d’embêter le public »! Hi! Hi! Hi!.

«Je ne suis pas seulement le porte-parole de l’industrie, mon rôle, c’est aussi de leur expliquer des choses à eux. Je leur dis que ça ne peut pas aller aussi vite qu’ils le voudraient. Ça ne peut pas se faire dans la précipitation. Il faut convaincre la population

       Et il a promit de le faire coûte que coûte; sinon, ils ne l’auraient pas engagé; évidemment!

N’est-ce pas là justement son rôle: rendre politiquement acceptable une industrie à laquelle s’oppose massivement l’opinion publique?

       Ouep! C’est bien ça!!!

«Il y a plusieurs sortes de contre. Il y a ceux qui sont contre, contre, contre, contre. Ceux-là n’accepteront jamais. Si, pour des raisons idéologiques, on décide au Québec qu’il ne faut pas développer les ressources naturelles, moi je ne suis plus là. Si j’ai accepté, c’est que je suis persuadé qu’on peut développer ces ressources correctement.

       C’est drôle, il ne semble pas y en avoir de «ceux qui sont  pour » selon lui???

       Encore un détournement du sujet!!! Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question de « sécurité de la population ». Mais faut-y pas être « bouché-dur » pour ne jamais le spécifier??? À moins qu’il faille être « hypocrite » au maximum???

«Je pense que la large majorité de la population est ouverte et veut comprendre, elle veut être rassurée qu’il y aura un enrichissement collectif là-dedans,

       Donc tu crois qu’elle n’attend qu’à être endormie. C’est toujours une possibilité, tu l’as fait pendant plusieurs années à Québec.

…que ça va se faire dans le respect de l’environnement et des communautés, tout ce qu’on sait qui doit se faire au Québec et qui n’a pas été fait

       Donc tu avoues que le respect de l’environnement n’a jamais été appliqué au Québec. C’est déjà ça!!!

      Mais maintenant il est question de « sécurité vitale pour la population »; est-ce que tu vas appliquer « le respect à l’environnement » et attendre à plus tard pour la « sécurité »?

      On sait très bien que les politiciens sont toujours en retard d’un coup.

Il reconnaît toutefois que le régime de redevances québécois n’est plus défendable.

«Si j’étais premier ministre du Québec, jamais je n’accepterais de recevoir moins qu’ailleurs. Alors, ajustons notre affaire. Mais il faut demeurer compétitif. Personne n’exploite le gaz de schiste en Alberta à cause des règles, ils sont tous allés en Colombie-Britannique.

– Plusieurs contestent les retombées promises par l’industrie.

        C’est ce que j’allais dire.

– On peut discuter du nombre d’emplois, mais si l’exploitation commence en 2015, on parle d’investissements de 10 milliards. C’est clair qu’il va y avoir des retombées, et il doit y en avoir. On peut développer une expertise et une industrie, des métiers, des manufactures. Les compagnies de gaz ne demandent pas mieux que de s’approvisionner ici. Quand on a construit les premiers grands barrages hydroélectriques, on a fait venir des ingénieurs américains, et on leur a adjoint des ingénieurs québécois. Il y a eu un transfert technologique qui nous sert encore.»

       Ma voiture ne fait pas autant de « boucane »!!!

Devant l’état d’inquiétude générale, n’y a-t-il pas lieu de décréter un moratoire?

«Non. D’abord, ça émet un parfum de refus. Et ça s’éternise. Et quand il faut le lever, ça donne lieu à un débat politique épouvantable.

        Évidemmentt, comme parfum, le méthane « y’a pas mieux » !!!

«La fracturation hydraulique, ça existe depuis les années 40 (pas pour le gaz toutefois) et ça n’a donné lieu qu’à très peu d’incidents. Il n’y a jamais de société avec un risque zéro. Il faut une médiation du risque, il faut qu’il soit acceptable.

       Là, c’est parfaitement exact. J’ai un ami qui a fait creuser un puits artésiens. Le prix du travail était selon la profondeur. Donc la cie décida de creuser pour faire une « bonne facture ».

       Rendu à 250 pi de profond, après avoir traversé plusieurs « veines » d’eau, on   décida que la facture était acceptable; mais il n’y avait pas assez d’eau dans le puits. Alors on mit de la « pression » pour fracturer le sol. Le puits devint assez « prolifique » pour fournir plus d’eau que nécessaire.

       Sauf que l’eau, sent le « méthane » et doit être bouillie avant consommation. La facture fut d’environ 14,000 $.

       À noter également, que depuis une dizaine d’années, les « sources » naturelles d’eau où les gens pouvaient aller s’approvisionner, sont fermées parce qu’impropre à la consommation.

       Évidemment, on n’en parle pas dans les journaux.

«Au lieu d’un moratoire, il faut une période de probation. Il faut que l’industrie accepte que la phase d’exploration se déroule à un rythme expérimental. Il faut limiter les programmes des entreprises, qu’il y ait le moins de nouveaux puits possibles en 2011

Cette probation servira à vérifier si le potentiel commercial est bien réel en fonction des coûts, vu les formations géologiques particulières. Et deuxièmement, à instaurer «les pratiques environnementales exemplaires».

       Croyez-vous qu’ils dépenseraient cet argent, s’ils n’étaient pas convaincus. La fracturation des sols permet de libérer tout le gaz qui n’est pas accessible autrement. Ils sont certain d’avoir du gaz quel que soit l’endroit où ils foreront.

«Les gens de l’industrie savent qu’ils ne peuvent plus agir comme ils l’ont fait. ..

       C’est pourquoi ils engagent Lucien Bouchard; pour vendre leur salade.

…Mais pendant un moratoire, on va continuer à acheter pour 2 milliards de gaz d’Alberta en restant debout sur une richesse immense.» Si c’est ce que recommande le BAPE, alors «nos petits-enfants s’en reparleront» …

       Aux moins, ils pourront encore parler. Ce qui n’est pas certain si on laisse l’industrie faire ce qu’elle se propose.

Cela dit, Lucien Bouchard veut mettre les choses en perspective. Dans un seul gisement au Texas on compte 18 000 puits. «Il s’en est fait 11 l’an dernier au Québec, 30 depuis 2008. On peut peut-être en faire quelques-uns de plus sans s’énerver

        Sauf que sur 30 il y en a 11 qui coulent et libèrent des gaz nocifs.

Il est contre un droit de veto pour les maires, ce qui rendrait le développement ingérable selon lui. Référendum? Encore moins. «Je n’irai pas plaider un référendum par municipalité! Je serais encore pour le oui, remarquez…»

       Il est « contre tout » sauf laisser faire l’industrie qui ne sera obligée que de faire des « sourires » à la population (si elle parvient à s’empêcher de pouffer de rire en nous regardant).

Mais il faut trouver le moyen de compenser les communautés, concède-t-il.

       Moi ce qui m’intéresse c’est de savoir :

      Il faut compenser les communautés pour…quoi?

      Qu’est-ce qu’il vont nous faire pour que cela demande compensation?

      Je croyais que c’était une question « d’affaire » pas de « compensation » pour certains torts!!!

Il affirme que l’industrie, y compris sa cliente, sera prête à divulguer le nom et la quantité des produits chimiques utilisés pour fractionner la roche. «Il faut être transparent

       « Être transparent! » On sait très bien ce que cela veut dire; depuis le temps que tous les gouvernements en parlent. Ils sont d’une transparence impeccable!!!

Old Harry

Lucien Bouchard s’intéresse évidemment au pétrole du gisement Old Harry, dans le golfe du Saint-Laurent, à cheval entre Terre-Neuve et le Québec. La société Corridor entend commencer à le pomper en 2013… via Terre-Neuve.

«Ils passent par Terre-Neuve, mais c’est une seule nappe. S’ils le pompent, le Québec n’ira pas en chercher? On a tellement de gros défis collectifs, il faut faire preuve de l’imagination et de la détermination dont a fait preuve la génération qui nous a précédés. Ça bougeait, dans ce temps-là!

– Ça ne bouge plus?

– Ça pourrait bouger plus…

«On dépense pour 13 milliards en pétrole chaque année au Québec. On le fait venir à grands frais. On en aurait ici et on laisserait faire? Quand on aura sorti pour 13 milliards de pétrole, on arrêtera si on veut! On se fera un petit moratoire…»

Pour lui, l’exploitation des richesses naturelles est une clé du développement économique du Québec.

«Il y a encore des gens qui s’imaginent qu’il y a tellement de gras à couper pour équilibrer les finances publiques. J’ai été premier ministre pendant cinq ans et je l’ai traqué, le gras. Laissez-moi vous dire qu’il n’y en a pas beaucoup. On ne bâtit pas des Colisée avec de l’argent qu’on dépense en moins.

       Pas de gras??? Seulement en santé il y a plus d’administrateurs que de médecins et d’infirmières.

«Nos universités sont sous-financées. Nos systèmes de santé et d’éducation ont des problèmes majeurs. On ne peut pas faire avancer une société comme ça. Avec des nouveaux revenus, ça change les débats

       Hé!!! Tu n’es pas au courant??? Le gouvernement va appliquer ces revenus au paiement de la dette; le débat ne changera donc pas!!! Tu nous prends pour des cons ou quoi???

       De plus, ça n’éliminera pas les problèmes qui ne sont, nulle part, financiers. À plus de 40 milliards pour régler les problèmes de la santé, le fait qu’ils soient toujours existants, prouve que ces problèmes ne sont pas financiers.

On suggère à M. Bouchard qu’il traîne l’image d’un personnage plutôt sévère, pessimiste. Il corrige: il est «alarmiste, mais pas pessimiste».

       Pas « pressimiste »; non. Seulement « Alarmiste », pour nous faire peur si on ne laisse pas les compagnies de pétroles faire à leur guise; oui!

Il parle de ses enfants, des jeunes en général, il trouve qu’ils sont pleins d’ambitions et d’ouverture.

       Une petite larme au coin de l’œil avec ça???

Identité énergétique

Il reconnaît que le pétrole et le gaz sont une sorte de choc culturel énergétique pour les Québécois.

«On s’est presque identifiés à Hydro-Québec.

       Ouais et regarde ce que cela nous a donné! Des compteurs qui permettent de nous voler!

       N’était-ce pas ce M. Caillé qui était à la tête de l’Hydro-Québec lorsque cela s’est décidé???

La légende de René Lévesque est associée à ça. Il faut une autre approche pour les ressources non renouvelables. La Norvège a créé un fonds pour les générations futures. L’Alberta aussi. Il faut une meilleure répartition des profits. Pourquoi pas un partenariat avec l’État, en plus des redevances?»

       Parce que les redevances vont être liquidées dans les « dépenses d’exploitation ».

Le public et le privé

À Amir Khadir, Pierre Curzi et d’autres, qui lui reprochent d’associer son prestige d’ancien premier ministre à une industrie honnie, il répond qu’il n’a pas de leçons à recevoir.

       Il est donc d’accord pour dire que ce sont des « leçons ». Mais il croit qu’il est le seul à pouvoir « enseigner » à la population.

«J’ai été avocat et j’ai plaidé pendant 22 ans avant d’ouvrir une parenthèse publique, où j’ai consacré toutes mes énergies. J’ai toujours continué à payer mes cotisations au barreau. J’ai quitté la politique et je suis redevenu avocat. Est-ce que quelqu’un va m’empêcher de pratiquer? Dans un éditorial, on disait que je suis l’avocat le mieux payé à Montréal. Je suis loin d’être convaincu que c’est vrai, mais est-ce que je devrais en mourir? J’espère, oui, que j’ai une crédibilité,

       C’est là le problème d’être l’un des seuls avocats à en avoir une. Il faut assumer mon cher M. Bouchard.

       Les avocats qui n’ont pas de crédibilité sont dangereux; imaginez combien dangereux sont ceux qui en ont une grande?

…j’y ai travaillé très fort. Je me sens très à l’aise. Mais si ce dossier-là réussit, ce sera parce qu’on aura protégé l’intérêt public

       L’intérêt « financier » ou l’intérêt « vital »?

      Jusqu’à maintenant le seul intérêt, relevé par tous, est « financier »; et cet intérêt est au service du système et non de la population.

La richesse du Québec

Derrière le débat sur le gaz de schiste «se profile tout le débat sur le développement des ressources au Québec», dit-il. Et sur le développement tout court.

«Pensez à ce qu’a fait le pétrole pour Terre-Neuve, une province autrefois indigente qui paie maintenant pour la péréquation!»

Il ajoute, avec une pointe d’ironie: «Si on brise le mur du refus du gaz et du pétrole, peut-être qu’on deviendra aussi riches que Terre-Neuve

       « Ça vous intéresse-tu vous autre » ???

       On a déjà les « newfies » qui ne sont plus à Terre-Neuve; voulez-vous, en plus, tout ce qui vient avec eux???

       Aussi longtemps que la facette « sécurité d’exploitation » ne sera pas abordée sérieusement, il est évident que tous les intervenants en faveur de cette exploitation se fichent complètement de la qualité de vie de la population et ne sont qu’intéressés à leur propre qualité de vie dans leurs « gratte-ciels ».

Amicalement

                                                                                Elie l’Artiste

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