L’inflation étouffera-t-elle la croissance ?

La banque centrale chinoise a donc relevé pour la troisième fois en l’espace de quatre mois ses taux d’intérêts afin de lutter contre des pressions inflationnistes qui menacent sérieusement son économie comme celles des pays émergents à forte croissance. Attendons-nous à d’autres remontées graduelles des taux dans ces nations (ainsi que dans les économies dites « développées ») et ce en dépit de renchérissements qui, pour le moment, ne touchent que les denrées alimentaires et les matières premières. Effectivement, l’indice « Continuous Commodity Index » calculé par Bank of America Merrill Lynch indique que les prix des matières premières (commodities) ont d’ores et déjà dépassé leur précédent pic enregistré en 2008! Cette flambée des commodities, des coûts énergétiques et des denrées de première nécessité annonce ainsi d’inévitables resserrements de politique monétaire au sein des nations industrialisées en écho aux hausses successives des taux d’intérêts en Australie, en Inde, au Brésil et en Chine…

En fait, cette appréciation très substantielle de ces prix est fort susceptible de remettre en question – voire d’annihiler – la timide reprise économique qui s’annonce dans nos pays Occidentaux et, à cet égard, le précédent de 2008 est fort significatif. Souvenons-nous en effet de ce début 2008 marqué par l’effondrement de Bear Stearns en Mars qui avait contraint la Réserve Fédérale à baisser agressivement ses taux afin d’éviter la liquéfaction généralisée. De fait, le quasi effondrement du billet vert – conséquence des turpitudes américaines et de la hausse concomitante des taux européens – avait autorisé une reprise du commerce global au printemps de cette même année 2008 … jusqu’à ce que l’ascension vertigineuse des prix pétroliers (ayant atteint 140 dollars le baril) ne provoque une nouvelle rechute de l’économie mondiale qui devait par la suite complètement péricliter durant le fameux automne de cette même année. Les hausses de prix actuelles des matières et des denrées finiront bien par avoir un impact sur l’indice général de l’inflation au sein de nos pays développés avec, pour conséquence naturelle, une remontée de nos taux qui aura pour effet immédiat de ralentir une activité déjà fort timide.

Cette inflation des commodities pose en outre une sérieuse menace aux valorisations des actions et des obligations qui y sont naturellement très sensibles tout comme la déflation fut en son temps extrêmement favorable à ces actifs financiers. Certes, les achats massifs de Bons du Trésor par la Réserve Fédérale inondent de liquidités – pour le moment – ces marchés mais un certain nombre de hauts responsables de la Fed émettent quasi quotidiennement des doutes quant à la poursuite de ce programme de baisses de taux quantitatives au delà de l’été 2011. C’est ainsi que le Président de la Fed de Richmond a conseillé une « sérieuse réévaluation » de ces QE2 « car l’inflation est capable de connaître une accélération même si le niveau de l’activité économique n’est pas encore revenu à son niveau préalable à la récession » ou que le Président de la Fed de Dallas a exprimé son « inquiétude » par rapport à ces QE2… Quant à Fisher, membre actif du FOMC et qui participe à ce titre à l’élaboration de la politique monétaire fédérale, il a prévenu être aux avant-gardes « afin d’interrompre ces achats et monter les taux dès que les pressions inflationnistes affectant les marchés des matières premières se traduiraient en augmentation généralisée des prix ».

Il n’y a en réalité quasiment plus que le Président de la Réserve Fédérale, Ben Bernanke, pour persister à défendre les taux actuels excessivement bas et ce dans l’espoir de ramener à la vie le marché de l’emploi US. Pourtant, ces taux d’intérêts américains proches du zéro n’empêcheront pas le renchérissement de ces produits – en fait ils le stimuleront – avec, à la clé, une réduction du pouvoir d’achat des consommateurs et un rétrécissement des marges bénéficiaires des entreprises.

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