L’objectif (passé sous silence) de la Fed

Comme un certain nombre d’analystes, je n’ai pas ménagé ces derniers mois mes critiques à l’encontre de la Réserve Fédérale US et de sa stratégie ayant consisté à inonder les marchés de 600 milliards de dollars supplémentaires dès le mois de Novembre dernier dans ce qui a été appelé le « QE2?, ou le second round des baisses de taux quantitatives. Cette frénésie d’injections de liquidités et cette création intensive de monnaie est en effet naturellement génératrice d’inflation et, à cet égard, les indexes mesurant les prix des denrées alimentaires sont à leur plus haut historique.

Et si l’objectif de la Fed était précisément de promouvoir l’inflation? Et si ces pressions inflationnistes – ou, à tout le moins, le spectre et les menaces d’une inflation à venir – étaient une nouvelle sorte de stimulus, un  »QE3? déguisé…?

En réalité, Bernanke et ses acolytes cherchent par tous les moyens à relancer une inflation dont ils sont convaincus qu’elle n’aurait que des effets bénéfiques sur leur économie tout en résorbant au passage le chômage. Autrement dit, et contrairement à l’angoisse d’une multitude d’observateurs  estimant que la Fed se laissera déborder par les évènements, Bernanke est bel et bien maître de son embarcation et mise en effet sur une résurgence des pressions inflationnistes tout en minimisant – à tort ou à raison? – les risques d’une dégradation du pouvoir d’achat qui en sera la conséquence logique.

La théorie veut effectivement que la demande ralentisse en période de très basse inflation car les consommateurs préfèrent remettre à plus tard l’acquisition d’un bien dont ils sont persuadés qu’ils l’auront ultérieurement à un prix plus avantageux. L’inflation se révèle donc à cet égard un moteur économique puissant puisqu’elle pousse littéralement à la dépense, et notamment les entreprises et industries qui dès lors accélèrent l’acquisition de la matière première indispensable à leur activité par crainte d’une flambée des tarifs. En fait, bien que sous tendue par un objectif de ne pas subir les pressions inflationnistes (en ne payant pas un prix plus cher), cette tendance généralisée auprès des entreprises devient elle-même à son tour génératrice d’inflation…

Si ce scénario semble bien fonctionner sur papier, le danger consiste évidemment en un ralentissement d’une consommation du fait d’un renchérissement du coût de la vie. A moins que – dans un monde idéal – les entreprises ne répercutent pas en bout de chaîne cette augmentation des prix d’achat de leurs matières premières, ce qui reviendrait bien-sûr à diminuer substantiellement leurs marges bénéficiaires. Cependant, ayant réalisé de confortables profits en 2010, elles seraient en mesure – toujours dans un monde idéal – de consentir à de tels sacrifices afin de stimuler l’activité économique et d’améliorer l’emploi.

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