L’Occident insolvable

Au vu des finances publiques de la quasi totalité des Etats Occidentaux, il devient aujourd’hui évident que s’ouvre une ère nouvelle marquée par une pression financière et fiscale intense. En fait, la crise de la dette souveraine n’est pas – ou n’est plus – Européenne : elle est tout bonnement devenue mondiale! Cette crise étant au demeurant loin de se déboucler du fait de l’insolvabilité probable de certains pays et pas qu’en Europe périphérique…

Pourtant, l’Histoire économique et financière mondiale serait plutôt rassurante en ce sens que les ratios des endettements ramenés au P.I.B. de nombre de nations ont déjà connus des pics inquiétants dans le passé. En fait, la gravité de ces dettes et déficits a même excédé les niveaux actuels dans des pays comme les Etats-Unis sortis de la seconde guerre mondiale avec un ratio de dettes à 110% de leur P.I.B., largement distancés à ce point de vue par la Grande Bretagne où ce chiffre avoisinait 250% et par la France où il était de 280% à la même époque!

La France du reste n’a jamais fait défaut – à l’exception de l’épisode 1797 – et ce en dépit d’une histoire révolutionnaire et militaire très mouvementée. Pourtant, l’Histoire ne saurait nous consoler aujourd’hui car les raisons actuelles d’être inquiets  proviennent principalement de la caducité du ratio dettes/P.I.B.. Ainsi, et en dépit de son utilisation universelle permettant de jauger de la solvabilité d’un Etat, cet instrument de mesure est aujourd’hui pour le moins inadéquat. En fait, ce ratio dettes/P.I.B. indique une situation passée alors qu’il serait impératif d’être orienté vers l’avenir. Je m’explique…

Le P.I.B. en réalité importe peu car il conviendrait plus adéquatement de raisonner en termes des revenus de l’Etat en question. En effet – et quels que soient les engagements et dettes de cet Etat -, c’est les ressources potentielles de cet Etat (qui lui permettront de rembourser ou tout simplement de financer ses dettes) qui comptent en finalité. Le privilège d’une nation, dite « souveraine », est certes de pouvoir unilatéralement majorer ses revenus via une augmentation des impôts.

Pour autant, ces ressources supplémentaires intégrant les caisses de cet Etat n’autoriseront qu’un rétablissement partiel de son P.I.B.. On le constate donc: l’indicateur dettes/P.I.B. ne permet d’établir qu’un état des lieux faussement favorable – en tout cas flatteur – de la santé des finances publiques. Ce tableau serait effectivement autrement plus cru pour les Etats s’il était possible d’établir un ratio de leurs dettes comparées à leur capacité maximale d’imposition. Autrement dit, comment évoluerait l’endettement des Etats si le levier de la taxation était actionné à plein régime et dans les limites tolérées par l’ensemble des contribuables?

Ce ratio est par ailleurs peu révélateur en cela qu’il ne reflète que les déficits passés d’un Etat alors même que la problématique des déficits publics actuels – aussi intense soit-elle – ne dépeint qu’une image incomplète des soucis à venir de nos pays. En effet, l’indicateur dettes/P.I.B. ne nous dit strictement rien sur les implications majeures du vieillissement des populations sur les finances publiques. Les très lourds endettements des Etats juste après le second conflit mondial ont ainsi été minimisés et gérés par la grâce d’une politique pro active orientée vers l’avenir ayant été autorisée par le baby boom. Aujourd’hui, la question fondamentale n’est pas tant de pouvoir digérer les endettements colossaux des Etats que de subir une aggravation supplémentaire irrémédiable de ces déficits rendue inéluctable par la prolongation de l’espérance de vie et qui conduira fatalement à la banqueroute de certains pays!

C’est ainsi qu’un groupe d’acteurs sociaux – au moins – sera sinistré car, forcément, quelqu’un devra payer: de l’augmentation des impôts à la charge des contribuables à la diminution notable du nombre des fonctionnaires (qui permettra la réalisation d’économies) en passant par les titulaires de Bons du Trésor dont les intérêts seront galvaudés … la question n’est donc pas si un Etat fera défaut mais vis-à-vis de qui fera-t-il défaut?

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