L’or et la récession

L’ascension ininterrompue du marché immobilier américain jusqu’à l’épisode des subprimes, tout comme l’appréciation immobilière actuelle tant en Europe que dans les nations émergentes, n’est certainement pas un signe de vitalité économique. En réalité, cette ruée ayant considérablement bénéficié à des actifs « tangibles » comme la pierre a également multiplié les risques de récession car les sommes gigantesques placées sur ces marchés l’ont été au détriment d’investissements vers des secteurs susceptibles de favoriser l’activité économique. L’immobilier, comme tous les actifs « durs », protège certes vis-à-vis de la dévaluation des monnaies; il n’en constitue pas moins l’un des signaux les plus fiables d’une récession en gestation…

Les acquisitions de biens immobiliers, de terrains, d’œuvres d’art et bien-sûr d’or sont en effet – par définition – improductifs et représentent une aberration complète du point de vue d’une allocation d’actifs confiante parce que tournée vers l’avenir. La fuite hors de la monnaie fiduciaire (billets en circulation) et la perte de confiance progressive mais insidieuse envers nos politiques économiques et envers ceux qui l’appliquent contraignent ainsi des masses gigantesques de liquidités à se loger dans des actifs rassurants dont la seule vertu est d’entretenir l’illusion de la richesse. Pour autant, la prospérité induite par ces appréciations immobilières et autres flambées des marchés de l’art est strictement en trompe l’œil car elle se réalise sur le dos et aux dépens de l’innovation, pourtant si précieuse pour l’avenir de nos sociétés, qui souffre ainsi d’assèchements des capitaux mis à sa disposition.

A cet égard, la très substantielle chute des marchés immobiliers entre 2007 et 2008 a permis de corriger cette situation quasi « contre nature » qui consistait à sur valoriser vainement toute une classe d’actifs qui ne profitaient qu’au « moral » de leurs heureux détenteurs ! La récession qui s’ensuivit ne fut donc que l’épiphénomène bien salutaire de ce mécanisme d’auto correction ou de self régulation ayant autorisé le nettoyage de ces distorsions… Hélas, l’envolée tout à fait spectaculaire de l’or et de l’argent-métal prend aujourd’hui – et de manière encore plus malsaine – le relais de cette ruée vers des placements foncièrement et intrinsèquement improductifs. L’ascension vertigineuse des cours de l’or jusqu’aux prix actuels de 1’500 dollars l’once permet ainsi de tirer une conclusion inéluctable : une nouvelle récession se profile déjà sur les radars !

Une récession est essentiellement le fruit d’allocations d’actifs inopportunes et malheureuses. Tout en confirmant que les secteurs porteurs de l’économie, de la recherche et de l’innovation manquent cruellement de capitaux qui leur sont – qui nous sont – pourtant vitaux, l’envolée des métaux précieux permet donc de tirer une conclusion limpide, à savoir que c’est le ralentissement de l’activité, voire la dépression, qui seront au rendez-vous de cette frénésie. Quant à l’inflation qui installe lentement mais sûrement ses quartiers dans nos économies et dans nos mentalités, elle achèvera de rogner nos épargnes tout en asséchant davantage les capitaux à disposition des entreprises. La perte de valeur de nos monnaies, rude pour notre pouvoir d’achat, accentuera et exacerbera ces malencontreuses allocations en faveur d’actifs « durs » ou « réels ». Ce n’est pas gratuitement qu’immobilier se dit « real estate » en anglais…

Que la récession vienne, que le ralentissement économique se produise car il est absolument impératif de purger une fois pour toutes ces aberrations que sont ces liquidités pharamineuses investies dans des secteurs stériles!

En fait, l’or à 1500 dollars ne nous informe sur rien d’autre si ce n’est que nous y sommes déjà: l’or est la récession !

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