Marine lève le voile

C’est entendu, Marine a le vent en poupe, et elle se jette à l’eau : elle veut se démarquer de son père qui avait le racisme facile, tenant des propos inqualifiables sur les camps de concentration, et qui s’affichait avec des personnes infréquentables.

Bref, ça y est, elle est présidentiable.

Mais la pièce qu’elle est en train de nous jouer est à deux faces, Pile la Fille, et face, le Père.

La stratégie que déploie Marine est intéressante : elle prend des voix autant à gauche qu’à droite, se désintéressant du centre, lequel, de par sa position, se trouve marginalisé.

A droite, elle profite du désamour que les français vouent à Sarkozy, lequel ne sait plus à quels saints se vouer pour regagner leurs faveurs. Lien

D’un coté, elle l’accuse d’avoir tapé dans la caisse de son « fond de commerce », immigration, et insécurité, lui reprochant de parler, plutôt que d’agir.

D’un autre coté, elle promet, si elle est élue, de fermer les frontières à l’immigration.

On le sait, ces deux thèmes de campagne sont propres autant à l’UMP qu’au FN, à tel point que de nombreux politologue comme Stéphane Rosez,  par exemple,  n’arrivent pas à discerner ce qui sépare. Lien

Il est vrai que leurs convergences sont nombreuses.

Un exemple parmi tant d’autres, Marine, malgré son prénom, est hostile au voile, tout comme Boutefeux, Besson, Guéant, et d’autres.

C’est en effet sur le voile et sur les musulmans, que Marine est la plus prolixe. Elle n’a pas hésité à comparer « les prières dans la rue » à l’occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale. Lien

On se souvient qu’aux dernières élections, l’UMP n’avait pas appelé à un « front républicain » pour barrer la route du FN, preuve évidente de la proximité entre les deux partis. Lien

C’est peut être l’une des erreurs qu’à fait l’UMP, car en refusant de le sanctionner, il banalise le vote du front.

Mais Marine Le Pen pioche aussi allègrement dans les rangs des classes dites populaires en maniant des slogans pour le moins contradictoires comme celui-ci :

« De droite économiquement, de gauche socialement », le grand écart, en quelque sorte.

Son électorat est essentiellement populaire, surtout ouvrier, masculin, peu diplômé, plutôt âgé, et plutôt privé que public,

Or cette posture (de droite économiquement, et de gauche socialement) a plutôt été celle du dernier programme du PS.

Mais c’est sur le refus de l’Europe qu’elle crée la différence, et récolte des adhésions.

Comme le dit l’économiste Jacques Sapir, « Marine Le Pen surfe aussi sur l’échec de l’Europe ».

Elle a beau jeu de mettre en porte à faux le PS et l’UMP, rappelant que ces deux partis ont contourné le « NON » au référendum de 2005 et qu’ils refusent d’admettre s’être trompé lourdement au sujet de l’Europe, puisqu’ils prétendent : « l’Europe nous défend et l’euro nous protège ». Lien

Le nucléaire, sujet sensible s’il en est, n’est pas oublié par la représentante du FN.

Elle déclarait jusque là: «  le nucléaire est l’élément essentiel de notre indépendance énergétique » (lien) prouvant sa parfaite méconnaissance du dossier, car, comme chacun le sait, il y a belle lurette que nous sommes dépendant sur la question uranium, qui nous vient du Niger et d’ailleurs. lien

Devant le basculement de l’opinion, puisque 77% de la population française y est désormais hostile, (lien) elle prend le vent, et change timidement d’opinion, en affirmant être favorable à un référendum, et puis le 14 juin, sur l’antenne de France Inter, elle finit par déclarer que « la sortie du nucléaire était un objectif qu’il faut avoir à l’esprit parce que c’est une énergie énormément dangereuse ». lien

La politique de la girouette a encore de beaux jours devant elle.

Le dernier point stratégique de la candidate du front est dans l’apparence : tout comme la teinture de blonde qu’elle s’est fait, elle s’est donné un look de présidentiable fréquentable, et pourtant elle n’est que l’autre face d’une même pièce, dont son père était le recto.

Un blogueur, « larelèveagauche » en fait la démonstration sur cette vidéo.

Alors on comprends la pugnacité de la candidate FN qui ne veut pas que son parti se laisse voler la victoire comme en 2002, se rappelant sans doute la belle phrase de Marcel Pagnol dans sa célèbre « partie de carte » : « c’est dans la marine qu’il y a le plus de cocus »

D’autant qu’aujourd’hui, d’autres candidats à la présidentielles viennent jouer dans sa cour, comme par exemple Christine Boutin qui, annonçant sa candidature le 22 juin dernier, (lien) a affirmé que sa première mesure sera d’imposer le port de l’uniforme à l’école.

Et elle n’est pas un cas isolé, car François Barouin, Philippe de Villiers, François Bayrou, et Xavier Darcos y sont eux-aussi favorables.

D’ailleurs 3 députés UMP ont déposé en 2006 une loi défendant cette idée et selon eux : «l’instauration d’une tenue commune permettrait de lisser les différences sociales entre les élèves, de limiter les insultes et agressions sexuelles dont sont victimes les jeunes filles et permettrait au monde éducatif d’évoluer dans de meilleures conditions». lien

Mais revenons à MLP.

Son programme n’est guère moderne : outre le port de l’uniforme à l’école, il y a le retour au franc, le retour des frontières, le retour de la semaine de 40 heures (ou plus ?), celui de la peine de mort (par référendum) et un lot de promesses non explicitées : « révolution fiscale, lutte contre les pratiques abusives et les « super profits » des grands groupes financiers, réduction des inégalités territoriales de revenus… » lien

Mathieu Madénian sur l’antenne d’Europe 1, le 23 juin dernier, dans son numéro de « télé délire », s’adressait à David Pujadas, l’invité du jour, lequel recevait le soir même, dans son émission « des paroles et des actes », Marine le Pen: « le nouveau crédo de Marine Le Pen c’est la dé-mondialisation, le retour au franc, sortir de l’Europe, restaurer les frontières douanières…David tant qu’à faire demandez lui si elle va s’arrêter là, ou si elle va reconstruire des châteaux forts, à quand le retour de la dime, de la gabelle,  organiser des combats de gladiateurs… », puis constatant « qu’un français sur 5 se dit prêt a voter Marine Le Pen », il demanda au public qui votait Le Pen de lever la main, et voyant qu’aucune ne s’était levée, il concluait : « car au fond les gens qui vote Le Pen, ils savent que c’est pas bien » lien

En tout cas, lors de cette émission de la « 2 », on apprenait avec étonnement que le programme économique du FN n’était pas chiffré, puisqu’elle répondait à l’économiste de l’émission : « les présidentielles, c’est dans 1 an, laissez moi le temps de faire un programme économique chiffré ! » lien

Pourtant, sur le site du FN, les propositions sont bel et bien écrites, mais chaque fois que l’économiste de service opposait aux déclarations péremptoires de Marine Le Pen des contre arguments chiffrés, celle-ci lui rétorquait « vous n’avez strictement rien compris »

Cécile Duflot venait aussi apporter la contradiction, et l’attaquant sur l’expulsion de France de 10 millions de personnes sur la base des critères du FN se voyait elle aussi rétorquer : « vous n’avez strictement rien compris à ce que j’ai dit ». lien

On le voit, Marine Le Pen est une grande incomprise.

En tout cas, la présidentielle c’est dans 11 mois…et déjà à droite les candidatures se multiplient mettant le candidat UMP dans une posture de plus en plus délicate.

Entre Borloo, et Nihous, en passant par De Viillepin, Dupont-Aignant, Bayrou, Boutin, De Villiers, Morin, même si certains de ces candidats risquent de ne pas peser très lourd le jour de l’élection, ce sont autant de voix qui sont enlevées au candidat présidentiel, et la montée inexorable de Marine Le Pen n’arrange pas ses affaires. lien

A gauche on s’inquiète aussi, car sur le chapitre européen, le PS n’est pas vraiment à son aise, d’autant que la crise grecque prend de l’ampleur, et que la France risque des sanctions avec bientôt ses 2000 milliards de dettes.

Et puis les candidats se multiplient.

Outre EELV, Chevènement montre le bout de son nez, Melenchon est lancé, les radicaux de gauche disent qu’ils auront un candidat, tout comme le NPA, Nathalie Arthaud a fait acte de  candidature pour Lutte Ouvrière, jusqu’à Gérard Schivardi qui semble avoir pris gout au jeu électoral. lien

Le dernier sondage donne gagnant Hollande et Aubry qui recueilleraient 60 % des voix (58 % pour Aubry) lesquels battraient Sarközi et Le Pen. lien

Mais la partie ne fait que commencer.

Tout les acteurs sont prêts, et même si des coups de théâtre ne manqueront pas de se produire, la pièce qui va être jouée pourrait être passionnante, à moins que les électeurs préfèrent un autre spectacle, car comme dit souvent mon vieil ami africain : « si vous voulez que vos rêves se réalisent, ne dormez pas ».

L’image illustrant l’article provient de « malinet.net »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *