Mario Dumont et le Plan Stalingrad

Cet article traite des élections au Québec et n’a rien à voir avec Hitler, l’Armée Rouge ni d’autres guerres que celles politiques qu’on livre avec des mots. J’aurais pu l’intituler « le piège à cons », mais je préfère éviter les malentendus. Je n’aurais pas voulu entendre qui que ce soit me demander : « Est-ce moi Seigneur ? », ce qui m’aurait obligé à mentir ou à dire une vacherie, deux approches dont on a abusé durant cette campagne.

Pour ceux qui suivent cette campagne de très loin, je résume : deux partis traditionnels qui alternent au pouvoir depuis des lustres et dont aucun cette fois ne suscite beaucoup d’enthousiasme. Un autre parti dont la tradition est d’être le troisième, dont le chef a un indéniable charisme, mais dont tous les « experts » prétendent qu’il n’est que populiste et que son programme ne tient pas la route. Et la bataille commence…

Populiste, peut-être, mais Mario Dumont marque chaque jour des points. Populiste, mais populaire… et une proposition un peu simpliste par ci, une autre un peu racoleuse par là, rien de trop fignolé, mais c’est clair et ça plait. De sorte que peu à peu le troisième homme monte dans les sondages.

Pas de panique, ce n’est que le troisième homme. Son équipe ? Des gens simples. Des poujadistes. Des moujiks en bonnets de fourrure… Ce n’est pas ça qui va arrêter les Panzers, n’est-ce pas ? Alors PQ et PLQ, les habitués du pouvoir, continuent à se détruire les uns les autres. Ils se traitent réciproquement de connards avec assez de véhémence pour convaincre la population qu’ils ont tous deux raisons, sans la convaincre toutefois qu’ils sont, eux, une solution de rechange plus acceptable.

Ils se tapent dessus, sans trop se préoccuper du troisième homme, qui apparaît tout à coup grandi de tout le mal que lui et son parti n’ont jamais pu faire et qui en devient tranquillement une solution acceptable. Petite surprise, donc, on se lève un beau matin avec des sondages qui disent que le Québec aura un gouvernement minoritaire et que le troisième homme aura la balance du pouvoir.

Un peu ennuyeux, mais pas de panique. Il est seul. Son équipe ? Des moujiks ! Son programme ? Pas de programme. Quelques idées aguichantes, mais mal ficelées, des idées qui ne tiennent pas la route ! La preuve ? Il ne peut pas chiffrer ses propositions ! Il n’a pas même l’air de savoir ce que c’est qu’une marge de manœuvre financière ! Alors pourquoi s’énerver ? Il aura peut-être la balance du pouvoir, mais il suivra bien la ligne que lui indiquera le VRAI gagnant. Alors le match de pancrace continue entre PQ et PLQ, avec un œil distrait sur le pauvre type « qui-ne-peut-pas-chiffrer-ses-propositions ».

Débat télévisé, Dumont marque des points. Les sondages, les blogues, il marque des points. Il marque des points sur tout, il avance sur tous les fronts, sauf sur un : celui des propositions chiffrées. Où sont les chiffres ? Sur les chiffres, il recule. L’air penaud. Il dit bien qu’il les fournira, mais avec l’air de ne pas vraiment y croire. Oui, oui, après le budget fédéral… Le lendemain, c’est promis

Pour les deux autres partis, c’est une aubaine. Il est si coriace partout ailleurs et si faible sur ce point qu’il est bien tentant de s’engouffrer dans la brèche et de ne plus perdre une minute à faire d’autre reproche à Dumont que de ne pas pouvoir chiffrer ses engagements. Alors on le lui répète, on en fait un leitmotiv et les panzers avancent en chantant Lili Marlene… Ils sont bien imprudents.

Imprudents, car supposons que Mario Dumont ne soit pas si bête. Supposons qu’il ne recule si facilement sur ce point que parce qu’il a toute la Sibérie pour reculer et rien à y perdre. Lorsque ses adversaires, en y engageant toutes leurs forces, auront convaincu la population que Dumont a le défaut impardonnable de ne pas pouvoir chiffrer ses engagements, est-ce qu’il n’est pas évident qu’ils auront donné à ces chiffres une importance qu’en eux-mêmes ces chiffres n’ont pas et se seront ainsi jetés dans un traquenard ?

Un piège à cons, car quand ils auront convaincu la population que le manque de crédibilité de Dumont est total, parce qu’il n’a pas produit des engagements chiffrés, ne comprennent-ils pas qu’ils auront aussi largement convaincu la population que c’est là le SEUL véritable défaut de Dumont ? La population, qui aime bien Mario, se prépare à en faire son deuil, car sans chiffres…, bien sûr…, n’est-ce pas… bref… Mais elle trouve ça bien dommage. Imaginez la joie, si l’on découvre que ce n’était qu’une infâme calomnie !

La joie si, le surlendemain du budget fédéral – un jour de plus pour que ses adversaires disent leurs ultimes sottises – Dumont met calmement sur la table tous les chiffres qu’on lui demande depuis un mois, des chiffres qui seront tous bien proprets, aussi crédibles que ceux des autres, plus séduisants, puisqu’ils auront été faits pour séduire. Inattaquables, puisque, comme ceux de ses adversaires, ils seront un échafaudage d’hypothèses, comme les chiffres des élections précédentes…

Libéraux, comme Péquistes savent très bien que chiffrer des engagements électoraux est un exercice de fabulation que peut produire en quelques heures une équipe de comptables. Qu’est-ce qui empêche Dumont de le faire ? Et si ces chiffres sont produits, les discuter serait futile, puisque le procès qu’on a fait a Dumont n’a pas été que ses chiffres étaient incorrects, mais qu’il n’en avait pas.

Dès qu’il les produit, c’est une victoire. Il disait vrai, il est vengé. Ses détracteurs, trop condescendants et que la population n’aime pas vraiment, deviennent des calomniateurs. Ils ont voulu tromper la population. Ce sont les méchants et ils sont confondus. Le piège se referme sur Stalingrad. La musique en arrière-plan, ce sont les Cosaques. Mario Dumont est élu Premier Ministre du Québec.

Vous n’y croyez pas ? Attention ! Ce n’est pas une certitude, mais ce n’est pas impossible. En septembre 1942, personne ne croyait que les moujiks nous gagneraient la guerre. Il suffit d’un piège qui se referme sur ceux qui sont trop arrogants pour penser qu’on puisse leur tendre un piège.

Pierre JC Allard

11 pensées sur “Mario Dumont et le Plan Stalingrad

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    16 mars 2007 à 6 06 57 03573
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    Bien dit Pierre JC….c’est effectivement un piège très bien fisler a notre intention !!!!! c’est nous qui son visé ….le piège est pour nous grosse masse de mouton qui se fon organiser solide par les barons de la presse, et la désinformation mur a mur .

    C’est 3 politiciens travaillent tous pour une élite de l’establismente qui dirige le monde avec pour but de nous asservir comme esclave et nous faire perdre toute notre vie a travaillé et a consommé des biens matériels qui engendrent plus d’esclavage ouvriere…

    Tout ça pour pas qu’on est de temps pour évoluer et cheminer dans notre vie… si ta 2 sec a toi …on a du divertissement à outrance pour toi …

    C’est 3 politiciens travaillent tous dans la même optique… détruire l’état …privatisation… Le libre marcher !!! (toi qui gagnes 10$/h VS un chinois a 10¢/h) destruction de tous les services sociaux possibles… tus va payer mon grand pour ta santé …sinon créve comme aux É.-U…. le PQ a initié le tout voula 9ans an scrapant la santé… toute cette petite clic nos prépare des choses depuis longtemps et c’est toujours très bien finioller pour qu’on y voix que du feu grasse a une industrie de protagande gigantesque,

    Mais heureusement y’a une limite a tout détruire l’état … mais si on Mario Dumont rentre …. y’aura plu aucune limite ….ça va être la fin du Québec… le Piege est pour nous, mes chers amis, la seule solution possible de rechange même si c’est pas notre idéal a 100% c’est QS Québec Solidaire … eux autre y travaille vraiment pour nous autres
    c’est facile faire les bons choix dans la vie …ce que la propagande veut !!! tu feras le contraire héhééé

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    16 mars 2007 à 8 08 30 03303
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    C’est une façon de voir les choses… mais je crois que Mario fait seulement suivre son plan de campagne et que ton analyse (et ta comparaison) sont poussé beaucoup trop loin ! Il le dit depuis le debut, qu’il va donner son cadre financier après le budjet fédéral, il veut pas le refaire deux fois, comme devrons le faire le PLQ et le PQ… anyway tout le monde sait que les cadres financiers ne sont jamais respecté !

    Avec les sondages de ce matin.. fait chier mais c’est le PQ qui va rentrer minoritaire.. on va avoir un coker, irresponsable, à la tête du pays. Good Job !

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    16 mars 2007 à 9 09 41 03413
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    Le psychodrame autour de Boisclair génère l’ascension tragi-comique de Dumont.

    Le petit démagogue et arriviste crasse a prouvé, lors du débat, qu’il est le fils spirituel de Réal Caouette, Camille Samson et autres guignols régionalistes issus du bassin de gnochons ignares laissés pour contre par notre système d’éducation et savamment engraissés par le dirigisme retord de nos médias corporatifs.

    À la question sur la marge de manoeuvre du budget québécois ; la vraie réponse était : Je l’ignore, je veux remettre la caisse de la nation à un lobbyste du patronat car je suis incapable de m’extirper du lançage de bouette médiatique en capsules de 6 secondes qui fait le bonheur de Mindfuck Inc.

    Il faut souligner que ce sinistre wanabe a donné une note de 85% à Harpeur pour s’être rangé à droite de la junte Bush. Il se rend coupable, par association, de crimes contre l’humanité . Bravo Ducon !

    Les profits de la guerre : un crime ?

    Les Québécois pacifistes ? Pffft… joke !

    « We are watching a poorly staged rendition of Wag the Dog, interpreted for the morbidly stupid and performed by the criminally insane. » – Jules Carlysle

    Et le cadeau de $350 millions sur une marge de manoeuvre de $700 millions que le frisé veut donner aux banques (elles ne font pas assez de profits ?) et aux compagnies d’assurance (Power Corp et satellites) …

    ON EN PARLE OU ?

    Pas chez Gesca, pas chez Québécor, pas à la télé ni à la radio… NULLE PART !

    PERSONNE N’EN PARLE… bien trop occupé avec le cirque démagogique de Dumont…

    Cette aberration montre bien qui porte les culottes au Québec !

    Il est plus facile et payant de dresser des ti-clins à l’aliénation débilitante post-catho que d’engender des citoyens bien informés. Hum…

    « La politique, c’est l’art de consulter les gens sur ce à quoi ils n’entendent rien, et de les empêcher de s’occuper de ce qui les regarde. » – Paul Valéry

    MERCI MINDFUCK INC. !

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    16 mars 2007 à 11 11 09 03093
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    Ca prouverait que M.Dunont est habile mais pas qu’il est bien honnete. Cet article aussi est habile mais tres honnete, car on ne sait pas si vous le dites pour encourager M.Dumont a le faire ou avertir les deux autres de pas se laisser faire.

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    16 mars 2007 à 12 12 57 03573
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    Au point de départ, j’ai éprouvé beaucoup de difficultés de compréhension avec les premiers mots de votre introduction : Cet article traite des élections au Québec et n’a rien à voir avec Hitler, l’Armée Rouge ni d’autres guerres que celles politiques qu’on livre avec des mots. Leur seule évocation laisse – il me semble – un goût un peu amer et peut orienter la lecture de votre article. Simple point de vue.

    Dumont pourrait fort bien chiffrer son programme. Il ne faut pas oublier qu’il a à ses côtés un administrateur de taille, Gilles Taillon, aguerri aux budgets de l’État.

    Pourquoi ne le fait-il pas ? Je mets cela au compte de la stratégie électorale. Débattre des idées est plus attrayant, j’imagine, que de débattre des budgets. Le Parti québécois s’était cassé les dents avec son budget de l’An I.

    Personnellement, je crains que Dumont ne glisse trop à droite (il s’y situe déjà amplement). Il sera très certainement intéressant de voir les tendances de la population d’ici à la tenue des élections. Nul ne peut prédire à l’heure actuelle l’issue du vote.

    Pierre R.

    Montréal (Québec)

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    16 mars 2007 à 14 02 49 03493
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    Excellent article, M. Allard. C’est génial, quand on y pense, de la part de Dumont ! Une fois les chiffres sortis, paf, ça sera dans la petite poche !!

    C’est effectivement très décourageant de voir la campagne se dérouler ainsi. Dumont a adopté, hélàs avec succès, les tactiques populistes de Harper. Une idée par jour, contrôle de l’agenda de la campagne, formule clip, etc. Les deux autres ne semblent pas avoir assez de conseillers ( !!) pour les faire réagir, pourtant on a fait grand cas du « phénomène » de Québec… J’aurais pensé que la leçon aurait porté fruit. La défaite sera amère pour le PLQ comme pour le PQ.

    Un pas en avant, deux en arrière, à ce rythme-là, on arrivera jamais, bonyeu !

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    16 mars 2007 à 17 05 52 03523
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    C’est le fait que Ducon soit incapable citer de mémoire la marge de manœuvre centrale à l’exercice du pouvoir qui demeure une insulte à la rigueur politique et économique.

    But you’re right, who gives a flying fuck !

    On with the show this is it !

    J’obéis aux médias ! Pas toi ?

    TFYQA

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    17 mars 2007 à 13 01 50 03503
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    Votre article a certes un mérite : nous faire réfléchir sur la popularité grandissante de Mario Dumont ; un chef qui mène sa campagne électorale sans équipe et sans cadre financier. Comment cela se peut-il ? Serait-on sur le point de couronner M. Dumont roi absolu du Québec ? Personnellement, et bien que je ne voterai pas pour l’ADQ, ça ne m’effraie pas.

    N’a-t-on pas eu ces dernières années un premier ministre qui se comportait comme un empereur romain ? Et n’a-t-on pas eu avant lui un premier ministre qui utilisait le latin pour nous expliquer ses politiques ?

    Cela dit, je ne crois pas beaucoup, Pierre JC, à votre théorie du « piège à cons » ; quoique je la trouve délicieusement machiavélique. Je pense plutôt que la compagne électorale de Mario Dumont est bêtement efficace. Rien de plus.

    Par expérience le chef de l’ADQ sait, contrairement aux autres prétendants au trône, qu’on ne gagne plus une élection avec une bataille de chiffres. Il suffit de quelques idées fortes… qu’elles soient de gauche ou de droite ! Ainsi en est-il dans un système où la démocratie s’exerce par l’élection d’un nouveau monarque tous les quatre ans.

    Richard Côté,
    Montréal

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    17 mars 2007 à 14 02 14 03143
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    En début de campagne, je demandais à un attaché de presse libéral comment il ferait face à la vague adéquiste dans la région de Québec. À l’époque, les libéraux disaient encore, à qui voulait bien l’entendre, que l’ADQ ne ferait que grappiller des votes au Parti québécois. Pour lui, la formation de Mario Dumont ne constituait pas une menace. Force est de constater que les choses ont changées et les libéraux s’en rendent bien compte. Trop tard ?

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    25 mars 2007 à 6 06 46 03463
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    C’est une analyse très intéressante mais il manque un détail qui me semble important : l’apport de la radio poubelle. Dumont a déjà appuyé le combat de CHOI du temps de Jeff Fillion. Cette mouvance lui renvoit actuellement l’ascenseur en martelant constamment les mêmes « vérités » (les VRAIS AFFAIRES) et en démonisant ou ridiculisant les adversaires.

    Il ne faut pas négliger la part d’endoctrinement dans toutes les guerres et celle-ci n’y fait pas exception. Depuis quelques années les tenants de la radio poubelle préparent les esprits à accepter les diktats de la droite : on y fait une large place à leurs porte-paroles (IEDM, Illusion tranquille et autres portes étendards de la même eau).

    C’est comme ça qu’on en arrive à ce que les moujiks en viennent à manger dans la main de ceux qui les exploitent

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    25 mars 2007 à 9 09 34 03343
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    Merci de votre commentaire. Il manque beaucoup de détails dans cet article, dont celui-là et l’influence des blogues que je souligne ailleurs. Je ne cherchais pas à analyser toute la stratégie adéquiste, seulement a souligner l’astuce simple, mais efficace, de pièger l’adversaire en lui faisant poser les questions dont on a la réponse…

    Quant à l’endoctrinement, il n’est plus en démocratie une part de la guerre. Il est TOUTE la guerre.

    Pierre JC Allard

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