Mario Dumont et le Plan Stalingrad

07.03.15

Mario Dumont et le Plan Stalingrad


Cet article traite des élections au Québec et n’a rien à voir avec Hitler, l’Armée Rouge ni d’autres guerres que celles politiques qu’on livre avec des mots. J’aurais pu l’intituler « le piège à cons », mais je préfère éviter les malentendus. Je n’aurais pas voulu entendre qui que ce soit me demander : « Est-ce moi Seigneur ? », ce qui m’aurait obligé à mentir ou à dire une vacherie, deux approches dont on a abusé durant cette campagne.
Pour ceux qui suivent cette campagne de très loin, je résume : deux partis traditionnels qui alternent au pouvoir depuis des lustres et dont aucun cette fois ne suscite beaucoup d’enthousiasme. Un autre parti dont la tradition est d’être le troisième, dont le chef a un indéniable charisme, mais dont tous les « experts » prétendent qu’il n’est que populiste et que son programme ne tient pas la route. Et la bataille commence
Populiste, peut-être, mais Mario Dumont marque chaque jour des points. Populiste, mais populaire et une proposition un peu simpliste par ci, une autre un peu racoleuse par là, rien de trop fignolé, mais c’est clair et ça plait. De sorte que peu à peu le troisième homme monte dans les sondages.
Pas de panique, ce n’est que le troisième homme. Son équipe ? Des gens simples. Des poujadistes. Des moujiks en bonnets de fourrure Ce n’est pas ça qui va arrêter les Panzers, n’est-ce pas ? Alors PQ et PLQ, les habitués du pouvoir, continuent à se détruire les uns les autres. Ils se traitent réciproquement de connards avec assez de véhémence pour convaincre la population qu’ils ont tous deux raisons, sans la convaincre toutefois qu’ils sont, eux, une solution de rechange plus acceptable.
Ils se tapent dessus, sans trop se préoccuper du troisième homme, qui apparaît tout à coup grandi de tout le mal que lui et son parti n’ont jamais pu faire et qui en devient tranquillement une solution acceptable. Petite surprise, donc, on se lève un beau matin avec des sondages qui disent que le Québec aura un gouvernement minoritaire et que le troisième homme aura la balance du pouvoir.
Un peu ennuyeux, mais pas de panique. Il est seul. Son équipe ? Des moujiks ! Son programme ? Pas de programme. Quelques idées aguichantes, mais mal ficelées, des idées qui ne tiennent pas la route ! La preuve ? Il ne peut pas chiffrer ses propositions ! Il n’a pas même l’air de savoir ce que c’est qu’une marge de manoeuvre financière ! Alors pourquoi s’énerver ? Il aura peut-être la balance du pouvoir, mais il suivra bien la ligne que lui indiquera le VRAI gagnant. Alors le match de pancrace continue entre PQ et PLQ, avec un oeil distrait sur le pauvre type « qui-ne-peut-pas-chiffrer-ses-propositions ».
Débat télévisé, Dumont marque des points. Les sondages, les blogues, il marque des points. Il marque des points sur tout, il avance sur tous les fronts, sauf sur un : celui des propositions chiffrées. Où sont les chiffres ? Sur les chiffres, il recule. L’air penaud. Il dit bien qu’il les fournira, mais avec l’air de ne pas vraiment y croire. Oui, oui… après le budget fédéral. Le lendemain, c’est promis…
Pour les deux autres partis, c’est une aubaine. Il est si coriace partout ailleurs et si faible sur ce point qu’il est bien tentant de s’engouffrer dans la brèche et de ne plus perdre une minute à faire d’autre reproche à Dumont que de ne pas pouvoir chiffrer ses engagements. Alors on le lui répète, on en fait un leitmotiv et les panzers avancent en chantant Lili Marlene. Ils sont bien imprudents. Il faut surveiller ses flancs et ses arrieres…
Imprudents, car supposons que Mario Dumont ne soit pas si bête. Supposons qu’il ne recule si facilement sur ce point que parce qu’il a toute la Sibérie pour reculer et rien à y perdre. Lorsque ses adversaires, en y engageant toutes leurs forces, auront convaincu la population que Dumont a le défaut impardonnable de ne pas pouvoir chiffrer ses engagements, est-ce qu’il n’est pas évident qu’ils auront donné à ces chiffres une importance qu’en eux-mêmes ces chiffres n’ont pas, et qu’ils se seront ainsi jetés dans un traquenard ?
Un piège à cons, car quand ils auront convaincu la population que le manque de crédibilité de Dumont est total parce qu’il n’a pas produit des engagements chiffrés, ne comprennent-ils pas qu’ils auront aussi largement convaincu la population que c’est là le SEUL véritable défaut de Dumont? La population, qui aime bien Mario, se prépare à en faire son deuil, car sans chiffres…, bien sûr…, n’est-ce pas… bref… Mais elle trouve ça bien dommage. Imaginez la joie, si l’on découvre que ce n’était qu’une infâme calomnie !
La joie si, le surlendemain du budget fédéral — un jour de plus pour que ses adversaires disent leurs ultimes sottises — Dumont met calmement sur la table tous les chiffres qu’on lui demande depuis un mois, des chiffres qui seront tous bien proprets, aussi crédibles que ceux des autres, plus séduisants, puisqu’ils auront été faits pour séduire. Inattaquables, puisque, comme ceux de ses adversaires, ils seront un échafaudage d’hypothèses, comme les chiffres des élections précédentes.
Libéraux, comme Péquistes savent très bien que chiffrer des engagements électoraux est un exercice de fabulation que peut produire en quelques heures une équipe de comptables. Qu’est-ce qui empêche Dumont de le faire ? Et si ces chiffres sont produits, les discuter serait futile, puisque le procès qu’on a fait a Dumont n’a pas été que ses chiffres étaient incorrects, mais qu’il n’en avait pas.. On ne lui a pas dit qu’il errait, on a suggéré assez grossierement qu’il n’était pas tres doué….
Dès qu’il les produit, c’est une victoire. Il disait vrai, il est vengé. Ses détracteurs, trop condescendants et que la population n’aime pas vraiment, deviennent des calomniateurs. Ils ont voulu tromper la population. Ce sont les méchants et ils sont confondus. Le piège se referme sur Stalingrad. La musique en arrière-plan, ce sont les Cosaques. Mario Dumont est élu Premier Ministre du Québec.
Vous n’y croyez pas ? Attention ! Ce n’est pas une certitude, mais ce n’est pas impossible. En septembre 1942, personne ne croyait que les moujiks nous gagneraient la guerre. Il suffit d’un piège qui se referme sur ceux qui sont trop arrogants pour penser qu’on puisse leur tendre un piège.
Pierre JC Allard

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