Mauduit analyse le 1er anniversaire du quinquennat : le hollandisme, cette « duperie »

Le journaliste co-fondateur de MediapartLaurent Mauduit, ancien chef du service économique de Libération et ancien directeur adjoint de la rédaction du Monde, excusez du peu, sort un essai titré L’étrange capitulation. En voici l’argument : « C’est une histoire sans précédent pour la gauche qui a commencé avec la victoire de François Hollande. Par le passé, une fois arrivés au pouvoir, les socialistes français ont tenté, dans un premier temps, d’honorer leurs engagements. Ce fut le cas sous le Front populaire qui engagea de grandes réformes sociales avant de heurter le « mur de l’argent » ; ce fut le cas en 1981, quand la gauche chercha à « changer la vie »avant de se convertir à la rigueur ; ce fut le cas en 1997, quand Lionel Jospin chercha à sortir le pays de l’ornière libérale avant de reculer devant la finance.

Depuis son entrée à l’Elysée, François Hollande, lui, n’a pas cherché un seul instant, à modifier la politique de son prédécesseur. C’est d’abord cette sidérante volte-face que cet ouvrage veut raconter et mettre en perspective. Prolongation de la politique d’austérité ; abandon de la réforme fiscale ; reprise des mesures pour la compétitivité prônées par le patronat ou des thématiques sécuritaires de Nicolas Sarkozy… depuis le 6 mai 2012, le « peuple de gauche » a le sentiment qu’on lui vole sa victoire. (…) » D’où les 150 000 manifestants – on prend le chiffre des organisateurs et on déduit celui de Valls ;) – présents lors de laMarche pour la 6e République, contre la finance et l’austérité…

Mais revenons à Laurent Mauduit et ce qu’il dit de son ouvrage chez Les Inrocks : « Avec Hollande, on est dans la prolongation de l’impuissance. Nombre de ses réformes sont dictées par le camp d’en face. C’est vrai que l’on peut parler de duperie – j’assume ce mot. Prenez la réforme du marché du travail : Hollande a caché pendant sa campagne qu’il projetait de mettre à bas le droit du licenciement. Prenez encore le“choc de compétitivité”, avec ses 20 milliards de cadeaux aux entreprises : à quelques modalités techniques près, c’est la réforme que défendait Sarkozy. Pis ! Le même Hollande avait dénoncé le recours à la TVA pour financer cette réforme. Pourtant, il se renie et a choisi de procéder à une hausse de cet impôt, le plus injuste de tous puisqu’il pèse plus sur les pauvres que sur les riches. »

Sa pensée est encore mieux précisée et détaillée dans le billet qu’il publie sur leHuffington post6-mai, le plus triste des anniversaires : « ce qu’il y a d’inédit avec François Hollande, c’est qu’il a, dès le premier jour, appliqué la politique du camp d’en face – pour parler clair, une politique néo-libérale. Maintien de la politique budgétaire et salariale d’austérité ; application, sous des modalités à peine amendées, du « choc de compétitivité » voulu par Nicolas Sarkozy et quelques cénacles patronaux ; trahison des ouvriers de Florange ; abandon de la grande« révolution fiscale » promise, s’inspirant des travaux de l’économiste Thomas Piketty ; mise en œuvre d’une loi bancaire ridiculement peu énergique ; promotion d’une réforme du marché du travail s’inspirant de la philosophie ultra libérale du FMI : le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a, pour l’essentiel, prolongé la politique économique du quinquennat précédent. Au point que beaucoup de Français ayant voté François Hollande ont pu avoir le sentiment légitime qu’on leur avait volé leur victoire.

Sentiment d’autant plus ancré que beaucoup d’électeurs ont apporté leur suffrage au candidat socialiste non pas par un vote d’adhésion mais plutôt par un vote de rejet : pour tourner la page du sarkozisme, et notamment de l’affairisme, qui a été l’un de ses traits dominants. Or, cet espoir-là a aussi très vite été douché par lescandale Cahuzac, qui est venu attester qu’on était bien loin de la « République exemplaire » promise par François Hollande. Triste anniversaire, donc ! Car – et c’est aussi l’un des enseignements du passé – la gauche doit toujours avoir à l’esprit que le populisme peut trouver ses racines dans ses démissions ou ses atermoiements. C’est une des leçons des années 1930 mais pas seulement : quand la gauche n’assume pas sa mission de transformation sociale ; quand elle ne répond pas à l’espoir du peuple, elle peut, dans un terrible choc en retour, alimenter le désespoir populiste. Oui, sinistre anniversaire ! Pour éviter la catastrophe qui vient, il faudrait d’urgence un sursaut. 

C’est ce qu’a signifié, avec force, dimanche 5 juillet, la manifestation massive appelée par le Front de gauche. C’est ce que disent, avec leurs mots à eux, de grands intellectuels, comme Edgar Morin ou Emmanuel Todd. C’est ce que suggèrent même, de manière diplomatique et parfois un tantinet confuse, quelques ministres socialistes. Mais François Hollande voudra-t-il l’entendre ? Enfermé à l’Elysée, comme dans un bunker, pour l’heure, il semble sourd aux innombrables alertes… C’est aussi pour cela que ce 6-Mai est passablement désespérant. » Et c’est aussi pour cela que plumedepresse était à ce point en sommeil, son auteur désespéré par la trahison hollandiste. Attendue, certes, mais à ce point ?

OLIVIER BONNET

2 pensées sur “Mauduit analyse le 1er anniversaire du quinquennat : le hollandisme, cette « duperie »

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