Mélenchon – Le Pen, « l’odieux amalgame »

Voici le dessin publié par Plantu dans L’Express. Il suffit maintenant ! Comme l’ont déjà fait les « socialistes » Jean-Paul Huchon et Manuel Valls – la journaliste Ruth Elkrief aussi, ainsi que l’ancien ministre Luc Ferry* -, placer sur le même plan Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon procède de l’escroquerie intellectuelle et de la manipulation ou d’un manque total de conscience et culture politiques. Le Front national coalise des nostalgiques de Vichy et de la Collaboration, des skinheads violents adeptes des ratonnades et tout un ramassis de Dupont-Lajoie aigris et racistes. Logique : il a bâti toute son ascension politique sur un seul slogan, décliné sous toutes les formes à l’infini, que nous synthétisons en termes clairs : « Dehors les noirs et les Arabes, ces voyous inassimilables qui viennent voler le pain des Français ! » Le FN prêche donc depuis toujours la haine, l’exclusion. Et le Parti de gauche ? Qu’on nous explique ce qui le rapprocherait de la formation d’extrême droite et de son idéologie mortifère, avec les idéaux de justice sociale par une meilleure répartition des richesses qui sont les siens, au lieu de s’en remettre à l’argument d’autorité qui prétend mettre en parallèle « les extrêmes ». Et voilà que Plantu à son tour se mêle d’enfoncer ce clou rouillé là. Jean-Luc Mélenchon se confesse « blessé », sur Marianne2 : « Plantu, dont j’achète les livres, efface la différence entre la gauche et la droite. C’est vulgaire, c’est grossier. J’espère qu’il admettra qu’il s’est trompé »

Le fondateur du Parti de gauche précise sa réaction dans un communiqué : « Je dénonce l’odieux amalgame auquel se livre le dessinateur Jean Plantu dans L’Express du 19 janvier 2011 (page 13), lorsqu’il me représente en uniforme et brassard lisant le même texte que Mme Le Pen et mettant dans ma bouche le slogan «Tous pourris !». Stupide politiquement, ce dessin amalgame deux programmes et traditions politiques diamétralement opposés. Blessant sur le plan humain puisqu’il nie mon identité et mes combats, il contribue à la confusion politique qui, sous prétexte de lutte contre le populisme, prêche le maintien de l’ordre établi. Mais cette image mensongère ne pourra effacer qu’à la même heure, le président du groupe PPE au Parlement européen, le député UMP Joseph Daul, embrasse devant tout l’hémicycle Viktor Orban, premier ministre hongrois d’extrême droite, ni que le président du groupe PSE [Parti socialiste européen, NdA] Martin Schultz vote avec la droite contre l’examen d’une résolution sur la révolution tunisienne et contre une résolution dénonçant la censure de la presse en Hongrie. Hélas Jean Plantu ne fait plus réfléchir, il aveugle. »

Revenons juste un instant sur cette expression de l’eurodéputé : « la confusion politique qui, sous prétexte de lutte contre le populisme, prêche le maintien de l’ordre établi ». Pourquoi « le maintien de l’ordre établi » ? Mais parce que diaboliser l’extrême gauche – on ne la nomme telle que parce que le PS est devenu une formation essentiellement centriste ! – en l’assimilant au FN, suggère qu’il n’est d’autre politique possible que celles qui sont défendue par l’UMP et le PS : le national-libéralisme sécuritaire au service de la finance et des privilégiés ou le social-libéralisme… perpétuant les mêmes inégalités ! Tracer un trait d’égalité entre Mélenchon et Le Pen nie donc de fait toute alternative antilibérale, tout possible changement des règles du jeu. Comme si les peuples d’Amérique du Sud n’avaient pas montré qu’une autre voie existe bel et bien ! C’est au sein de ce mouvement-là que Mélenchon inscrit son ambition politique, qui n’aura jamais rien à voir avec celle de l’extrême droite. Prétendre le contraire est à la fois une stupidité et une injure.

* Comme nous le signalions sur notre Kiosque, Luc Ferry a carrément avoué préférer la Le Pen, non pas à Mélenchon mais à Olivier Besancenot, celle-ci lui apparaissant plus « raisonnable »

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