Mémoire sélective

Ceux qui avaient prédit la fin de l’Euro en sont aujourd’hui pour leurs frais: la monnaie commune a frôlé 1.35 vendredi soir vis-à-vis du billet vert et devrait prochainement visiter le palier des 1.40… La configuration astrale du premier semestre de cette année laissait pourtant présager une descente de l’Euro vers les abysses de la parité par rapport au dollar et pour toute une conjonction de raisons qui poussaient dans cette direction. Comment des nations à la compétitivité si différentes pouvaient-elles coexister au sein d’une même monnaie? Incompatibilité des politiques fiscales et des marchés du travail au sein de chacun des 16 membres de l’Euro et surendettement de ceux que l’on appelait ironiquement les « PIIGS » achevaient de plaider en faveur du démantèlement de l’Euro… Seules des économies budgétaires drastiques sauveraient certains de ces pays de la faillite pure et simple mais de telles mesures seraient fatalement accompagnées de protestations populaires et de crises politiques.

L’Union a cependant tenu bon sachant que les pays ayant mis en place des mesures d’austérité, parfois très sévères, n’ont pas subi de mouvements populaires ayant remis en question leur Gouvernement ou sa discipline budgétaire. Le pays ayant adopté les économies les plus radicales consistant à augmenter les impôts et à couper les dépenses afin de ramener ses déficits publics de 11% du P.I.B. aujourd’hui à 2% en 2015 – à savoir la Grande Bretagne – n’a même pas dû faire face à une seule grève digne de ce nom! Il est vrai que le continent est propulsé – ou dopé – par les performances quasi surnaturelles de l’économie allemande offrant à la face du monde une croissance de son P.I.B. au mieux depuis 20 ans. Mais il y a aussi autre chose: en fait, l’Europe va un peu mieux.

L’Irlande – pour ne citer qu’elle – au taux de chômage avoisinant les 14%, aux banques toujours plus ou moins insolvables et ayant subi de multiples humiliations de la part des agences de notation offre, selon IDA qui est son agence nationale d’investissement, de meilleures perspectives. En fait, il semblerait que les baisses de 10 à 15% des salaires du privé combinées à l’austérité du secteur public attirent à nouveau les investisseurs. N’était-ce pas les déboires irlandais qui avaient déclenché en Décembre dernier la crise Européenne ayant fait tombé la Grèce, considérée alors comme le second domino en attendant les suivants?

Indépendamment du bien fondé de ce nouvel optimisme Européen en cette fin d’année 2010, la mémoire décidément très courte des marchés et des investisseurs n’est-elle pas surprenante?  Ou en est la crise des dettes souveraines, l’implosion Européenne n’est-elle donc plus d’actualité? Cette panique grecque ayant fait tâche d’huile sur Wall Street, cette déroute grecque qui mettrait en danger jusqu’à l’économie Américaine a donc fait pschitt… Effectivement, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et la Grèce ont ainsi pu vendre avec succès ces jours derniers des quantités confortables de leurs Bons du Trésor sur les marchés. Un seul chiffre tout à fait significatif: un emprunt d’Etat grec émis la semaine dernière a reçu 6.25 fois plus de souscriptions que le montant destiné à être levé!

MICHEL SANTI

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