Métropolis… 4 mois plus tard

ELYAN

On a tourné une page d’histoire.  On tourne souvent des pages d’histoire avant qu’elles aient livré leurs secrets.  On laisse le soin aux penseurs d’en faire l’autopsie, ainsi l’histoire sera sans fin et on évitera de devoir livrer bataille.

C’est en septembre…

On fait sortir Pauline Marois. Le comédien qui se présente sur la scène après qu’elle ait été entraînée à l’arrière par ses gardes du corps, parle au micro d’une simple balle assourdissante (rien de dangereux) et mentionne qu’il n’y a aucun blessé, alors qu’en entrevue il nous apprendra 2 jours plus tard que l’une des deux victimes s’était écroulée à ses pieds ensanglantée quelques secondes auparavant tandis qu’il se trouvait en retrait à gauche de la scène derrière un petit mur en compagnie de quelques proches de Pauline Marois attendant d’être tous invités par celle-ci à la rejoindre sur la scène. Il mentionne que la porte par laquelle est entrée la victime était ouverte, qu’il voyait du feu, que cette porte n’avait pas été sécurisée et que tout le monde pouvait y entrer sans problème à tout moment depuis qu’avaient débuté les préparatifs pour cette soirée.

Pauline Marois est ramenée sur scène moins de deux minutes après qu’on l’ait fait quitter. Elle n’est en aucun temps protégée (bouclier humain) des spectateurs présents. Elle retourne s’adresser à la foule, une première fois pour lui dire que la situation est contrôlée (elle mentionne qu’il s’agit d’un petit incident malheureux) et invite la foule à quitter lentement la salle. Puis, on la voit discuter subitement à nouveau avec les policiers qui l’ont accompagnée lors de son retour sur scène, acquiescer à l’un d’eux et dès lors elle se ravise confiante et à nouveau souriante en invitant les spectateurs à demeurer dans la salle car elle dit que l’on croit avoir contrôlé l’incident. Enfin, elle invite ses proches à la rejoindre sur la scène et finalement elle demande aux députés péquistes élus de venir les rejoindre tous, alors que là elle n’est plus censée ignorer qu’il y a eu au moins une personne atteinte, écroulée au sol à l’intérieur du Métropolis à quelques mètres d’elle et qu’on avait tenté d’incendier les lieux. Elle termine son allocution, suivie d’accolades, de signes de la main en guise d’au revoir et de remerciements à la foule qui crie de joie et brandit des drapeaux du Québec.

Plus de 12 minutes après l’attentat, lorsqu’on lui fait finalement quitter sans hate le Métropolis en la faisant sortir par la porte située à l’arrière de la foule venue l’acclamer, on ne la protège toujours pas des gens présents alors qu’elle traverse la salle. On se serait attendu à ce que ce soit le cas et que soit considérée la possibilité que dans la foule puissent se cacher des complices, puisqu’à cette étape des évènements, rien ne permettait d’affirmer que tout danger était écarté. L’homme qui venait de commettre de graves délits aurait pu se trouver dans la salle auparavant et y avoir déposé une bombe incendiaire (puisqu’il appert selon certaines personnes présentes que plusieurs n’ont subi aucune fouille des sacs qu’elles transportaient), sinon des complices pouvaient aussi s’y trouver.

Pauline Marois serait revenue parler à la foule pour éviter un affolement, selon ce qu’elle a déclaré le lendemain, puis après avoir obtenu confirmation que la situation était sous contrôle, elle aurait décidé de poursuivre (dans les faits pendant 12 minutes). A partir du moment où les forces policières en place pouvaient présumer sans se tromper que toute la population présente était ciblée, donc menacée (incendie et utilisation d’une arme de type AK-47, tir sur 2 citoyens près de la porte d’entrée), les policiers présents se devaient d’intervenir pour la sécurité de tous les gens présents en imposant des mesures de sécurité même celles qui allaient contrevenir à la tenue du spectacle. The show must not always go on. Ce n’était pas à l’équipe d’un parti politique de gérer la sécurité d’une foule, laquelle relève d’équipes d’interventions. Plusieurs heures plus tard, un policier a déclaré que la Sûreté du Québec dont certains agents étaient à l’intérieur, avait pour mandat d’assurer la sécurité de Pauline Marois précisant, par omission non moins loquace, qu’il n’était pas prévu d’assurer celle des 2,000 personnes présentes. Troublant. Même si dans les faits, après coup on soit en mesure de confirmer qu’il n’y avait plus d’autre danger une fois le suspect arrêté, au moment du drame rien ne pouvait garantir que ce soit vrai. Certaines bavures et certains mensonges auraient pu avoir de graves conséquences.

On a laissé sur place le corps de l’homme tué durant toute la nuit et une partie de la journée. La camionnette du responsable de l’attentat n’a pas été remorquée ailleurs pour expertises car les policiers y recherchaient des matières dangereuses ou des explosifs… On a évacué des gens vivant à proximité. Pourtant, en début de nuit, à l’intérieur du Métropolis, pendant les 12 minutes de discours et le temps qu’il en a fallu pour que 2,000 personnes quittent les lieux par la suite, cette crainte n’existait pas. Il y a deux victimes. Il y aurait pu y en avoir beaucoup plus. Les gens présents ont été chanceux. Est-ce bien ce que l’on attend des autorités de devoir compter d’abord sur la chance? celle d’être protégé, celle d’être secouru?

Comment expliquer que la famille du technicien tué ne savait plus où était le corps 48 heures plus tard et ait dû auparavant assister pendant plus de 12 heures à des scènes diffusées en temps réel montrant leur proche affaissé sur le trottoir, le corps recouvert d’une bâche à plus de 25 degrés celsius? Comment expliquer qu’une victime se soit écroulée à l’intérieur tout près de la scène et qu’on fasse durer le spectacle? Comment expliquer le silence des élus et celui des policiers qui n’ont pas immédiatement donné l’ordre de quitter définitivement la salle? Comment expliquer que des policiers affirment que l’homme n’aurait pu franchir la sécurité présente alors qu’une victime a pu s’écrouler aux pieds du comédien, lequel n’a eu qu’une vingtaine de pas à faire pour rejoindre le micro?

Il n’y a eu aucune accusation en regard avec un attentat politique, malgré les faits et les circonstances. Doit-on en conclure qu’il est suffisamment évident que toutes les personnes qui se trouvaient au Métropolis, sans exception, étaient ciblées? Doit-on en conclure qu’à cause de l’incendie déclaré à l’extérieur près d’une porte (tout juste après qu’une première victime s’écroule au pied du comédien) l’évacuation du blessé qui était à l’intérieur a été impossible jusqu’à ce qu’on maîtrise l’incendie alors qu’elle aurait pu être réalisable par l’avant de la scène? Comment pouvait on rire, taper des mains, s’embrasser, se serrer les uns contre les autres autrement qu’en ignorant qu’un homme blessé gisait au sol tout près? La décence commande de n’y voir que cette version rafistolée, simplifiée et idéalisée, bien que les faits racontent une autre histoire.

Je veux bien qu’on ait tenté d’éviter la panique, ce que Pauline Marois a fait lors de sa première intervention lorsqu’elle a demandé qu’on évacue la salle paisiblement. Par prudence et par décence, cela aurait dû être fait à ce moment. Dans les faits, il appert plutôt que cette première demande n’avait pour but que de cacher un début d’incendie et de permettre qu’on puisse évacuer le blessé par les seules portes accessibles qui étaient toutes visibles et que dès que l’incendie a été maîtrisé, on a pu annuler l’invitation d’évacuer. Les premières déclarations du blessé sur son lit d’hôpital font état d’avoir été conduit dans un monte-charges. Comment n’a-t-il pas pu être évacué dignement, avec le plus grand soin, étant donné qu’il n’était pas censé exister de danger par l’avant de la scène, là où se trouvait le public, puisque la première ministre n’y était plus protégée et qu’elle a emprunté ce chemin pour sortir plus tard? Politically incorrect? Désir de ne pas créer de panique et de prolonger la soirée?

La Société St-Jean-Baptiste y est allée d’une sortie alléguant que les médias et les politiciens tiennent des propos susceptibles de promouvoir une forme de violence, tandis que les policiers eux se sont donnés pour mandat de chercher tout ce qui a pu se dire sur les médias sociaux qui pourrait être interprété comme un incitatif à la violence… Cherche-t-on à trouver plus de coupables qu’il n’y en a, les traquant loin des lieux du crime? On parle du rôle des médias sociaux et on va jusqu’à parler de crime d’association lorsque des gens émettent des opinions sur la politique. Il faudrait plutôt parler de la couleur des cravates et de la longueur des cils?

Dans tous ces débats qui cherchaient au hasard à faire l’autopsie d’un évènement, on sentait plutôt la tendance marquée de faire taire le citoyen qui pourtant est rarement en position d’autorité influente. On ne serait pas à plutôt nous dire qu’il faudra hocher la tête par souci de ne pas exciter les fous? Il faut user de bon sens dans nos propos, ne pas inciter à la violence. La majorité des gens en sont conscients. Seuls les insensés l’ignorent et s’il faut créer un précédent en donnant préséance à leur condition maladive, il faut se questionner sur les valeurs que nous véhiculons. Cette violence présumée des médias sociaux, traquée tout azimut, serait pointée du doigt? Avant de se précipiter à chercher à condamner une société, il est important de se rappeler qu’un seul individu tenait l’arme. Devrions-nous comprendre que les autorités trouvent tous les moyens susceptibles de rendre acceptable une ingérence dans la liberté d’expression et d’opinions?

L’homme tué et son collègue blessé sont bien les sacrifices qu’a exigé ce tragique évènement. L’enquête, s’il y en a une, ce qui semble peu probable maintenant aurait peut-être montré les failles évidentes de la part des corps policiers présents. Souhaitons ne pas apprendre que la balle (il n’y en aurait eu qu’une seule tirée) ne provenait pas des armes saisies aux mains du suspect.

Malheureusement, nous savons maintenant qu’il nous faudra nous demander à qui profite le silence et ce que cachent les sourires, puisqu’il faut torturer la vérité pour en apprendre plus. Dame chance aidée de deux citoyens aurait épargné 2,000 vies ce soir-là.

A la lueur de l’évènement qui s’est produit se dégagent trois constats sociaux: soit que cet incident est le fruit de la haine que portent certaines personnes contre le fait québécois indépendantiste et français, soit qu’on a fait preuve d’une témérité ouvrant la porte à de multiples scénarios, soit (et là cela deviendrait troublant) qu’on a pu user de complaisance aveugle ou non (comme si on était seul témoin que le commerce de son compétiteur était en feu et qu’on négligeait de signaler le 911)… peut-être à la fois ces trois constats ont-ils été réunis en une occasion qui fait le larron. Il serait plus séant, bien sûr après coup, d’opter pour la thèse du tueur fou et de la déficience du processus de sécurité. J’ose à peine souligner le fait qu’il semble exister une culture underground faisant abstraction de la protection des foules, celles-ci étant la plupart du temps, par réflexe d’habitudes, l’objet premier des répressions. Allez savoir pourquoi…

Mais puisqu’il y a eu volonté de faire, il ne faut pas avoir la faiblesse d’ignorer, ni la paresse de conclure en appliquant des règles trop sommaires, le doute n’étant pas une option. Notre liberté s’en portera mieux et notre appartenance à la société sera plus conséquente, plus éclairée, moins issue de la précarité.

Si j’avais été présente là-bas je serais particulièrement en colère d’avoir été idiotisée, neutralisée et invalidée à ce point. Si j’étais à la tête du Québec, j’exigerais des réponses et je traquerais l’inconséquence (celle-ci aurait pu être responsable d’un hécatombe) car rien n’écartait la possibilité de complices même à l’intérieur (d’ailleurs auraient-ils eu besoin d’être anonymes dans un contexte où il était pertinent et prudent d’évaluer aussi la thèse d’un complot?). Si j’étais citoyenne québécoise j’aurais la certitude d’être prisonnière d’un système si déficient que le vrai et le faux arrivent à se confondre sans se faire ombrage.

Aurait-on joué d’hypothétiques promesses scabreuses à l’égard de l’individu responsable de cet attentat, mettant en scène une issue différente à l’élection du 4 septembre, excitant sa colère et sa folie du même coup, puisqu’il appert qu’il luttait pour obtenir des autorisations de différentes autorités? Jeux de pouvoir, jeux dangereux qui mettent en scène un figurant crédible? Folie déchaînée du loup affamé qui se sent menacé d’extinction ou simplement assaut d’un prédateur dominant?

Il est relativement difficile de concevoir qu’un tel geste soit posé en l’absence de haine, le sentiment d’injustice n’étant pas en cause. Il faut dénoncer autant la haine de ceux qui portent un regard cruel sur la vie que l’intransigeance des esprits fermés, que l’action et l’inaction coupables, ainsi que les propos et les gestes qui sont de nature à opprimer. Une société ne peut évoluer si elle n’offre pas la transparence de ses préceptes.

Comment concilier la légalité d’une arme de type AK-47 en crachant au visage des convenances avec autant de mépris, estropiant à nouveau les victimes de drames humains dont nous gardons le souvenir?

Je termine en mentionnant que si cet évènement devait inspirer un geste significatif et nécessaire, c’était bien celui d’accueillir inconditionnellement les demandes formulées par l’association des parents de victimes d’actes criminels, laquelle a eu le temps nécessaire et la pertinence de réfléchir aux mesures essentielles à la dignité humaine en de telles circonstances, mesures que le Québec devrait adopter sans plus attendre afin de respecter ces victimes. Qu’on cesse d’en faire un dossier poussiéreux et qu’on procède. Je suis fatiguée tout comme eux d’assister impuissante à leurs misères et j’ai cette frousse d’être complice en me taisant. J’ai surtout peur de les oublier, les retournant à leur détresse, témoins impuissants d’autres larmes aussi pénibles que les leurs chaque fois que l’injuste s’invite. Insensibilité et abus d’inconscience.

Je me souviens.

ELYAN

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