Moi, si j’étais vous….

2004/03/13

Monsieur le Président,

Je n’ai pas d’idoles, mais si j’en avais une, ce serait vous ! Évidemment, je suis un peu biaisé, puisque vous m’avez serré trois fois la pince au début des années soixante, quand je vous faisais livrer à partir du Canada du catgut, des aiguilles chirurgicales et autres armes dangereuses de guérison massive dont les Américains voulaient vous priver. Je vous dois aussi d’avoir serré la main de Gagarine, ce qui n’est pas rien non plus.

Bon, je suis biaisé, mais j’ai vu de mes yeux Cuba sortir de la régence du gangster Lansky pour retrouver sa dignité. J’ai vu se faire la réforme agraire et la campagne d’alphabétisation. J’ai jasé avec des gens qui étaient à la Baie des Cochons. J’ai écouté de mes propres oreilles des pêcheurs de Isla de Pinos me dire, les larmes aux yeux, qu’ils pouvaient enfin mettre le cap droit au large plutôt que de contourner la zone réservée aux yachts des millionnaires yanquis. Un détail, mais c’est ça la liberté.

Je suis biaisé, mais les chiffres, eux, ne le sont pas. Les logements qu’on a bâtis à Cuba sont bien là. Ce n’est pas un mythe si maintenant, à Cuba, non seulement on sait lire mais on va au collège plus que partout ailleurs en Amérique latine. Et quand les gusanos de Miami dénoncent le fait que les médecins cubains soignent des Américains à Cuba °© plutôt, disent-ils que de soigner des Cubains – ne comprennent-ils donc pas qu’ils proclament du même coup, d’abord la qualité des soins à Cuba et, ensuite, que malgré la propagande les Américains y accordent assez confiance pour aller s’y faire traiter ?

Et vous avez réalisé tout ça en supportant un embargo, une invasion, du sabotage et des épizooties made in U.S.A. Je pense que l’Histoire va vous tirer bien bas son chapeau. J’ai hâte qu’elle le fasse et moi, Monsieur le Président, si j’étais vous, je ferais en sorte qu’elle le fasse tout de suite. Vous n’avez qu’à lui donner rendez-vous.

Regardons la situation. Bush Jr. – qui a déjà fait ses preuves, si on peut dire – va avoir, en fin d’été sur les bras, plus de 100 000 soldats revenant d’Iraq et à mettre au travail dans une économie qui clopine déjà. Pas facile. Et si les « boys » promus héros se plaignent, ce sera bien mauvais pour sa réélection en novembre.

Mais il y a une autre solution. Ces 100 000 soldats qui ont reçu le baptême du feu peuvent être utilisés d’une façon « positive », pour défendre le monde libre et la démocratie En Iran, en Syrie, en Corée ou chez vous. Plutôt chez vous. C’est plus petit, et c’est tellement plus près ! Et ça lui permettrait de gagner vraiment, cette fois-ci, cette élection en Floride qui lui a donné la présidence mais dont tant de gens disent qu’il l’a volée.Si j’étais vous, je craindrais cette mauvaise coïncidence. Et pour les prétextes, on sait maintenant, depuis cette affaire d’Irak, qu’ils peuvent inventer n’importe quoi. Mais voyons un autre scénario

Qu’arriverait-il si, ayant atteint l’âge de la retraite – nous vieillissons bien tous les deux, vous et moi, n’est-ce pas ? – vous décidiez demain, alors que rien en apparence ne vous menace et que vous avez largement prouvé depuis près de cinquante ans votre capacité de survie, d’organiser à Cuba des élections parfaitement honnêtes sous la surveillance des Nations Unies… disons le 4 novembre prochain ? J’aime assez cette coïncidence qui rendrait impossible, non seulement une intervention armée, mais même une immixtion américaine sérieuse dans la politique cubaine.

Pourquoi la CIA ne viendrait-elle pas acheter les électeurs et falsifier les résultats d’ une élection tenue à Cuba le 4 novembre, comme elle le fait partout ailleurs? Parce que, pendant la campagne électorale américaine, tous ceux qui sont contre Junior sont vos alliés circonstanciels. Ce sont les Démocrates américains qui vont surveiller la CIA pour piéger Bush. Et si quelqu’un triche malgré tout, vous êtes toujours là. Vous êtes là jusqu’à la passation des pouvoirs au nouveau président et je n’ai pas de raisons de penser, d’ailleurs, que le nouveau président sera votre ennemi. Je pense même que sera élu sans peine le candidat de la continuité, celui qui dira « Cuba si, Yanquis no ! ».

Ils diront quoi le 5 novembre, à Washington, après une élection surveillée disons par des Canadiens, des Indiens et des Suisses et par laquelle les Cubains auront choisi la continuité plutôt que la rupture? Ils bredouillent quoi, quand on leur demande pourquoi ils étaient si certains depuis des décennies que la réponse serait non… alors que la réponse, maintenant, est oui ? Ils répondront quoi, quand Cuba demandera la levée de l’embargo ?

Et pendant ce temps, qui se promène à travers le monde avec la triple auréole d’avoir sorti son pays du sous-développement, de l’avoir tiré des griffes amerloques – (ils ne sont pas très populaires par les temps qui courent) – et d’y avoir rétabli, enfin, une démocratie libre de toute influence étrangère, ce qu’on ne peut pas dire de beaucoup de démocraties? La légende revient en rappel. Ovation dans la salle.

Quelle capitale refusera de vous recevoir ? Quelle tribune ne vous sera pas ouverte ? Y a-t-il une seule ville au monde, incluant Washington, où vous ne serez pas accueilli avec enthousiasme? Depuis Cincinnatus, il n’y a pas beaucoup d’hommes qui aient volontairement renoncé au pouvoir, mais ils manquaient d’imagination … Je me régale à la pensée de ce que vous pourriez dire si vous n’aviez plus qu’à parler. Vous avez fait à Cuba tout ce que vous pouviez y faire, pourquoi ne pas présenter partout le modèle « fidelista » ? Exporter une révolution a laquelle, apres ces élections, personne ne peut plus rien reprocher ?

Et je me demande quelle excuse trouveraient les U.S.A pour y opposer leur veto, si une large majorité des membres des Nations Unies.vous choisissait comme prochain Secrétaire Général…

Pierre JC Allard

5 pensées sur “Moi, si j’étais vous….

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    8 novembre 2007 à 17 05 08 110811
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    Salut,
    Je n’ai pas de gourous, mais si je devais en avoir un, ce serait vous.
    Ce pourrait être le début d’une lettre adressée à Benêt 16 par un nostalgique de la messe en latin. Si par chance(?)le type lui a baisé la main, on ne parle plus d’idole mais d’idylle.
    C’est ce que m’ont inspiré les premiers mots du message de Pierre JC Allard.
    La suite du récit a confirmé le parti pris fait à la dévotion.
    On ne se refait pas, je vois du cureton partout, même en terre cubaine.

    Je savoure mon plaisir de voir notre blog s’ouvrir à tous.
    Sa raison d’être n’étant pas une
    masturbation ennuyeuse d’avis partagés, la lettre au Président est une invitation joyeuse à la discussion. Celle de Boris Vian m’allait comme un gant.

    Lorsque Margaret mute en Marie Christine au dessus de l’Atlantique, il y a des éclairs dans l’avion. Sur le blog, elle témoigne de son vécu. Les livres d’histoires racontés par les vainqueurs sont à revoir. La santé, l’éducation…

    Chapitre électoral.
    Faisons des élections pour que rien ne change. Vous ne décrivez pas une élection mais un plébiscite.
    Si les cubains s’enfonçaient davantage dans la servitude volontaire en votant pour leur bourreau, nous apprendrions au moins une chose, c’est qu’il y a du boulot.
    Un peu comme en France, quand on file le pouvoir à un apprenti facho.

    A+
    Eric D

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    9 novembre 2007 à 5 05 02 110211
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    Fidel a délivré Cuba des américains pour imposer après une dictature communiste sans libertés ni démocratie où les gens depuis 45 ans passent leur temps à rechercher de quoi avoir une vie décente et n’y arrivent pas! je ne vois pas en quoi c’est glorieux de sa part; c’est un échec!

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    9 novembre 2007 à 12 12 26 112611
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    Avez-vous vu la page de couverture, ou plutôt les quatre pages de couverture proposées au choix, par Télérama de ce mercredi 7 novembre ?
    Avec le titre « Rire pour conjurer ses peurs », l’hebdo télé propose un article sur « les conférences azimutées du Théâtre du Rond-Point » qui se propose de « toujours railler le pouvoir. Pour tenir ».
    Quatre photos de dictateurs connus et reconnus font donc la une, agrémentées d’un nez de clown « comme un putsch de mauvais goût, mais qui, sous son apparence dérisoire, prend des allures de bourre-pif. »
    Parmi la longue liste des dictateurs passés, ou à craindre dès à présent, la rédaction de Télérama avait le choix. Elle a portant choisi quatre de ces tristes personnages, quatre figures marquantes de l’oppression :
    l’incontournable Hitler,
    le non moins incontesté dictateur Staline,
    Mao… et…
    notre Fidel.
    Ça me fait quand même marrer que trois de ces affreux jojos ont porté sur leur treillis militaire et leur uniforme de parade le marteau et la faucille.
    Mais un chat s’appelle un chat.

    Gclerc

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    9 novembre 2007 à 21 09 57 115711
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    Salut,
    Télérama, journal de la presse bourgeoise pour bobos en mal de culture prête à digérer (du Mermet dans le texte).
    Imagine l’Huma qui tire autant et qui titre comment ?
    4 figures à démystifier. Bush évidemment, quels sont les zautres ?
    C’est là le problème. La pieuvre libérale a trop de tentacules pour
    pouvoir toutes les identifier.
    A+
    Eric

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    10 novembre 2007 à 12 12 09 110911
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    Monsieur le Président,

    Je n’ai pas d’idole, mais si j’en avais une, ce ne serait certainement pas vous.

    Celle-ci pourrait être mon père, ouvrier, qui depuis ma plus jeune enfance a trimé avec 2 emplois pour nous mettre de la viande dans mon assiette et celles de mes frères et de ma mère. Nous n’avons pas eu à voler, nous avions des vacances, il nous a éduqué en nous faisant comprendre que les choses se gagnaient honnêtement, par le travail, le service, le respect.

    Nous n’étions pas obligés d’assister à ses réunions syndicales, ni à la messe du dimanche, ni aux manif. en plein soleil, par temps de pluie ou de grand froid.

    Il nous a appris le sens du mot « liberté ». Toutes ses paroles, toutes ses leçons, même si nous avons souvent eu des prises de becs, ont été la meilleure éducation que j’ai pu recevoir, en plus de la pseudo instruction que j’ai reçu de l’école. Tout ceci ont été les facteurs importants qui guident aujourd’hui mes pensées, mes idées, et mes pas.

    Mon père est toujours de ce monde, il se bat moins, sa santé n’est plus la même. Il continue à nous protéger, à me protéger, tout en respectant mes idées, mon choix de liberté. Il m’aide à voyager, à rencontrer les autres, le monde, selon mes choix.

    En aucun cas je n’aurais souhaité que vous soyez mon père. Certainement que votre position m’aurait plus donné, plus de viande à manger, et peut-être même la liberté de voyager.

    En aucun cas je n’aurais souhaité que vous soyez le Président de mon pays.
    Mes frères n’ont pas à voler pour nourrir leurs enfants, alors que vos enfants (votre peuple) doivent voler (vous voler) pour nourrir leurs frères. Nous luttons contre la préférence nationale, alors que vous, contre vos enfants, vous luttez pour la préférence étrangère (et surtout leurs fulas).

    Mes frères et moi sommes libres de voter ou pas et pour le candidat de notre choix du parti de notre choix, de participer ou pas au meeting de qui nous voulons sans craindre une sanction financière de la part de nos chefs (privés ou pas), alors que vos enfants connaissent à l’avance le résultat du vote, qu’ils ont un choix de candidat (toujours local mais jamais national) toujours sans choix de parti, mais surtout qu’ils ne sont pas libres de ne pas assister à vos discours si cela leur est demandé.

    Si je quitte mon pays, comme la plupart de mes frères, c’est par amour, alors que la plupart de vos enfants (votre peuple) le quitte contre l’amour.

    Les réussites de votre révolution ne sont plus d’actualité, seuls vous et vos proches semblaient y croire encore. Votre éducation est un miroir aux alouettes, la médecine et la santé une véritable propagande mensongère internationale, où vos enfants y accèdent gratuitement moyennant finances. Tout est fait pour le touriste, tout est fait pour l’étranger, à Cuba ou ailleurs dans le monde, mais vos enfants, votre peuple, votre sang, en est le principal oubli.

    Si j’avais une idole, ce ne serait pas vous. Ce serait mon père, qui s’est battu pour nous, et qui se bat encore. Vous vous êtes battu soi-disant pour un peuple, vous avez libéré le pays, mais gardez le peuple emprisonné.

    Vivre enchaîné, c’est vivre, soumis aux affronts et à l’opprobre. Vous l’entendez souvent, écoutez-le ne serait-ce qu’une fois !

    Un voyageur, amoureux de Cuba

    « Ceci pourrait être une lettre écrite à Monsieur le Commandant en Chef d’un pays lointain »

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