Mystère au Tricastin

Cette vieille centrale, l’une des plus anciennes de France, (1980) connue pour ses déboires à répétition, comme celui du 8 septembre 2008, lorsque 2 barres de combustible de 800 kg étaient restées accrochées au dessus du cœur du réacteur, menaçant pendant plusieurs semaines de s’écraser, se briser, déclenchant une éventuelle réaction nucléaire incontrôlée.

A l’époque, le gouvernement avait même envisagé l’évacuation des populations avoisinantes. lien

Sur ce lien, le détail des « incidents » qui se sont produits tout au long de l’été 2008.

Entre la fuite d’uranium du 7 juillet, et les rejets illégaux de carbone 14 radioactifs du 6 aout, en passant par les 100 salariés contaminés du 23 juillet, et la découverte le 18 juillet d’une canalisation rompue depuis des années, l’été nucléaire 2008 du Tricastin avait été chaud. lien

En effet, le 7 juillet 2008, une fuite d’une solution contenant de l’uranium s’était produite, le liquide radioactif s’étant déversé dans les rivières avoisinantes, provoquant l’interdiction de la pèche, de la consommation des poissons, de la baignade, et des sports aquatiques.

La pollution correspondait d’après la CRIIRAD à 9 millions de becquerels. lien

Cette centrale a pourtant obtenu de l’ASN (autorité de sureté nucléaire) le 4 novembre 2010 l’autorisation de poursuivre son exploitation, au-delà de ces 30 ans de fonctionnement tout en observant qu’elle n’était pas prête à affronter une crue importante, et que des travaux devrait être terminés avant le 31 décembre 2014, espérant que cette crue n’arrive pas avant. lien

Pourtant la situation n’est pas très bonne, c’est le moins que l’on puisse dire.

Depuis l’explosion inexpliquée d’un transformateur, suivie de son incendie le 2 juillet 2011 que l’on peut voir sur cette vidéo, dont les autorités ont affirmé qu’elle n’avait eu aucun effet sur l’environnement, le mystère s’épaissit.

En effet, on peut s’interroger comment un tel accident ait été possible, puisque EDF affirme que le réacteur n°1 était à l’arrêt depuis le 4 mai 2011 à 17h15, arrêt inexpliqué, puisque ce réacteur avait été arrêté 8 mois auparavant pour un rechargement de combustible. lien

Tout va donc très bien, et pourtant une imposante grue vient d’être installée près des transformateurs principaux de sortie, et on pu a observer des rejets de vapeur non expliqués. photo

Les amoureux de la langue de bois vont être comblés, car la communication des exploitants est un des modèles du genre.

La raison du brusque arrêt du réacteur est expliquée par ces 3 mots laconiques « réseau de transport ». lien

Au sujet de l’explosion et de l’incendie du transfo, le communiqué de presse évoque seulement un « départ de feu sans conséquence radiologique sur l’environnement et la population ». lien

Par contre, on note une évidente contradiction : on sait que le réacteur avait été arrêté du 3 juillet au 12 août 2010 pour maintenance et rechargement du réacteur.

Or le communiqué justifie l’arrêt du 4 mai 2011 évoquant sa « maintenance annuelle ».

Ce qui ne tient pas debout, puisque l’arrêt de maintenance avait été effectué plusieurs mois auparavant, et que le réacteur avait redémarré depuis.

En attendant, on ne sait toujours pas s’il y a eu une pollution en dioxine, et on ne connait pas les réelles raisons de l’explosion et les conséquences de l’incendie.

Comme ont peut le constater, la transparence n’est pas de mise, dans le petit monde obscur du nucléaire, puisqu’on apprend que lors de l’inspection prévue au Tricastin, Areva n’accepte pas la présence d’observateurs. lien

Alors pour savoir un peu plus, Il faut lire la presse étrangère.

C’est un article du « Guardian », qui nous apprend que l’ASN avait  imposé en 2007 32 mesures de sécurité, reprochant à l’exploitant un délai de réaction trop long lors d’un incendie.

Etaient donc préconisés des mesures de protection contre l’incendie, contre les tremblements de terre, et une amélioration des méthodes de refroidissement des barres de combustible nucléaire afin de diminuer le risque d’une explosion d’hydrogène au cœur du réacteur, le tout devant être bouclé avant décembre 2014. lien

On peut s’interroger sur la décision de l’ASN qui en toute logique n’aurait du autoriser le prolongement de fonctionnement de cette centrale, qu’une fois les 32 mesures préconisées réalisées, et pas avant.

Il faut savoir que la centrale nucléaire du Tricastin est du même type que celle d’Harrisburg, qui avait connu en 1979 une fusion partielle de son combustible nucléaire.

Mais le Tricastin a des petits frères français qui connaissent eux aussi des problèmes, comme à Paluel, centrale nucléaire frappée par des « incidents » à répétition.

En effet depuis le mois de mai 2011, cette centrale de 1300 MW installée en Haute Normandie accumule les défaillances.

Entre les rejets de gaz radioactifs, contaminants les travailleurs, et les fuites à répétition, l’avenir n’est pas rose pour cette vieille centrale, inaugurée en 1985.

Comme les alarmes de détection de radioactivité se déclenchaient tout le temps, l’exploitant n’a fait ni  une, ni deux, il a tout simplement relevé le seuil de détection.

Comme s’il fallait accuser le thermomètre lorsque l’on a de la température.

Entre autres épisodes cocasses, on peut noter la communication faite par Claire Delebarre, responsable de l’information pour ce site nucléaire, au sujet d’une intoxication au Xénon subie par plusieurs travailleurs de la centrale qui ne portaient pas d’appareils de protection respiratoire.

« Ils n’ont pas porté d’appareils respiratoires, car ils n’en avaient pas besoin » assure-t-elle, continuant «  il ne s’agit pas de contamination internes car le xénon ne se fixe pas dans l’organisme, il est rejeté au bout de quelques expirations, c’est comme une cigarette ». lien

Information très optimiste, car le xénon n’est pas si inoffensif que ça, puisque son inhalation dans des concentrations excessives peut provoquer vertiges, nausée, puis vomissements, perte de conscience et même entraîner la mort. lien

Philippe Billard, sous traitant du nucléaire, après avoir perdu son job à Paluel, s’est fait engager comme intérimaire, et il est sous le coup d’une procédure de licenciement pour avoir osé « parler ». lien

Oublions les problèmes français, et prenons des nouvelles de Fukushima.

Elles ne sont pas bonnes.

Le système de décontamination de l’eau est de nouveau tombé en panne, suite à une fuite, la zone de contamination radioactive est constatée dans un rayon de 60 km autour du site, tous les  enfants de Fukushima ont été contaminés (lien), et des milliers de japonais demandent à être évacués des zones dangereuses. lien

Tepco assure pouvoir retirer le corium fondu dans dix ans, et la chaine alimentaire est contaminée. lien

Aux USA, ce n’est pas mieux, et à Fort Calhoun, le générateur de secours a été mis en route pour assurer le refroidissement des réacteurs.

Devant la montée régulière et constate des eaux, et le danger que fait courir l’un des barrages, s’il venait à lâcher, à la centrale nucléaire qui a déjà les pieds dans l’eau, 10 700 personnes sont prêtes à être évacués (lien) mais il est probable qu’à terme, cela en concernera seront 20 000.

Le niveau d’alerte (307,85 m) a été dépassé le 9 juin, et il est maintenant à 308 m, pouvant monter encore de 60 cm, ce qui couperait la centrale de son alimentation électrique, comme à Fukushima.

Les générateurs qui ont donc pris le relais seront inopérants si la crue dépasse les 309 mètres, et des lors le refroidissement de la centrale ne serait plus assuré et des générateurs secondaire prendraient le relai jusqu’à concurrence d’une crue de 316,5m.

Pourtant il n’y a pas de quoi être totalement rassuré car l’eau pourrait causer des dommages aux infrastructures, suite à l’érosion et à la pression de l’eau, car la décrue n’est pas attendue avant de longs mois. lien

Mais dans les médias officiels, on continue à s’intéresser à DSK, au Tour de France, et à la montée du prix de l’essence.

Comme dit mon vieil ami africain : « les hommes perfectionnent tout, sauf eux-mêmes ».

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