Négociations de paix avec Israël : les Palestiniens condamnés aux bantoustans

Plus que jamais, Boycott Désinvestissement Sanctions !

Où il est question de la colonisation des territoires occupés, de ses conséquences sur la carte de la Cisjordanie réduite à peau de chagrin, d’une scandaleuse exposition de propagande israélienne à la mairie du 3e arrondissement de Paris, d’un ministre qui suggérait de noyer les prisonniers politiques palestiniens dans la mer Morte en 2003 et du leader d’un parti de la majorité souhaitant publiquement il y a trois jours « que tous les Palestiniens disparaissent de notre monde, que la peste les frappe ! » Et à part ça, la paix ?

Lors de l’université d’été de la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase) à laquelle nous assistions la semaine dernière, nous avons eu le plaisir de rencontrer Michèle Sibony, co-présidente de l’Union juive française pour la paix (UJFP). Elle était venue animer un débat sur la Palestine et n’avait pas caché son scepticisme concernant l’issue des négociations de paix qui s’ouvrent ce matin entre le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Dénonçant la colonisation devant une carte éloquente projetée derrière elle, Michèle Sibony déplorait la politique du fait accompli, consciencieusement menée depuis des années pour réduire le futur Etat palestinien à des confettis de terres, « des bantoustans » , encerclés d’implantations juives, aujourd’hui illégales selon le droit international, mais qui deviendraient légitimées par l’accord de paix suivant les exigences israéliennes. La co-présidente de l’UJFP a accusé la communauté internationale de soutenir l’Etat juif, en prenant comme exemple le fait que Netanyahu a obtenu de se présenter aux négociations directes avec les Palestiniens sans même devoir s’engager à stopper la colonisation dans les territoires occupés ! En Cisjordanie, elle est pour l’instant gelée par un moratoire qui expire le 26 septembre prochain. « La question d’une suspension de la colonisation en Cisjordanie avait valu aux Israéliens une vive polémique avec les Etats-Unis, rappelait Le Monde le 22 août dernier. Washington avait finalement renoncé à en faire un passage obligé avant toute négociation directe. De fait, la coalition au pouvoir en Israël, soutenue par une partie des colons et des religieux, ne semble pas prête à faire de concession sur ce terrain. » En clair, Obama baisse sa culotte face à Netanyahu ! Huit jours plus tard, dans un nouvel article, Le Monde précisait : « la radio militaire a indiqué lundi que « plusieurs milliers« de logements ayant obtenu toutes les autorisations légales nécessaires pourraient commencer à être construits dès le 27 septembre dans 57 colonies, y compris dans des implantations isolées. Seule une prolongation officielle du gel de la part du gouvernement pourrait empêcher ces mises en chantier. » Officiellement, le Premier ministre a annoncé qu’aucune décision n’était prise concernant cette prolongation, ce qui est déjà en soi un écoeurante provocation. Sa majorité est divisée sur le sujet, « les représentants du parti travailliste se prononçant pour, alors que des ministres de l’aile la plus à droite du gouvernement s’y opposaient » , indique l’AFP. Notons la position du ministre de l’Information Youli Edelstein (Likoud) : selon lui Israël « devait construire partout en Judée Samarie (Cisjordanie). » On s’orienterait vers un « mini-gel » , croit savoir quotidien à grand tirage israélien Yediot Aharonot cité par l’agence : « L’idée est de prolonger le moratoire concernant la construction dans les colonies isolées, « sans l’annoncer publiquement » , selon le journal. En revanche, le gouvernement donnerait son feu vert aux constructions dans les blocs de colonies, qu’Israël compte annexer à terme. »

La carte qui soutenait la réflexion de Michèle Sibony à l’université d’été de la Fase, la voilà ci-contre. Elle provient du Monde diplomatique, date de janvier 2009 et nous vous encourageons à suivre le lien pour en lire les légendes : toute la partie orange représente la zone entourant les « colonies israéliennes illégales » , « territoires pratiquement inaccessibles pour les Palestiniens sans autorisation (régime de restriction très strict). » Les petits carrés jaune sont les « check-points permanents » et les triangles les « avant-postes israéliens illégaux » , destinés à devenir de nouvelles colonies. Les lignes rouges désignent le « mur ou barrière de séparation achevé, projeté ou en cours de construction. » Voilà ce qu’il reste aux Palestiniens de la Cisjordanie, rongée par le cancer sioniste, criblée de pustules coloniales, une grande partie de son territoire proprement annexé, l’accès à la Mer morte, indispensable pour le développement d’une vraie économie palestinienne, totalement coupé. Et l’on prétend engager des négociations de paix sans seulement garantir que ça ne va plus empirer ? Et le principal allié du Likoud, la formation d’extrême droite Israël Beitenou, ne se gêne pas pour préciser son plan, par la bouche de son leader, ci-devant ministre des Affaires étrangères : « Avigdor Lieberman a  indiqué « ne voir aucune raison« de prolonger le moratoire partiel de dix mois de la colonisation en Cisjordanie au-delà de l’échéance du 26 septembre. Il s’est dit favorable à l’idée, avancée notamment par des ministres du courant le plus modéré du Likoud, d’une reprise de la construction concentrée essentiellement dans les blocs d’implantations qu’Israël compte conserver aux termes d’un accord final. »

Celui que l’on surnomme le « Le Pen israélien » n’est pas un tendre : « À 8h, nous bombardons tous les centres commerciaux, à midi, nous bombardons toutes les stations services, à 14h, nous bombardons toutes les banques » de Gaza et de Cisjordanie, proposait-il en mars 2002 ; en juillet 2003, il suggérait de noyer les prisonniers politiques palestiniens dans la mer Morte et d’exécuter les députés arabes à la Knesset en contact avec le Hamas ou ayant commémoré l’expulsion de 1948 en mai 2006 (Apartheid made in Tel Aviv : le « Le Pen israélien » donne le la). Rappel : ce type est ministre des Affaires étrangères ! Mais il passerait presque pour un modéré face au chef spirituel du parti ultra-religieux Shass, membre à part entière de la coalition gouvernementale avec ses 11 députés à la Knesset, le rabbin Ovadia Yossef. C’est l’agence Belga qui raconte, reprise par La Libre Belgique le 29 août : il « a voué samedi soir, dans son prêche hebdomadaire à Jérusalem, le président palestinien Mahmoud Abbas et son peuple aux gémonies. « Que tous ces méchants qui haïssent Israël, comme Abou Mazen (le président palestinien Mahmoud Abbas) et tous les Palestiniens, disparaissent de notre monde, que la peste les frappe ! » , a lancé le rabbin dans des propos diffusés par la radio de l’armée israélienne. » Voilà donc qu’un partenaire de la majorité de Netanyahu souhaite publiquement la mort des Palestiniens ! Les négociations de paix s’annoncent formidables.

Dans ce contexte encore alourdi par l’assassinat hier de quatre colons par le Hamas, la situation apparaissant sans issue, la solution réside selon Michèle Sibony dans la campagne BDS, pour Boycott, Désinvestissement, Sanctions, « la réponse citoyenne et non violente à l’impunité d’Israël. » La même arme qui abattit l’apartheid en Afrique du Sud, régime auquel la co-présidente de l’UJFP compare celui de l’Etat hébreu : « Vous avez vu qu’ils ont encore interdit deux partis politiques la semaine dernière ? Et on nous parle de démocratie ? C’est une démocratie pour les citoyens juifs, pas pour les Arabes israéliens. » Face à la complaisance internationale vis-à-vis du gouvernement de Tel-Aviv, le BDS frappe au portefeuille. Mais pas seulement : « le boycott est un moyen pour amener, par la pression d’en bas, des gouvernements et des institutions à réagir sur le plan politique. Parmi les différentes formes de boycott, à côté du boycott des marchandises, on trouve aussi le boycott universitaire et culturel comme le boycott dans le domaine des sports » , détaille le site de la campagne. Exemple dans l’actualité : « Plusieurs dizaines d’acteurs et artistes israéliens, rapporte l’AFP, ont signé une pétition dans laquelle ils affirment refuser de se produire dans la colonie juive d’Ariel en Cisjordanie, a indiqué ce matin à la radio publique un de leurs représentants.  »Ariel se trouve en territoire occupé, et aucun artiste israélien ne doit se produire en territoire occupé, ni à Ariel ni dans aucune autre implantation, car c’est contraire au droit international » , a affirmé à la radio le dramaturge Yéhoshua Sobol. Ariel, 18 000 habitants, est l’une des plus grandes colonies juives créées en Cisjordanie occupée depuis juin 1967 et abrite un centre culturel qui a récemment été inauguré. « Les habitants d’Ariel disposent d’excellentes routes et n’ont qu’à s’en servir pour venir nous voir à Tel-Aviv » , a ajouté M. Sobol. Selon lui, pas moins de 53 acteurs, artistes et dramaturges israéliens ont signé une pétition en ce sens, notamment des grands noms du théâtre (…) Cette prise de position a suscité les réserves d’une partie du monde des planches, ainsi que la colère des colons et de l’aile droite de la classe politique, à commencer par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Cité en substance par la radio publique, il a affirmé devant ses ministres réunis en séance hebdomadaire qu’ « Israël est victime d’une campagne internationale de délégitimation, et tout boycottage est inacceptable – encore moins chez nous, lorsqu’il provient de gens financés par l’Etat. » Vert de rage !

Contre-exemple flagrant, l’exposition « Mashav » , organisée à partir du 2 septembre dans les locaux de la mairie du 3e arrondissement de Paris par son maire, Pierre Aidenbaum. Une manifestation scandaleuse vigoureusement dénoncée par la campagne BDS, dans un communiqué relayé par l’UJFP : « C’est avec consternation que nous avons découvert le thème de l’exposition « Mashav » que vous accueillerez dans vos locaux municipaux à partir du 2 septembre. Cette exposition organisée par le Ministère israélien de la coopération internationale et l’organisation B’nai Brith a pour objectif de « changer l’image d’Israël » ; vous soutenez ainsi la promotion d’un gouvernement d’extrême-droite dont la politique, loin d’aller dans le sens des principes universels de la coopération internationale, de solidarité ou d’humanisme, va activement à son encontre. Cette exposition est l’un des outils de propagande destinés à servir une politique qui viole depuis des décennies les droits les plus fondamentaux des Palestiniens, que ceux-ci aient la citoyenneté israélienne ou non. L’implication directe des institutions de l’Etat israélien responsable d’une occupation et d’une colonisation illégales, au système législatif raciste, belliqueux et reconnu responsable de plusieurs crimes de guerre voire contre l’Humanité (ainsi que l’indique le rapport Goldstone), devrait pourtant interpeller le maire républicain que vous êtes. Le B’nai Brith, par son soutien inconditionnel et partisan à Israël, peut d’autre part difficilement être assimilé à une organisation humanitaire. Cette exposition souhaite promouvoir « toutes les ressources et solutions que l’Etat d’Israël a créé afin de résoudre les grands problèmes de l’eau, irrigation, santé, éducations, intégration, agriculture en terrain difficile, etc.» Évoquera-t-elle les « solutions » adoptées par Israël qui consistent en la confiscation pure et simple des ressources aquifères des territoires occupés à son profit, au détriment des villages palestiniens asséchés ? Parlera-t-elle du détournement des voies d’irrigation pour ses plantations coloniales dans la vallée du Jourdain ? Montrera-t-elle l’empoisonnement des terres des Bédouins du Néguev, l’enrôlement des lycéens dans les chantiers de destruction d’un de leurs villages, en juillet dernier ? Rappellera-t-elle l’arrachage et les incendies de milliers d’acres d’oliviers et de vignes en Palestine ces dernières années ? B’nai Brith se vante d’avoir aidé des réfugiés dans le monde, parlera-t-elle des centaines de milliers de Palestiniens devenus eux-mêmes réfugiés suite à des expropriations violentes que B’nai Brith lui-même revendique avoir soutenues ? A quoi ressemble la « coopération internationale » d’un état qui compte 150 résolutions de l’ONU – non appliquées! – qui attaque violemment et quotidiennement une population sans armée et tue les militants internationaux qui viennent la secourir, dans des eaux internationales qui plus est ? Accueillir une exposition chargée de vanter la coopération internationale d’Israël pour changer son image, et de dissimuler tous les aspects violents et hors la loi de sa politique, est une action de désinformation de nos concitoyens, ce n’est pas là le rôle d’une municipalité française. « Je suis pour toujours un homme de gauche, fort de ses convictions et des valeurs républicaines. Combattre en permanence toutes les injustices, c’est aussi pour moi combattre le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, l’homophobie et toutes les formes d’intolérances. Je veux une société où les mots liberté, solidarité et laïcité prennent tous leurs sens. La justice sociale n’est pas un concept abstrait (…) » Monsieur le Maire, c’est vous qui avez déclaré cela sur votre blog. C’est donc à la cohérence de l’homme politique que nous nous adressons pour vous demander d’annuler cette opération de vulgaire propagande qui porte aussi ostensiblement atteinte aux valeurs républicaines. » On ne saurait mieux dire.

(Contrairement aux apparences, cette photo ne montre pas Pierre Aidenbaum recevant le prix de la meilleure action de propagande israélienne. C’est injuste, il le mérite !)

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