Nicolas Bedos victime d’une fatwa sioniste

Et Elisabeth Lévy vole à son secours… dans certaines limites !

Connaissez-vous La semaine mythomane de Nicolas Bedos (oui, le fils de) ? Tous les vendredis dans Semaine critique sur France 2 (émission animée par Franz-Olivier Giesbert), cette chronique culottée et jubilatoire nous procure un moment de pur bonheur. Celle du 5 novembre dernier restera culte, parce que Bedos dénonce le travers, si souvent propagé fidèlement par la  caisse de résonance médiatique, de l’accusation d’antisémitisme brandie à tort et à travers sitôt qu’on attaque la politique – criminelle – de l’Etat d’Israël. Lisez plutôt et régalez-vous (sur la vidéo, ça commence après 1 mn 47 mais regardez l’intégralité, ça vaut le coup) : « Mercredi je vais voir Elle s’appelait Sarah, énième guimauve utilisant jusqu’à la lie le souvenir de la Shoah afin de renflouer les caisses lacrymales du cinéma français.

Après La Rafle, fable extra-lucide qui nous montrait avec audace que les petits juifs étaient finalement beaucoup plus émouvants que les officiers nazis – ce qui m’a surpris – et qui surfait sans complexe sur le fameux devoir de mémoire, devoir de mémoire qui dispense au passage certains cinéastes de faire preuve du moindre talent et leur permet de se hisser vers le million d’entrées en raflant les écoliers d’aujourd’hui pour les parquer de force dans des salles de cinéma pédagogique. Pauvres petites têtes blondes ou brunes obligées de chialer devant des mauvais films ! Du coup, mercredi soir, je décide de reprendre toutes mes anciennes pièces en collant des kippas et des uniformes SS sur le moindre personnage (…).

Jeudi, je fais un nouveau rêve : celui dans lequel je pourrais dégueuler sur Netanyahou et la politique menée par l’Etat d’Israël sans que personne, personne, personne ne me traite pour autant d’antisémite, ou d’antisémite refoulé, ou de demi antisémite, ou de quart d’antisémite, ou d’antisémite inconscient de dans 3 ans, qui au fond de lui n’ose le dire consciemment mais qui, en fait, rêve de voir pendus Patrick Bruel, Primo Levy, Pierre Benichou, Elsa Zylberstein et ce qu’il reste d’Ariel Sharon dans le même sac, blanche kippa et kippa blanche. Moi qui suis tellement con que je n’ai pas saisi cette notion très subtile selon laquelle s’indigner devant une politique honteuse, c’est – mais bien sûr – vouloir du mal à tous les juifs de la planète. » Il faut voir la tête à ce moment-là d’Alain Finkielkraut, présent sur le plateau, dont l’aterrement fait plaisir à voir !

Bedos poursuit : « Vendredi, je me réveille à côté d’une silhouette délicieusement sombre, à coup sûr une beauté africaine. (…) J’entrouvre les rideaux, la personne se retourne : nom d’un cul c’est Dieudonné ! Mon pseudo pro-palestinianisme tardif a dû aller un peu trop loin, ça a dû se savoir, l’enculé d’amalgameur s’est aussitôt rappliqué, avant de m’enfourcher avec sa longue épée de facho anti-feuj, me voilà triplement humilié ! Je lui dis : «Fiche moi l’camp, sale Antillais», mais il insiste : «Attends mon Nico, fais-moi au moins un p’tit café, je viens de lire ta future chronique pendant que tu dormais, on est d’accord à mort, reviens sous les draps, je vais te présenter à Alain Soral, tu vas voir, il est pas jaloux, on va monter un spectacle qui partira en tournée dans tout le quartier de la Goutte d’or…» Je lui dis : «Dégage !» Une heure plus tard, je réussis à le virer, en faisant appel au Betar, des gars très efficaces et plutôt raffinés, et enfin on respire autour de quelques boulettes de viande. Sur la Torah, j’ai pris cher ! »

Ce qui devait arriver arriva : le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) a saisi le CSA, protestant dans un texte bourré de fautes que Bedos « fait du dieudonnisme » – accusation grotesque, quand on connaît la fin de la chronique visée ! – « et tente de se rendre célèbre en caricaturant les juifs et Israël ». Aux yeux du BNVCA, sa chronique « résume ce que provoquent la lâcheté, l’indécence, l’irrespect, la moquerie de la Shoah, l’injure pour les victimes et les survivants de cette catastrophe ». Vous avez lu ça dans le texte de Bedos, vous, amis plumonautes ? Suit la terrible phrase suivante – accrochez vous : « Si pour le BNVCA le soutien aux Palestiniens, ni la critique d’Israël ne sont a priori de l’antisémitisme, il est vérifié toutefois que la propagande palestinienne est la source essentielle de l’antisémitisme, car elle conduit à la haine d’Israël qui pousse à l’acte antijuif ».

Au lieu de s’en prendre à un humoriste qui les dénonce au détour d’une seule formule, « une politique honteuse », le BNVCA ferait mieux de s’inquiéter des agissements du gouvernement israélien ! Mentionnons pour la bonne bouche la réaction du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), sous la plume de Marc Knobel : « Même Alain Finkielkraut qui était présent, n’a rien dit;  juste un petit sourire gêné, en baissant la tête (parce que c’est du deuxième degré ?). Quant à Olivier Giesberg (sic), on l’entend à un moment dire : «C’est bon, mais c’est dur». Je trouve particulièrement étonnant que, dans une émission culturelle, Olivier Giesberg trouve ce «sketch» – pourtant très dieudonnesque – particulièrement «bon». Par ailleurs, il est déconcertant que, dans une chaîne du service public, Nicolas Bedos puisse se lâcher ainsi en désignant à la vindicte populaire quatre personnes, assortis de commentaires soulignant leur ascendance juive réelle ou supposée : Patrick Bruel, Elsa Zilberstein, Primo Lévi, Pierre Bénichou. Alors,  Nicolas Bedos, je crève d’envie de dire comme cela que tu es un petit bouffon de fin de semaine, qui a sûrement besoin de se faire un prénom. C’est vrai, après tout, il ne doit pas être très facile de s’appeler Bedos et… de n’avoir aucun talent. C’est tout simplement minable… » Le lecteur jugera qui, de Knobel ou Bedos, est « minable ».

C’est là qu’Elisabeth Lévy, patronne du site réac’ Causeur dont nous avons coutume de médire, entre en piste. Et figurez-vous, pour contester le mauvais procès fait au chroniqueur : Non, Nicolas Bedos n’est pas antisémite, titre-t-elle. « Que nous dit Nicolas Bedos ? Qu’on ne peut pas critiquer Israël sans être traité d’antisémite. » Jusque-là, c’est parfait. La suite est moins convaincante : « Sur ce point, il a à moitié tort. Il est absurde d’affirmer qu’on ne peut pas critiquer Israël puisqu’Israël est le pays le plus critiqué et même le plus haï de la planète. Mon petit camarade ne fréquente pas suffisamment l’intelligentsia radicale-chic : il ne sait pas que des gens bien sous tous rapports allant de Stéphane Hessel aux syndicats norvégiens, de Ken Loach à Juan Saramago, profèrent tous les jours des âneries qui, si elles ne sont pas antisémites, sont un permis d’antisémitisme. Nico, tu devrais lire Le Monde Diplo et écouter Mermet, ça va faire de toi un ultra-sioniste. »

Hé, Bedos ne dit pas qu’on ne peut pas critiquer Israël, il dit qu’on ne peut le faire sans être traité  d’antisémite, nuance ! Heureusement que des gens le font ! Et que nous dit d’eux Lévy ? Qu’ils « profèrent tous les jours des âneries qui, si elles ne sont pas antisémites, sont un permis d’antisémitisme. » L’argument est finalement très proche de celui du BNVCA ! Mais la suite de la démonstration de l’égérie de Causeur la voit faire preuve de lucidité : « L’ennui, c’est qu’il a à moitié raison, mon Nico. Je connais pas mal de gens qui n’osent plus dire un mot sur Israël. Et ça, c’est grave. Alors je vous le dis à tous, juifs ou pas, sionistes ou pas : parlez librement ! Dites ce que vous pensez même si vous pensez de travers ! Les juifs qui accusent d’antisémitisme toute personne qui refuse de leur donner l’heure doivent comprendre que cette accusation est terrible, pas seulement parce qu’elle est socialement dangereuse, mais parce qu’elle est moralement insupportable. Admettons que Nicolas Bedos se trompe sur Israël et sur le conflit moyen-oriental, faut-il pour autant coller sur son torse velu la nouvelle lettre écarlate ? À ce compte-là, bientôt, on ne pourra plus respirer. Quand plus personne n’osera dire un mot sur ces sujets qui fâchent, nous expliquera-t-on que ce silence est antisémite ? »

Là, Lévy parle d’or. Mais elle serait plus crédible si elle n’avait pas commencé par dénigrer ceux qui critiquent Israël, accusés de proférer « des âneries » qui sont « un permis d’antisémitisme ». Et puis, si le diable se niche dans les détails, regardons de plus près la transcription qu’elle fait du texte de Bedos. Là où il dit : « je n’ai pas saisi cette notion très subtile selon laquelle s’indigner devant une politique honteuse, c’est – mais bien sûr – vouloir du mal à tous les juifs de la planète », Lévy traduit : « s’indigner devant une politique parfois honteuse ». Hé non, le mot « parfois » n’a jamais figuré dans le texte de Bedos. Il a bien parlé d’une « politique honteuse », point. Mais ça doit défriser Lévy, qui veut bien défendre son « talentueux camarade de jeu » (la formule est dans son texte), mais sans toutefois admettre qu’il a bel et bien condamné clairement, en cette formule, les agissements d’Israël. Ce qui le rend sans doute, à ses yeux, indéfendable. Elle ne vient donc à son secours qu’en transformant son propos. Dire que nous avons failli dire du bien d’elle !

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