Note De Service : Pause café et mauvais timing

J’ai la fâcheuse manie d’avoir l’imagination cannibale, voire boulimique, mais aujourd’hui aucune morsure. Je ne suis peut-être plus à son goût. Non, disons plutôt qu’un adultère entre deux jours ouvrables — fait de banalité citoyenne et de politesse économique — ne lui suffit plus. Quant à ses aguichantes avances de folie permanente, je passe mon tour pour le moment, car la liberté est à ce prix lorsque l’on a un mass murder au bout des doigts. Elle, elle me mâche, me recrache et me renvoie dans l’assiette avec les autres, avant le réveil-destin. Les mains dans le pétrin à avaler le purin en souriant jusqu’à en redemander en heures supplémentaires, je ne rentre pas dans le rang car je ne l’ai jamais quitté. Tout cela pour finir par prendre plus de distance que de recul.

Certains portent leur imagination autour du cou, la mienne, cette marâtre, prend toujours plus qu’elle ne donne, mais que ne ferait-on pas pour un rail d’évasion en solitaire, même en charter ? Quitte à ne jamais atteindre le sommeil paradoxal, autant être jetlagué de Frederic Taddéï à William Leymergie. Le problème de la drogue, ce n’est pas de décrocher, ce sont plutôt ses moyens de substitution. Merde, à force d’avoir des rêves en image de synthèse, en plastique, en Wifi, par abonnement avec un morphing et une laisse universelle à la clef, je finis par rêver éveillé et, pire, m’en satisfaire.

Ce soir, je ne trouve pas la nuit et encore moins un coma éthylique, la veine qui sépare mes sourcils froncés ne cesse de danser le derrière cambré en conviant mes tempes à l’agonie aux réjouissances tribales. Que quelqu’un fasse taire mon horloge biologique, avant que je ne coupe définitivement les fils qui ne se touchent plus depuis bien longtemps! Tout est une question de rythme et de mécanisme. Tout est une question d’habitudes et de fin. Je ne demande pas la paix, juste une pause, afin de reprendre mon souffle et d’y laisser mes forces.

Mais la trotteuse me tient en respect en m’agrippant par la partie la plus génocidaire de mon intimité. J’obtempère à ses moindres souhaits pour l’instant, enfin jusqu’au jour de ma vasectomie. D’ici là, on ne le fera plus pour obtenir la paix sociale entre le coït dominical et l’érotisme ménager, mais pour satisfaire le désir de la Chine, sûrement. La géopolitique, c’est comme le couple, c’est une question de latitude et de temps qui passe.

Bref, nous n’y sommes pas encore et j’émets quelques réserves raisonnables quant à mon éventuelle participation à l’affaire en question, la troisième guerre mondiale ne fera pas de prisonniers et le cholestérol non plus. Finalement, je crois que j’ai une montre dans la tête qui me laisse certes mon libre arbitre mais m’indique quand penser.

Le jour J à l’heure H. En pleine transe devant le Dieu écran, la vision trouble et décalée, je frotte nerveusement ma main droite déjà usée contre mon visage trop cabossé en espérant qu’il en jaillisse une idée ou tout du moins mon mauvais génie. Mais personne ne vient. Et quoi de plus logique, il me faudrait une cause à défendre ou un monde à dominer. Il y a trop d’empathie pour si peu d’amour, il y a trop de haters pour si peu de misanthropes.

Mon manque manifeste d’ambition «despotique pour le bien de tous» accrédite la thèse selon laquelle le globe est devenu un terrain vague sans frontières immobilières pour lesquelles mourir dignement.

Maintenant qu’il n’y a plus d’espoir de viol, tout le monde croit en la proctologie. La Terre préfère crever d’ennui que d’une crise cardiaque !

Je ne demande qu’un peu d’ingérence au milieu de cette xénophobie platonique. Mais cette époque de provocations toujours gratuites a accouché de manchots et de culs-de-jatte comme seuls belligérants. À partir de là, je ne distingue plus la légitime défense d’une réunion Tupperware.

Et plus le Journal Officiel façonne une société capitonnée, plus je me dis que je serais en sécurité dans un asile. Soyons dingues, avec un peu de chance j’y trouverais peut-être la folie qui me manque mais aussi le sommeil du juste que mon visage cabossé, ma main usée, mes tempes à l’agonie et ma veine centrale réclament à chacun de mes coups de sang devant le défilé perpétuel des problèmes de cœur et de cul de la grande Histoire des petits hommes !

Apparemment, j’ai une fosse commune à la place du cœur à tous vous regarder au passé, comme des meubles, mais il n’en est rien, je ne suis qu’un marchand de cibles qui distribue les balles…



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *