NOTRE ÉLITE ET NOTRE DESTIN

Jean-Pierre Bonhomme

Certains hommes politiques argentés ont lancé l’idée de former un mouvement, ou un parti politique qui évacuerait la question nationale pour s’intéresser aux ‘vraies’ choses : l’argent probablement. Ces gens-ci se dissocient des formations politiques existantes parce qu’ils les trouvent trop engagées dans le dédale des relations identitaires.

Le problème avec cette attitude c’est que notre  élite’ économique se trompe de vocation. Il n’y a pas de mal à faire de l’argent; c’est le domaine des ‘gens d’affaires’. Mais vouloir prendre le destin d’un peuple en mains, vouloir le gouverner, sans s’intéresser à son âme, à son vouloir-vivre collectif, à sa culture et à ses symboles c’est se tromper de métier. C’est un peu comme si le président des États-Unis  voulait gouverner son pays sans s’intéresser à ses rapports avec le monde ! Il fait de la politique; il est élu pour ca.

Or faire de la politique c’est justement ca : voir à ce que les citoyens – ici ce sont les sujets – maintiennent leur culture collective en vie, qu’elle s’épanouisse; et pour cela il faut traiter avec les voisins. Il faut d’abord voir à ce que les textes constitutionnels de base soient bien rédigés et il faut négocier des arrangements, des partages de pouvoir lavec les voisins. Pendant ce temps – en même temps – il faut essayer de bien aménager le territoire afin que les rapports entre la ville et la campagne soient sains.

En ces domaines de l’affranchissement culturel – politique – et de l’aménagement urbain rien n’est réglé au Québec. Ce territoire plus ou moins francais d’Amérique est

géré par un document constitutionnel auquel il n’a pas consenti et il n’a pas de politique d’aménagement territorial qui vaille; pas de ministère de l’Aménagement ou de la Ville, rien. De sorte que l’argent est distribué par un pouvoir central omnipuissant et que les banlieues croissent sur les terres agricoles.

Il n’y a pas si longtemps des partis politiques ont voulu gouverner sans faire de la politique au sens réel du terme. On a vu où cela mène : la direction de l’ADQ, par exemple, s’est recyclée dans l’animation radiophonique populiste à la petite semaine et le parti au pouvoir gère les choses nationales comme on mène une petite boutique.

C’est un peu comme ce qui se passe en France. Le gouvernement Sarkozy mène son pays comme une entreprise. Ou est passée l’âme de la France? Elle est partie faire des affaires!

Le Québec ne peut donc pas compter sur la mère-patrie pour se débrouiller.

Lorsque M. Sarkozy est venu à l’Assemblée nationale – à l’occasion du 400 e anniversaire de la fondation de la Nouvelle-France – il a recommandé à ses ‘frères’ de ne pas trop se préoccuper du destin national et de s’ «ouvrir» au  monde, comme si le désir d’affranchissement de son peuple-frère  n’était justement pas de vouloir communiquer avec les autres? Il faut faire de l’argent! Pas un seul député de l’Assemblée nationale du Québec n’a protesté. Moi je me serais levé et je serais sorti!

Gouverner ce n’est pas faire de l’argent. Ce n’est pas, comme on dit aux États- Unis, seulement des «jobs, jobs, jobs»…C’est trouver des solutions collectives à des problèmes collectifs.

S’il nous faut fonder un ou des nouveaux partis politiques, ici en Amérique, ce serait pour faire de la vraie politique. Ne pas s’occuper de la question nationale c’est comme faire de la menuiserie sans avoir de bois.

Il en existe déjà des partis politiques au Québec nous dira-t-on. C’est vrai. Est-ce qu’ils font assez de politique? Je ne le crois pas. Mais ce sont des instruments dont nous pourrions nous servir pour en faire. A commencer par régler la question nationale de Montréal.

Il y a des partis politiques dit nationalistes existants qui n’abordent pas cette question. La  population francaise de Montréal est depuis peu mise en minorité. Des formations politiques – et les journaux qui sont leur porte-parole – nous disent toujours qu’il n’y a «pas de problème». C’est comme si Paris n’était plus française et que les journaux taisaient l’affaire! Oui il y a là un problème politique de première importance. D’autres partis laissent entendre que la question se réglera «par un référendum». Bien sûr que non; cela se réglera par des gestes politiques : des gestes politiques radicaux; par des politiques d’immigration québécoises, des politiques d’aménagement territorial, des politiques d’éducation nationales.

Il y a des partis politiques québécois qui disent vouloir sauver la culture française de Montréal et qui consentent joyeusement à subventionner l’anglicisation de la métropole du Québec par le moyen de l’éducation collégiale et universitaire, par la construction de méga-hôpitaux et par l’immigration incontrôlée. Ce sont des hypocrites ou des ignorants ou les deux. Ce qu’il nous faut, à la barre, ce ne sont pas des hommes d’affaires ou des dirigeants qui se construisent des châteaux hors des villes, ce sont de vrais politiques qui sont capables de se situer au dessus des intérêts lucratifs.

5 pensées sur “NOTRE ÉLITE ET NOTRE DESTIN

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    2 novembre 2010 à 0 12 26 112611
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    L’objectif de ce nouveau mouvement et parti en gestation semble être de susciter la division et d’entraîner l’implosion du PQ. Le monde des affaires en a assez de notre « Nazionalism ».

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    3 novembre 2010 à 10 10 47 114711
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    Bonjour M. Bonhomme,

    Vous connaissez sans doute l’expression ‘diviser pour régner’.

    La question linguistique au Québec est une parfaite illustration de ce principe.

    Pendant que les gens concentrent leur pensée à la question linguistique et aux problèmes qu’ils perçoivent liés à l’immigration, ils ne pensent pas aux milliards qu’ils versent annuellement à trois paliers de gouvernement, ni à la TVQ, la TPS, les droits exigibles pour les permis de conduire, le coût de l’assurance auto obligatoire, les frais d’Hydro-Québec, l’argent disparu de la Caisse de dépôt, le déficit accumulé du gouvernement et de ses divers ministères, l’effet de la bureaucratie dans leur qualité de vie, etc.

    Tous les premiers ministres du Québec des 50 dernières années parlaient anglais et la plupart ont été éduqués en partie dans des universités anglophones.

    Les Québécois sont généralement incapables de comprendre ce qui se passe dans le monde et comment fonctionne le système de gestion des populations, en partie, car ils ne comprennent pas l’anglais.

    Pendant ce temps, ils se font manipuler par une poignée de médias et de politiciens locaux,

    Pourquoi pensez-vous que tous les postes de cadres, sauf peut-être pour la fonction publique du Québec, exigent le bilinguisme?

    Si vous voulez réussir dans la vie, si vous voulez comprendre le système dans lequel vous vivez, il faut parler anglais, aussi simple que ça.

    Si vous voulez continuer de vous gargariser avec les rigodons de la St-Jean Baptiste, les histoires de coureurs des bois, et la ceinture flèchée du Bonhomme Carnaval, continuez d’insister pour forcer les immigrants à éduquer leurs enfants en français”.

    Pendant ce temps-là, vous ratez l’occasion de faire en sorte que les jeunes Québécois de parents unilingues francophones puissent apprendre l’anglais et connaître tout ce que la langue anglaise pourrait leur offrir.

    L’unilinguisme francophone est un carcan qui permet de maintenir bien en place les oeillières du Québécois moyen, même si je sais que plusieurs ne seront pas d’accord.

    Par ailleurs, en ce qui concerne toute nouvelle formation politique, le seul politicien ou parti politique auquel je ferais confiance est celui dont la première priorité serait de reprendre le pouvoir de créer la monnaie.

    Tout autre préoccupation est secondaire si on n’est pas prêt à confronter le problème de création de la monnaie.

    Le seul parti politique que je connais au Canada qui a eu le courage de mettre cette question dans son programme politique est le Parti de l’action canadienne.

    http://canadianactionparty.ca/

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    3 novembre 2010 à 13 01 47 114711
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    Druide , ce nouveau mouvement n’est que de la divertion.

    Monsieur AImé Laliberté , il y a quelque chose que je crois vous n’avez pas compris. Peut-être que je me trompe , mais vous promotionnez l’Anglais. === Je suis d’accord personnellement et j’en parle depuis 10 ans bientôt.
    1 = Qu’on l’enseigne l’Anglais au Québec , mais sacrament après qu’un humain QUÉBÉCOIS sait parler  » FRANÇAIS , me semble que c’est pas dur à comprendre…

    2 = Monsieur Laliberté , la LANGUE ANGLAISE , n’a rien à voir ou presque avec le slang ou anglais sale que parle les ÉTATS-UNIENS with an potatos in their mouth en plus et qui est en train de faire le tour de la planète , faut que ça aille vite pour eux.

    Monsieur Jean-Pierre Bonhomme , je suis désolé , mais avec mes connaissances limitées , je n’aurais su et de loin dire mieux que vous.
    Jean-Marie De Serre.

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    3 novembre 2010 à 14 02 36 113611
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    @JMDS,

    Je ne fais pas la promotion de l’anglais, mais je dis que l’anglais procure plusieurs avantages, et que çela ne vout empĉhe pas de parler ou d’écrire en français.

    À mon avis, ce n’est jamais un handicap d’avoir plus de connaissances et le français offre une quantité très limitée d’informations par rapport à l’anglais.

    Pourquoi se priver inutilement d’une foule d’informations utiles, à moins d’attacher peu d’importance aux connaissances acquises, et de préférer vivre dans l’ignorance?

    Il n’y a pas que la langue qui compte, mais c’est un bon départ de pouvoir parler et comprendre l’anglais, si on veut comprendre les 300 millions et plus d’anglophones sur le reste de notre continent.

    De toute façon, les Québécois se font continuellement baiser par des ‘zotorités’ du Québec qui leur racontent n’importe quoi, mais dans leur langue.

    Ce que je dis, c’est qu’il est plus difficile de manipuler une population instruite qu’une population ignorante.

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    4 novembre 2010 à 0 12 53 115311
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    ’Ce qu’il nous faut, à la barre, ce ne sont pas des hommes d’affaires ou des dirigeants qui se construisent des châteaux hors des villes, ce sont de vrais politiques qui sont capables de se situer au dessus des intérêts lucratifs.’’

    Ce message me semble utopique en 2010. Il me semble entendre les Lévesque, Parizeau des années 1970-80 (bon temps). Hors ce temps est malheureusement révolu. Aujourd’hui c’est l’argent qui mène tout, seul l’argent et le Nouvel Ordre Mondial comptent.
    Aucun des partis politiques de centre ou de gauche ici au Québec n’a les ressources financières, ni l’appui des financiers pour faire de la politique. Seul le parti Libéral du Québec a cette appuie car il est financé par les ‘’business man’’ et certains magouilleurs de la construction. Et Charest est à la solde de Power Corp comme l’a dénoncé feu Pierre Falardeau . http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/05/11-a-bas-les-chevaux-de-troie-de-lennemi.qc

    Le PQ, l’ADQ, Québec Solidaire et le prochain, s’il nait, sont tous voué à rester dans l’opposition tant et aussi longtemps qu’ils n’auront pas cette appui.

    Citation, j’aime bien les citations :
    « Pour mettre en place un gouvernement mondial, il est nécessaire de retirer des esprits leur individualisme, leur loyauté aux traditions familiales, leur patriotisme national, et leurs dogmes religieux. » George Brock Chisholm (1896-1971), ex-directeur de l’Organisation Mondiale de la Santé

    « Nous aurons un gouvernement mondial, que nous le voulions ou non. La seule question est à savoir si le Gouvernement Mondial sera instauré par l’adhésion, ou par la conquête. » James Paul Warburg (1896-1969),(le Banquier)et officier de l’OSS et membre du CFR, le 7 février 1950, devant le Sénat des États-Unis.

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