Nouvelles révélations sur un trésorier-ministre décidément très arrangeant avec les donateurs du parti

Dans cette affaire d’Etat qu’est le Bettencourtgate, la position d’Eric Woerth est plus que jamais intenable. Le ministre a beau persister à tout nier en bloc, les charges s’accumulent. Petit digest, sur le mode « si vous avez raté le début » : la pratique de distribution d’enveloppes en liquide par les Bettencourt à des politiques est confirmée par nombre de témoignages, dont celui de leur ancienne comptable, qui accuse nommément l’ancien trésorier de l’UMP – en même temps que ministre du Budget et époux de la directrice des investissements de la société gérant la fortune de l’héritière de L’Oréal ! – d’en avoir touchée une, de 150 000 euros, dont 100 000 provenant de comptes suisses dissimulés à l’administration fiscale française (à la tête de laquelle on trouvait alors le même Woerth).

Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, un ministre au coeur d’un tel imbroglio de conflits d’intérêts aurait démissionné depuis belle lurette et un juge indépendant mènerait l’enquête. En Sarkozie, modèle de république bananière, Woerth est toujours au gouvernement et les investigations sont menées par un procureur hiérarchiquement soumis au pouvoir, qui refuse contre l’avis d’une Cour d’appel à une magistrate d’accéder à une pièce à conviction cruciale, les enregistrements clandestins de conversations entre la milliardaire et son conseiller financier ayant déclenché toute l’affaire, enregistrements dans lesquels il est lui-même cité et compromis, ledit procureur, cerise sur le gâteau, ne cachant pas son amitié personnelle avec le chef de l’Etat !

cartoonL’avant-dernier épisode en date de ce feuilleton haletant a été apporté par l’hebdomadaire Marianne : « Dans son édition de ce samedi 24 juillet, Mariannepublie un fac-similé de l’agenda 2007 de Claire Thibout, l’ex-comptable de Liliane Bettencourt. Première surprise : à la date du 18 janvier 2007, 13h30, elle a inscrit : « Patrice de Maistre, RV Mme Bettencourt  », suivi d’une flèche indiquant sur la page de droite : « pour donner enveloppe qui donnera à Patrice  ». Claire Thibout affirme que, ce jour-là, elle a remis une enveloppe contenant 50 000 euros en liquide. Mais deuxième surprise, à laquelle Marianne n’a pas tout de suite prêté attention (sic) : à la date du vendredi 19 janvier, 8h30, elle a inscrit : « Patrice et trésorier  ». Or, dans l’agenda 2007 de Patrice de Maistre, saisi par les policiers de la brigade financière, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt a noté, le même jour à la même heure, un rendez-vous avec Eric Woerth « au café ».

(…) Le rendez-vous « Patrice et trésorier  », inscrit dans l’agenda de la comptable, le lendemain de la remise d’enveloppe, ne laisse-t-il pas entendre clairement qu’il s’agissait de remettre à Eric Woerth, en tant que trésorier de l’UMP, les 50 000 euros remis la veille ? En tout cas, pour la première fois, les enquêteurs tiennent une piste tangible. Le 21 décembre 2006, Liliane Bettencourt demande 500 000 euros en espèces à la banque Dexia (lire Marianne n°692). Refus circonstancié de la banque qui lui accorde finalement 100 000 euros contre un chèque libellé à son ordre.

Le 18 janvier 2007, trois mois à peine avant le 1er tour de l’élection présidentielle, Claire Thibout remet une partie de cette somme, 50 000 euros, à Liliane Bettencourt au cours d’un rendez-vous qui apparaît à la fois dans l’agenda de la milliardaire et dans celui de la comptable. L’héritière de L’Oréal remet alors l’enveloppe à Patrice de Maistre. Puis, le lendemain, le même de Maistre rencontre Eric Woerth au « café  », au cours d’un rendez-vous qui, cette fois, est inscrit dans l’agenda de Maistre et dans celui de la comptable. Quelle explication Eric Woerth et Patrice de Maistre vont-ils cette fois avancer pour se justifier ?

De Maistre pourra éventuellement arguer qu’il n’a fait que boire un « café  » avec son « ami  » Eric Woerth. Mais ce dernier est désigné es qualité de « trésorier  » par Claire Thibout dans son agenda : trésorier de l’UMP et, donc, de la campagne du candidat Nicolas Sarkozy. » L’information est rien moins qu’accablante. Mais tant que l’enquête dépendra du « procureur aux ordres« , Philippe Courroye-de-transmission, même si Woerth est désormais convaincu de nombreux mensonges et dissimulations, nos UMPistes espèrent toujours pouvoir étouffer l’affaire. Au prix d’un scandaleux autant qu’énorme déni de justice mais ils montrent avec éclat depuis le début qu’ils sont hommes à ne reculer devant aucune forfaiture.

Toutefois, un nouvel élément à charge, accablant lui aussi, est révélé ce matin par Libération : « Le 30 juillet, le ministre du Travail Eric Woerth a finalement transmis ses fonctions de trésorier de l’UMP à Xavier Bertrand, secrétaire général du parti. Cette démission voulue par Nicolas Sarkozy est, pour l’heure, la seule conséquence politique tirée de l’affaire Bettencourt. En démissionnant, Eric Woerth a contesté une nouvelle fois tout conflit d’intérêt entre ses fonctions passées de trésorier et de ministre du Budget. Il s’était aussi montré catégorique, le 27 juin, pour certifier s’être tenu à l’écart des procédures de contrôle dévolues à l’administration fiscale. « Je n’ai jamais déclenché de contrôle fiscal, comme je n’ai jamais empêché un contrôle fiscal » avait-il déclaré. Libération peut révéler qu’Eric Woerth est directement intervenu dans un contrôle fiscal, celui de la succession du sculpteur César, à la suite de ses pourparlers avec l’exécuteur testamentaire du sculpteur, Alain-Dominique Perrin, président de la fondation Cartier pour l’art contemporain, et grand donateur de l’UMP.

L’intervention du ministre s’est traduite en 2008 par un dégrèvement fiscal de 27 millions d’euros sur la succession du sculpteur sans compter les pénalités de mauvaise foi, effacées elles aussi. » A l’instant, nous informe France Inter dans son journal de 11 heures, le ministère du Travail, malgré les vacances de Woerth qui ont débuté hier, réagit en noyant le poisson, parlant de « respect du droit fiscal« . Mais la tâche du procureur instruisant à l’étouffée s’avère de plus en plus délicate : osera-t-il comme il en a l’intention blanchir Woerth malgré un si lourd dossier ?

On reste aujourd’hui tenté de répondre par l’affirmative : le ministre est le dernier rempart avant le président lui-même. Et tout aujourd’hui accrédite la thèse que ce dernier s’est rendu coupable de financement illégal de sa campagne présidentielle, ce qui devrait invalider son élection ! Voilà bien pourquoi, face aux manigances du pouvoir pour échapper à la justice – et faire diversion médiatique au moyen d’une surenchère xénophobe -, une mobilisation citoyenne est plus que jamais indispensable. Pour exiger la démission du chef de l’Union des magouilleurs professionnels qui déshonore la République et exerce un pouvoir désormais politiquement minoritaire et juridiquement illégitime. Sarkozy, dehors !

dégage!Illustration trouvée sur le site du groupe musicalVolkssturm Sound System.

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