ONPA et réforme agraire

Peut-on penser à mettre en place un ONPA dans un pays du tiers monde ? Il faut se souvenir que le programme pour une Nouvelle Société, a été conçu à l’usage de pays développés ou d’une Nouvelle Société, à échelle planétaire, qui se donne pour mission de rehausser d’abord le niveau de vie des pays sous-développés pour qu’on puisse leur appliquer ensuite les principes NS.

La reprise des sols peut apparaître comme une option intéressante pour un pays du tiers monde. C’est le problème qui y est à la base de toute injustice. Mais à quoi bon reprendre la propriété du sol si on ne peut rien en faire ? L’hypothèse la plus vraisemblable, après la reprise du sol par une DGAT en pays du tiers monde, est son affectation à l’agriculture et à l’élevage. C’est sur un ONPA que reposera le succès d’un reprise des sols.

Dans une NS globale, à la reprise du sol par une DGAT succèdera bien, en effet, l’intervention d’un Office de la Production Agraire qui en rationalisera l’exploitation. Mais est-il possible de mettre en place aujourd’hui, un ONPA dans un pays du tiers monde ? Ce n’est pas impossible, mais il faut voir lucidement les obstacles qui s’y opposent.

On peut définir des principes universels de gestion de l’agriculture/élevage, mais faut garder en mémoire l’écart démesuré entre l’importance relative de ces sous-secteurs dans l’économie des pays développés et celle des pays du tiers-monde.

Un pays sous-développé peut créer un ONPA, procéder à la reprise des sols et les réaffecter. L’ONPA ainsi créé ne peut, cependant, comme en pays développé, limiter ses objectifs à optimiser les gains de productivité : il y a une dimension sociale dont il doit tenir compte. La reprise du sol, en pays du tiers-monde, a l’effet d’une réforme agraire et le pays qui crée un ONPA veut en retirer les avantages sociaux qu’on attend d’une réforme agraire.

Or, souvenons-nous qu’une reprise des sols, dans le cadre d’une Nouvelle Société, offre en priorité à l’exploitant en place un droit d’usage pour maintenir en marche cette exploitation. Si ce principe est respecté, il implique qu’on ne remette pas en question l’utilisation du sol pour des monocultures d’exportation dans le pays où la reprise a lieu. Café, thé, cacao, bananes, coton, etc. continuent donc d’y être produits par ceux qui aujourd’hui les produisent souvent des transnationales ou leurs filiales et y occupent encore souvent les meilleures terres. Est-ce que cette reprise du sol à la façon NS suffirait à satisfaire les aspirations de ceux qui réclament une réforme agraire ?

Supposons, toutefois, pour fins de discussion, que le principe en ait été accepté et que l’État ne reprenne et ne ré-affecte concrètement que les sols non exploités. Dans certains pays, les propriétaires d’une large partie des sols cultivables ne les exploitant pas, mais les gardant en friches pour spéculation, ou ne les exploitant que d’une façon peu productive qui ne leur permettrait pas d’en acquitter la taxe fiscale et de les conserver, le résultat ne serait pas négligeable.

On peut prévoir que, même en donnant au propriétaire actuel toutes les chances d’en rester le concessionnaire et de les exploiter, une énorme surface de sol cultivable deviendrait disponible dont il appartiendrait à l’ONPA d’assurer l’exploitation. Ne serait-ce pas une bénédiction et cette démarche ne serait-elle pas justifiée, indépendamment de tout autre implantation des principes NS ?

Une bénédiction, oui, car quelle activité productrice plausible, autre que l’agriculture de subsistance, existe-t-il dans ces pays pour les millions de sans-travail analphabètes, sans formation, qui errent aujourd’hui en bandes, par monts et par vaux, cherchant des emplois précaires de « peones » ?
Quelle autre solution qu’un retour à la terre pour ceux qui se sont exilés vers les favelas, barrios et bidonvilles des mégalopoles du tiers-monde ? Il semble raisonnable qu’on leur concède des terres et qu’on les y laisse produire, au moins pour assurer leurs besoins alimentaires.

On leur donne aussi du même coup – et c’est tout aussi important – un statut social de base acceptable : ils deviennent paysans, et non plus mendiants par nécessité, petit escrocs ou malandrins. Dans bien des pays, un retour à la terre semble venir résoudre une équation sociale qui autrement resterait sans solution. Si on pense réforme agraire, les fonctions connexes de conseiller, de banquier et d’assureur qu’il assume distinguent l’ONPA d’une simple invasion des terres plus ou moins légitimé et peuvent en faire un succès.

Le rôle de banquier de l’ONPA est ici primordial. Aucune institution bancaire néo-libérale traditionnelle n’accepterait de prêter à un individu sans argent, sans travail, sans éducation et sans expérience, le fonds de roulement nécessaire pour opérer une exploitation agricole sur une terre dont, par surcroît, il n’est même pas propriétaire. Elle lui prêterait encore moins l’argent requis pour en acquérir la concession.

L’ONPA peut le faire parce qu’il contrôle un maximum de variables. Le nouveau paysan occupe le sol sans discussions et sans frais autres qu’un impôt sur la valeur de son exploitation. Il travaille avec l’équipement adéquat, qui lui est prêté par l’ONPA. Sa production est vendue d’avance, à un prix fixe qui lui garantit un revenu adéquat et il est assuré contre tous les risques. Lui consentir un prêt devient raisonnable, surtout si l’objectif est qu’il produise et non pas de maximiser le retour sur le capital qu’on lui prête.

Il reçoit une formation de départ que lui fournit l’ONPA en sa fonction de conseiller et, par la suite, un coaching continu que lui donne aussi l’ONPA. Il reçoit aussi de celui-ci les conseils pertinents au type de culture qu’il y introduira et qui aura été déterminé – par l’ONPA – en tirant le meilleur parti du sol lui-même et des conditions de commercialisation du produit.

Si on prend le risque d’une réforme agraire, la mise en place d’un ONPA est la meilleure façon de le faire. Mais veut on prendre ce risque… et en comprend-t-on les implications, dont celle de l’aller-retour que nous voyons au texte suivant ?

Pierre JC Allard

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