Pas d’immunité pour la France !

 

La toute récente escalade des frais de financement de la dette publique italienne prouve une fois de plus – si besoin était – l’extrême promptitude des investisseurs et des spéculateurs globaux dans leurs expéditions punitives à l’encontre de telle ou de telle autre nation qui montrerait de quelconques signes de défaillance économique ou financière. Ne nous y trompons pas car, en fait, le divorce annoncé de l’Italie avec les marchés financiers rapproche un peu plus la France du front des hostilités. Ne paie-t-elle pas déjà près de 75 points de base de plus que l’Allemagne sur sa dette à 10 ans alors qu’elles sont « supposées » toutes deux se prévaloir du AAA, ce différentiel étant en hausse graduelle mais ininterrompue depuis quelques mois ? L’activisme du Président français dans le cadre des tourmentes européennes périphériques est certes remarquable, il masque pourtant de plus en plus difficilement la marge de manœuvre en peau de chagrin de la France hélas appelée – du point de vue de la crise souveraine européenne – à voler la vedette à l’Italie et même à l’Espagne dans les mois à venir.

Car la deuxième économie de l’Union, également second contributeur aux divers plans de sauvetage européens, compte aussi parmi les plus mauvais élèves de la zone Euro en terme de réduction de ses propres déficits… La dette publique française de 1’650 milliards d’Euros – supérieure à celle de l’Italie – n’est-elle pas (en termes relatifs) deux fois plus importante que celle de l’Allemagne ? N’est-il pas navrant de constater que, hormis les nations bénéficiant de l’assistance et de la charité européennes, seules l’Espagne et la Slovaquie font pire ? En outre, la France – qui compte traditionnellement parmi les grands pays exportateurs – ne peut même plus miser sur cette planche de salut puisqu’elle se prépare à subir en 2011 un déficit commercial record ! Les entreprises nationales – automobiles, aéronautiques, agricoles et autres – ayant de plus en plus de difficultés à prospérer dans le cadre de la compétition internationale … ou simplement intra européenne : la part de la France dans les exportations européennes ayant ainsi fondu de près de 16% en 2000 à 12.5% aujourd’hui.

Offrant un contraste saisissant avec l’Allemagne dont les excédents commerciaux et bien-sûr les productions industrielles sont en constantes progressions, la France ne peut aujourd’hui se prévaloir d’avoir retrouvé les volumes à l’export préalables à la crise alors que l’Allemagne pulvérise annuellement tous ses records. La maladie de la France étant en effet celle d’une compétitivité ridiculement en retard par rapport à ses propres potentialités pourtant immenses et eu égard à ses concurrents internationaux mais aussi européens. Le cercle vicieux dans lequel s’embourbe le pays va pourtant de soi par son classicisme: Pas de croissance sans compétitivité et pas de redressement des comptes publics sans croissance… Comment espérer améliorer les déficits publics quand les entreprises nationales paient moins d’impôts à cause leurs profits en berne ? Et comment persuader les prêteurs de ne pas exiger une rentabilité toujours supérieure sur les financements consentis à une France dont les perspectives de croissance semblent de moins en moins réjouissantes ?

Le dilemme est pourtant quasi inextricable : occupant (après l’Irlande) le peloton de tête européen de la dépense publique – de l’ordre de 56% de son P.I.B. en 2010 -, la France ne saurait et ne devrait pas chercher à compenser en augmentant sa fiscalité au risque de perdre encore plus d’emplois, de créations d’entreprise et de riches contribuables… Ces sujets seront à l’évidence brûlants en cette période électorale qui s’ouvre. Quelle qu’en soit l’issue, faute d’un retour très rapide de la croissance, la France ressentira prochainement l’effet de la gravité, celle-là même qui tire vers le bas et vers les abîmes d’autres nations européennes depuis 18 mois.

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