Pénurie d’essence : gros coup de chaud en vue

Imaginez un pays où les marchandises ne pourraient plus circuler ni par la route, ni par le train, non plus que la mer, où l’approvisionnement en électricité et gaz viendrait à défaillir, où les particuliers eux-mêmes, victimes d’une pénurie de carburant et de la grève des transports, ne pourraient plus vaquer à leurs activités, d’autant plus coincés à la maison qu’ils seraient si l’Education nationale se décide enfin à rendre son mouvement d’arrêt du travail reconductible. Ce pays paralysé, cauchemar ultime pour fan de Jean-Pierre Pernaut ou commentateur du Figaro, pourrait bien ressembler au nôtre à partir du 12 octobre. Comment le gouvernement, campé sur ses 62 et 67 ans antisociaux non-négociables, répétant jusqu’à la nausée qu’il ne cèdera pas, pourra-t-il alors réagir à cette situation ? Danger !

Ce matin, le dépôt de carburant pour stations de supermarchés était bloqué à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Cette opération fait partie du programme de coups médiatiques annoncé par les syndicats des grévistes du port pour précéder la grande grève du 12. Le spectre de la pénurie d’essence… Le gouvernement l’avait balayé la veille, rassurant sur Zonebourse : « La grève dans les terminaux pétroliers de Fos-Lavéra n’entraîne pas de problèmes en termes de stocks de pétrole, a indiqué mercredi une porte-parole du ministère des Transports. Les raffineurs touchés par la grève – qui dure depuis dix jours – ont suffisamment de stocks dans d’autres raffineries en France, a expliqué la porte-parole, et le gouvernement ne prévoit pas de pénurie en France continentale, qu’il s’agisse d’essence ou de fuel. « Nous avons des stocks importants de produits raffinés en France », a-t-elle souligné. » Pourtant « L’Union française des industries pétrolières avait estimé mardi que les sept raffineries approvisionnées par le site de Fos-Lavéra pourraient être à l’arrêt dans une semaine en raison de la grève. Mercredi, 47 navires pétroliers étaient sur rade ». L’Ufip est effectivement très alarmante : « La grève qui affecte les terminaux pétroliers de Fos-Lavéra entraîne une importante pénurie de pétrole brut au sein des raffineries qu’ils alimentent (…) Les raffineries tournent à un niveau minimum et certaines pourraient en arriver à un arrêt de la production dès le début de la semaine prochaine ». Et une dépêche de 10 h 53 sur le site de La Provence annonce que la grève est reconduite pour 24 h, 51 navires étant à présent coincés devant le port. La menace se précise ! Un représentant de l’Union générale CGT-Chimie avertit ce matin, au micro d’une journaliste d’Europe 1 à chewing-gum, séquence en ligne sur le média d’information locale Maritima.info : « La pénurie sera la conséquence de l’autisme du gouvernement. » L’opération de ce matin n’était certes qu’un coup de semonce et le bloquage du dépôt a été levé en fin de matinée. Mais « Nous ne pouvons tolérer que le gouvernement joue la carte de l’enlisement. Nous ne lâcherons pas, nous sommes prêts à engager le bras de fer au-delà du 12, avec en point de mire certainement une pénurie de carburant dans les prochains jours »prévient Pascal Galéoté, leader de la CGT du port de Marseille.

Le gouvernement pourra-t-il accepter sans combattre, plutôt que de se rendre, une pénurie de carburant ? Ou fera-t-il donner les CRS, voire l’armée ? Pour l’instant, il se borne à appeler au dialogue : « Ce qui se passe à Marseille actuellement se fait évidement au bénéfice des Italiens, Espagnols, Marocains et la perte de trafic à Marseille est naturellement grave pour toute l’économie de notre pays et pour l’économie de Marseille », déplorait hier à l’Assemblée nationale le ministre Dominique Bussereau, cité par La ProvenceSi l’on veut tuer le port de Marseille, on ne fera pas autrement. Je lance un appel au dialogue social à Marseille comme ailleurs. » Quel « dialogue social » ? Avec l’UMP ? Plaisanterie ! En fait c’est simple, mon gros : ton gouvernement retire la réforme du port, qui privatise certaines de ses activités, retire aussi celle des retraites et c’est réglé ! Ne restera plus alors que la question des salaires… Là, on dialoguera. Mais les sarkozystes ont tellement répété en boucle, à tour de rôle, horripilants perroquets, qu’il ne lâcheraient pas sur les deux ans supplémentaires qu’ils veulent forcer le peuple à trimer, parce qu’il est impossible de faire autrement (sic), que reculer aujourd’hui serait accepter de perdre la face. Sarkozy le névrosé égomaniaque en est-il seulement capable ? La situation est si catastrophique pour lui qu’il pourrait s’entêter dans la fuite en avant, au point où il en est. Laissera-t-il s’installer sans répression la paralysie du pays entier, le chaos économique ? De quoi craindre un gros coup de chaud dans les jours qui viennent. La violence pourrait bien s’inviter dans le conflit.

L’illustration représentant le pays en grève décore le hall du bâtiment de l’Union européenne à Bruxelles, comme le rapporte le Journal Graphic : « la République Tchèque a frappé plutôt fort en faisant appel a David ?erný. L’artiste tchèque était déjà connu pour son style plutôt étrange et provocateur, mais cette fois-ci il a réuni un artiste de chaque pays européen pour créer une mosaïque des clichées européen. (…) La Suède n’est rien d’autre qu’un meuble dans un carton, l’Italie un terrain de football, l’Espagne un pays en ciment et la France… un pays en grève. »

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