Politique monétaire laxiste ou politique de l’autruche ?

Article publié ce jour dans l’Agefi Magazine – Suisse

Baisser les taux à zéro puis les maintenir à ce niveau le temps nécessaire pour relancer la demande agrégée et l’activité économique, mixture de taux proches du zéro absolu ainsi censée stimuler l’investissement, décourager l’épargne et autoriser individus et entreprises à se refinancer à bon marché pour remettre de l’huile dans les rouages économiques… S’il est vrai que ce tableau idyllique est en théorie réalisable, il ne saurait se calquer sur notre situation présente car le marasme actuel n’est en rien dû à un ralentissement de la demande. Notre conjoncture économique dégradée provient d’une accumulation morbide de bulles spéculatives qui ne cessent de sévir sur notre système financier, bulles qui en sont devenues quasiment consubstantielles! Quand donc nos autorités se rendront-elles compte que cette politique de taux bas a un prix qui peut parfois être excessivement douloureux pour nos économies dès lors que l’on daigne s’intéresser au moyen et au long terme?

La chute de la demande n’étant que la conséquence – et non la cause – de notre crise, agir en manipulant la seule politique monétaire équivaut en effet à traiter le crime par la seule prison plutôt que de miser sur la prévention! La panique financière et la récession économique subséquente ne sont en fait que la résultante d’établissements financiers aux bilans infectés. C’est en effet l’aggravation des pertes bancaires qui a débouché sur une récession économique tout comme c’est le rétablissement de ces bilans qui – seul – ramènera l’embellie économique durable. Pour autant, nos politiques actuelles se concentrent exclusivement sur la relance de la demande au lieu de s’employer à stimuler la reconstruction d’une richesse – la vraie – qui consisterait en une progression de l’épargne et en un nettoyage des bilans.

Dans un tel contexte où seul le court terme semble avoir de l’importance, comment expliquer aux investisseurs Américains et étrangers ayant placé leurs avoirs aux USA en Bons du Trésor, obligations diverses et autres produits d’épargne que le Gouvernement Américain ne les leur rendra pas intact? La Réserve Fédérale n’a-t-elle pas en effet annoncé à l’occasion de sa réunion d’Août la poursuite des baisses de taux quantitatives et – donc – la levée de toute protection (résiduelle) pour les heureux titulaires de papiers valeurs libellés en dollars? Et tant pis si ces artifices contribuent activement à torpiller sur le long terme l’épargne de leurs propres citoyens!

Cas d’école en réalité que ces injections massives de liquidités – via l’activation frénétique de la planche à billets – qui, à force de mettre du dollar dans le système, finiront pas lui supprimer toute valeur car les revenus payés par l’Etat Fédéral sur ces placements, eux, restent stagnants! Passe encore pour l’Américain moyen, peu sensible à la dépréciation de sa monnaie nationale, et encore persuadé que son Gouvernement protègera ses avoirs. La grogne commence néanmoins à se faire entendre globalement, illustrée par l’OPEP dont un des membres (l’Iran) vient de déclarer: « Ils achètent notre pétrole et nous donnent un papier sans valeur »… Et pour cause: les Etats-Unis d’Amérique, qui ont 234 ans, n’ont-ils pas crée sur ces seules quatre dernières années la moitié de la masse monétaire de toute leur Histoire? Un remake de 1929 avec son lot de défauts de paiement colossaux n’est certes plus d’actualité mais remplacer la banqueroute par la perte sévère du pouvoir d’achat (l’autre nom de l’inflation) n’est-il pas reculer pour mieux sauter?

Le « Bureau of Labor Statistics » ayant ainsi récemment calculé que le pouvoir d’achat du billet vert avait décliné de 80% en l’espace de 60 ans environ et ce dans une conjoncture de connivence (ou d’inconscience?) généralisée puisque le marché obligataire US bénéficie d’un rush spectaculaire émanant de la classe moyenne Américaine et des investisseurs internationaux. Ces détenteurs de ce « papier sans valeur » ne sont-ils pas persuadés que le déclassement du dollar sera sans incidence sur ces placements et que les rendements sur les T-Bonds à leur plus bas historique induisent une inflation totalement absente des radars? Et tant pis si les marchés obligataires se trompent régulièrement dans leur prévision inflationniste… Il est vrai que la grande préoccupation contemporaine serait plutôt la déflation dont le spectre est, à juste titre, entretenu par de très mauvaises statistiques du chômage.  Cercle vicieux qui, à écouter la quasi totalité des analystes, serait seul susceptible d’être éradiqué par une activation hyperbolique de la planche à billets…

Pourtant, l’inflation et la politique monétaire de la Réserve Fédérale US, finiront tôt ou tard et immanquablement à diverger. Comment ferez-vous ce jour là pour protéger votre patrimoine? Préparez-vous pour le sauve-qui-peut hors du dollar et hors du papier Américain!

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