Pourquoi je ne suis pas libertarien (mais que je suis quand même quelque peu sous le charme)

Depuis peu, je me suis intéressé au libertarianisme. Cette philosophie politique, à forte tendance économique, selon le site Le Québécois Libre, repose sur la croyance « que la liberté individuelle est la valeur fondamentale qui doit sous-tendre les rapports sociaux, les échanges économiques et le système politique. » Ils croient « que la coopération volontaire entre les individus dans un marché libre est préférable à la coercition exercée par l’État », « que le rôle de l’État n’est pas de poursuivre des objectifs au nom de la collectivité – comme redistribuer la richesse, « promouvoir » la culture, « soutenir » le secteur agricole, ou « aider » la petite entreprise –, mais bien de se limiter à protéger les droits individuels et laisser les citoyens poursuivre leurs propres objectifs de façon libre et responsable. »

Aussi, sur l’échiquier politique, que nous caractérisons habituellement par l’antagonisme gauche-droite, ils ne veulent pas se situer d’un côté ou de l’autre, car ils considèrent que la gauche et la droite « ne sont plus que les deux revers de la même médaille étatiste. » Donc, ils veulent se distinguer comme étant « la seule véritable alternative : d’un côté, les étatistes de gauche et de droite; de l’autre, les défenseurs de la liberté, de la prospérité et de la civilisation. » Ce qu’il y a de clair, c’est que les libertariens sont contre l’interventionnisme de l’État et des groupes corporatistes, pour une implication citoyenne basée sur la responsabilité.

Sur le même site, dans un autre texte (qui se retrouve sur la même page que celle citée plus haut), « Cinq attitudes libertariennes essentielles », l’auteur Martin Masse dresse une liste, dont il élabore chaque point, qui résume bien cette philosophie :

1- assumer ses choix et cesser de rejeter la responsabilité de ses actions sur les autres
2- voir l’aventure humaine avec optimisme
3- refuser de s’en remettre à des abstractions collectives
4- viser une amélioration constante à long terme plutôt qu’une perfection statique à court terme
5- être tolérant et accepter la diversité

Voilà pour la présentation, maintenant la critique. En soi, il serait presque trop facile d’adhérer à ce système de pensée, car il est logique et répond même à la plupart des questionnements actuels si on le regarde seulement en surface. Il pourrait rallier une bonne partie de la population puisque son but est de nous débarrasser de la connivence entre l’État et les groupes d’intérêt, phénomène qui éloigne de plus en plus le peuple des considérations politiques. Par contre, après l’avoir examiné plus attentivement, il est utopique de penser que la société pourrait s’adapter rapidement à un système de la sorte : pour cela, il faudrait occulter l’histoire, remettre les pendules à l’heure au niveau socio-économique; en somme, repartir à neuf. Et cela est impossible, car à mon sens l’inégalité déjà présente se creuserait davantage, étant donné que l’implication citoyenne n’est pas de mise dans notre monde corporatiste et antidémocratique, où le conformisme est roi.

Personnellement, je pourrais vivre dans un système semblable, car je suis assez confiant de mes capacités d’adaptation, mais je ne crois pas que tout le monde pourrait suivre, même que plusieurs tomberaient encore plus bas qu’ils ne le sont maintenant si les libertariens étaient au pouvoir dans un avenir rapproché. La scission entre les individus et l’État a déjà trop fait de dégât pour que la responsabilité citoyenne soit bien exercée maintenant, à froid, par tous : il nous faudra un filet encore longtemps et beaucoup de travail à faire auprès de la population pour qu’elle reprenne goût à la démocratie. Et ce serait malheureusement l’égoïsme qui primerait si les individus étaient laissés à eux-mêmes aujourd’hui : le constat actuel sur les comportements irresponsables des automobilistes en est un bon exemple à mon avis.

Donc, la solution libertarienne est trop statique, trop extrémiste pour moi qui pense aux répercussions à court terme (et à long terme aussi bien sûr…). Je crois que la société idéale ne pourrait s’appuyer sur un seul dogme, car les individus sont trop dissemblables : le système se devrait d’être toujours malléable, équilibré. Et cette philosophie, même dans son équilibre (implicitement centriste, par son rejet de la gauche et la droite) n’est pas équilibrée, puisqu’elle n’est pas relative et repose sur un monde rêvé où les individus n’ont que des qualités, où l’optimisme serait un idéal partagé par tous.

Si la liberté individuelle est la valeur fondamentale, qu’est-ce qu’on fait avec les défauts des individus? Comment la société pourra freiner la cupidité, l’égoïsme qui caractérise déjà les comportements de l’élite économique? Et si l’État est réduit au maximum et que le secteur privé prend le contrôle de tout le reste, qu’est-ce qui nous assurera que le facteur humain ne deviendra pas encore plus secondaire qu’il ne l’est aujourd’hui? Je le répète encore, mais c’est de l’équilibre qu’il nous faut entre l’État et les citoyens.

Aussi, leur diabolisation de l’État est compréhensible dans le contexte actuel, et je la partage. Mais si l’État était vraiment une extension de notre individualité, basé sur les forces vives de chacun, leur critique, et surtout leur dogme, ne tiendrait pas la route. C’est la corruption actuelle qui lui donne sa légitimité. En réexaminant la thèse libertarianiste, alors que l’on expulse momentanément le parasite corporatiste de l’appareil étatique, il apparaît clairement que l’idée d’abandon de l’État comme régulateur et filet social serait une erreur monumentale pour les mêmes raisons que j’ai décrites plus haut.

Pourtant, après avoir discuté et débattu avec certains libertariens sur leur blogue, j’ai bien vu que leur philosophie est noble, et qu’elle tend vers le bien-être de la communauté. Par contre, elle est peut-être trop optimiste, justement, et j’irais même jusqu’à dire qu’elle se rapproche de la pensée magique : leur position sur la charité privée au détriment d’une concertation étatique sur la pauvreté est fortement utopiste à mon humble avis. Si on laisse le choix aux riches de partager, ils ne le font qu’en minorité alors qu’il faudrait qu’ils le fassent en majorité, et je n’ai pas besoin de donner d’exemple pour le prouver… Peut-être que si dans une société où tous les individus étaient éduqués globalement à leur juste valeur, selon leur capacité, où les superstitions seraient disparues, où la science médicale et le système de santé serait axé sur la prévention, où l’économie serait au diapason avec les vrais besoins de la population (sans création de besoins artificiels pour nourrir la production), où l’environnement serait considéré avec le plus grand des respects, il y aurait place pour un système comme celui-là. Pas avant.

Pour l’instant, je pense qu’il faut collectivement laisser une grande place au dynamisme que provoquent les libertés individuelles, tout en se dotant d’une « assurance tout risque » que prendrait en charge un État vraiment démocratique. Donc, en conservant un système public fort qui regrouperait le bien commun — soit les domaines reliés à la santé, à l’éducation fondamentale (et à tous les domaines de la connaissance, ceux qui ne concernent pas la technique), à l’aide à la famille et à des mesures d’aide aux gens en difficulté, aux relations de travail (dans le but de rendre caduc les différents syndicats, afin de faire profiter de meilleures conditions possibles à tous les travailleurs), entre autres — et en laissant les individus (donc le privé) s’occuper du reste — entre autres l’économie, les biens de consommation (incluant tous les alcools…), la culture de masse, toute éducation qui sert seulement aux besoins de main-d’oeuvre des entreprises — selon des règles justes et équitables qui seraient assujetties le plus possible au bien-être de la collectivité.

Si la responsabilité est une valeur importante pour les libertariens, il faudra aussi qu’ils la confrontent à la responsabilité des autres, tant que l’idéologie ne pourra prendre sa vraie place, dans une société à sa mesure. C’est en faisant la promotion de l’éducation citoyenne de base et en l’instaurant ensuite pour tous que la responsabilité deviendra importante pour tous les individus. Car je crois que l’individualisme, la liberté individuelle acquise sans préparation aurait tendance à se transformer facilement en égocentrisme, je le répète. Et l’égocentrisme est bien le contraire de l’humanisme.

5 pensées sur “Pourquoi je ne suis pas libertarien (mais que je suis quand même quelque peu sous le charme)

  • Ping : Nouveau blogue dans le paysage « Renart L’éveillé / Carnet résistant

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    7 septembre 2008 à 0 12 33 09339
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    @ @ RL. Je vous lis et je me sens comme ces vieux messieurs qui s’interrogent sur leur véritable orientation, longtemps après qu’il est trot tard pour en jouir… Dites-moi, Renart, vous qui avez lu un peu de ma prose… Est-ce que vous croyez que je suis un libertarien qui s’ignore et qu’une tardive prise de conscience fera sortir du placard … ?

    Pierre JC Allard

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    12 mai 2009 à 18 06 40 05405
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    … Renart tu dépasse le crétinisme et pense que le centre de la société n’est pas les individu qui la composent mais bien l’élite bien-pensante qui décide pour elle.

    C’est toi qui suis la pensée magique en croyant que l’élite bienveillante oeuvrera pour le bonheur collectif. Tu n’est qu’un constructiviste qui, dans son imaginaire, crée un modèle de société et qui pense l’appliquer à la réalité par la force de l’état.

    Oooops le salaire minimum crée du chômage???? Interdisons aux employeurs de licencier! La nouvelle loi rend l’entrée à l’emploi plus difficile parce qu’ils ne peuvent se débarasser des mauvais? Engageons les dans la fonction publique! Nous manquons d’argent pour payer ces nouveaux employés? Taxons les entreprises et les individu! La taxation ralentit l’économie et encourage les entrepreneurs à s’exiler? Mettons des loi pour le leur interdire! Ces loi décourangent les gens à entreprendre, créer et développer des nouvelles techniques? So be it, ça paraît pas trop, moi j’ai une belle job de planificateur de la société et les moutons se laissent plus ou moins tondre.

    Ce que tu ne comprendras jamais, c’est que chaque individu est d’une richesse incroyable et que l’esprit d’innovation de l’humain est sans fin. Dans ta tête, les autres ne sont que des imbéciles incapable d’être responsable et pour les aider tu te proclâme sauveur en dirigeant leur vie. Je sais très exactement qui tu es, j’ai aussi passé par le système scolaire profondément gauchisant, déresponsabilisant et infesté de toute la bien-pensance et des constructivistes. Moi aussi j’ai cru être capable de créer un monde meilleur par la force… mais j’ai fini par comprendre que ;

    La société est composée d’individu qui échangent et travaillent ensemble pour leur propre profit personnel. C’est la responsabilité individuelle et la perspective d’améliorer son propre sort qui stimule les gens à travailler plus, mieux et à coopérer ensemble.

    Par des loi stupides et liberticides, tu n’arriveras jamais à éliminer le racisme, la discrimination ou la cruauté. Ce sont des traits inhérents à l’humain (animal fondamentalement territorial et xénophobe) et tu ne pourras jamais les changer, peu importe tes intentions.

    Ce ne sont pas les intentions qui comptent mais bien les résultats. Le communisme avait des intentions nobles mais des résultats désastreux parce qu’on donne le pouvoir à une clique blindée qui, par la nature de l’humain, se corrompt. Le capitalisme (pas le corporatisme étatiste) est basé sur les droit de propriété, la responsabilité individuelle et la coopération VOLONTAIRE. Il engendre nécessairement les meilleurs résultat puisqu’un entrepreneur ne peut s’enrichir qu’en donnant toute son énergie à satisfaire sa clientèle et à offrir les meilleures conditions à ses employés.

    —-

    C’est sur que ça ne donne pas la belle petite société parfaite que tu t’imagines dans ta tête, qui n’est influencée par aucune variable externe comme la nature humaine ou la réalité des échanges sociaux. Ça ne fait que garantir que chaque individu est égal devant la loi, que chacun a les mêmes opportunités et que chaque individu est libre de faire tout en son pouvoir pour améliorer sa propre condition.

    Ta seconde erreur est de considérer l’humain comme purement égocentrique et que l’altruisme est une valeur absente qui doit être forcée. Nous ne pouvons collectivement éprouver quelquechose que nous ne ressentons pas individuellement. La charité privée est un LUXE qui n’est possible que si les gens ont les moyens de partager ce qu’ils ont. On ne peut partager ce que l’on ne possède et donc l’enrichissement de chaque personne fait en sorte que les couches les plus pauvres profitent de l’avancement de la société. De plus, les méthodes de productions plus efficaces qui sont développées par des individu et des entreprises (et non des organismes étatiques) permettent d’avoir des produits de moins en moins cher… ce qui profite nécessairement aux couches plus pauvre de la société.

    En dernier lieu, ceux qui ont le plus besoin du capitalisme ce sont les pauvres, qui ont souvent une soif d’apprendre, de découvrir et de performer plus large que la majorité des gens. Le pouvoir de création de ceux qui ont toujours dû se tenir debout et se battre est incroyable. C’est eux qui profitent d’un contexte économique libre et qui savent le mieux profiter des opportunités qui s’offrent à eux (financement plus accessible, structures maléables, compétition, innovation, multiplicité des opportunités d’affaire).

    @ Pierre JC Allard

    Je ne sais pas trop, j’ai lu deux trois texte de votre plume et c’est effectivement très libertarien par endroits mais vous semblez confus sur plusieurs sujets. Vous semblez défendre la liberté individuelle et la responsabilité mais refusez de défendre le résultat de celle-ci ; le libre marché. À mon avis ça viens de votre fausse perception que le corporatisme, les subventions, les réglementations en faveur d’entreprises sont du capitalisme (libre marché) alors que ce n’est que la version « à droite » de l’étatisme. D’un bord comme de l’autre, on veut manipuler les gens, leurs décisions, leurs goûts, leurs valeurs pour les adapter à la vision préconçue de l’élite (état).

    Je pourrai peut-être vous répondre plus précisément un jour si j’ai la patience de passer par dessu les sophismes, demi-vérité et… carrément faussetés de vos partenaires. J’éviterai le mépris et la méchanceté dans votre cas puisque vous semblez ouvert, contrairement à plusieurs autres. Désolé aux autres mais ceux qui veulent manipuler ma vie me répugne au plus haut point!

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    12 mai 2009 à 20 08 55 05555
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    @Kevin – bon commentaire.

    Il faut accorder une bonne période de temps au gens. La réflexion profonde n’est pas un exercice qui se fait facilement une fois que l’on a passé au travers les camps d’entraînement et de propagande que sont les écoles du système public. Ajouté à cela la sur-exposition à la programmation (sic) télévisuelle, la vraie nature humaine si créative et libre est amenée a capituler.

    Les chanceux ne voient que leur inconscient affecté, les moins chanceux, leur conscience également…

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