Pourquoi Sarkozy va perdre, bis repetita

L’UMP hors-sujet pour répondre aux préoccupations des Français : lorsqu’ils réaffirment mois après mois que leur plus grande inquiétude réside dans la progression du chômage, les sarkozystes ne trouvent rien d’autre à proposer que taper sur les chômeurs ! Nous en étions là dans nos réflexions quand soudain, nous apprenons une nouvelle incroyable : le gouvernement fait (enfin) un geste pour lutter contre le chômage !

« Trois Français sur quatre (76%) déclarent que la lutte contre le chômage est le thème tout à fait prioritaire, annonce l’édition d’aujourd’hui de Dimanche Ouest France. Cette proportion est très nettement supérieure à celle qui avait été mesurée en août dernier (59%). Cette progression de 17 points en quelques mois s’explique bien sûr par la montée du chômage qui atteint son plus haut niveau depuis douze ans et flirte avec les 10%. » Rappelons que ces chiffres sont complètement trafiqués, puisqu’ils reflètent la politique de radiations sauvage pratiquée depuis toujours par la droite. La situation est donc en réalité bien pire.  »Plus de trois millions de personnes ne travaillent pas alors qu’elles le souhaitent et aucune catégorie sociale n’est épargnée : bien rares sont alors les Français qui n’en ressentent pas les effets autour d’eux », ajoute l’article. Et tout ce que trouve l’ignoble sortant, c’est l’idée d’un référendum pour stigmatiser ces feignants de chômeurs, alors qu’il n’y a pas de travail ! En réalité il ne devrait décemment même pas se représenter ! N‘avait-il pas déclaré en effet : « Je veux m’engager par exemple sur le plein emploi : 5% de chômeurs à la fin de mon quinquennat. (…) Si on s’engage sur 5% de chômeurs et qu’à l’arrivée, y’en a 10, c’est qu’y a un problème ! (…) Je dis aux Français : c’est un échec, j’ai échoué. Et c’est aux Français d’en tirer les conséquences«  ? Nous attendons en vain le journaliste qui osera le confronter à cette déclaration… Mais poursuivons avec le sondage de l’édition dominicale du quotidien régional : « le devoir de lutter contre la précarité progresse de 11 points pour atteindre 56% et la hausse des salaires et du pouvoir d’achat est une revendication pour 58%, soit une progression de 7 points. Avec un pic chez les employés et ouvriers (78%). Le gain d’importance de ces thèmes est bien le signe que les préoccupations sociales sont attendues dans les prochains débats politiques, bien davantage que la question de la sécurité dans les banlieues ou la protection de l’environnement, qui sont considérées comme secondaires. Il n’y a d’ailleurs que chez les sympathisants du Front national que la lutte contre l’immigration clandestine est totalement prioritaire. » On le savait : les frontistes sont des gens malades, souffrant d’une obsession monomaniaque. Et l’autre sortant, qui leur court après, a un deuxième référendum sous le coude, pour stigmatiser les étrangers celui-là… Fous-leur donc la paix, nuisible cynique !

Jusqu’ici, la marginalisation des thèmes chers à l’extrême droite lepéniste et la droite extrême sarkozyste est plutôt une bonne nouvelle. Si l’on compte bien, l’insécurité n’arrive qu’en septième position et l’immigration clandestine en neuvième. Mais le paragraphe suivant apporte un bémol à cette satisfaction : « La question de la réduction de la dette publique a fait l’objet d’une prise de conscience considérable. C’est une priorité pour 57% : cela fait 7 points de plus que l’été dernier mais surtout 21 points de plus qu’en janvier 2010. »

Et voilà : le vacarme de la pensée unique des éditocrates relayant la droite (Bayrou inclus évidemment) et les sociaux-libéraux produit son effet. A force de tous les entendre et les lire, à longueur d’ondes ou de colonnes, sauter comme des cabris au cri de « la dette, la dette, la dette ! », avec leur fallacieux « on ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens » d’autant plus redoutable qu’il semble frappé au coin du bon sens, l’opinion finit par les croire. C’est le but de toute propagande et ça fonctionne, à coup de bourrage de crâne. Pour les distraits, précisons en deux phrases que c’est l’Etat qui fixe ses moyens et que lorsqu’on le vide de ses ressources à coups de cadeaux aux privilégiés et aux entreprises, consciencieusement, depuis 20 ans, il est piquant de venir se lamenter ensuite que les caisses sont vides. Et que la dette publique n’est donc nullement un problème : une partie d’entre elle est illégitime et il convient de l’annuler – voir les travaux du  Collectif pour un audit citoyen de la dette publique -, et l’on comblera aisément l’autre partie par exemple en taxant le capital au même niveau que le travail, ce qui est bien – quand on prétend défendre la valeur travail ! – la moindre des choses. Voilà ce qu’il faut marteler, mais pas facile d’être audible dans le tapage du mensonge dominant. Une piste : « En outre, un Français sur deux pense qu’un scénario à la grecque est possible en France, comme le montre un autre sondage de l’Ifop réalisé pour Sud-Ouest dimanche », poursuit Hervé Bertho pour Dimanche Ouest France. L’exemple grec est parlant, sur lequel il faut s’appuyer pour faire de l’éducation populaire et convaincre : l’austérité – outre qu’elle est profondément injuste -, aggrave la crise. Voilà qui devrait définitivement discréditer tous les donneurs de leçons libéraux et leurs porte-voix médiatiques.

« La dette se retrouve au même niveau que la santé et l’éducation (57%) », note aussi Bertho. Santé et éducation saccagés d’abondance par l’UMP : si l’on se fie aux préoccupations classées par ce sondage et si la logique et la raison avaient leur place dans une élection – on vous l’accorde, ça fait beaucoup de si -, il serait hors de question d’envisager ne serait-ce que la possibilité d’une réélection du président des riches, des banques, du chômage et de la précarité. Nous n’en sommes hélas pas là et les tambours médiatiques s’affolent, claironnant depuis son entrée en campagne qu’on va voir ce qu’on va voir et s’extasiant, unanimes, sur les qualités hors-pair de bête politique prêtées à l’agité de l’Elysée. Ils feignent d’ignorer que Sarkozy peut bien faire le clown tant qu’il veut, il est irrémédiablement discrédité. Mais qui sait si les médias dominants ne parviendront pas in fine à le faire réélire, comme en 2007 où il ne devait jamais gagner non plus ? Terminons justement notre citation de Dimanche Ouest France par un Bonnet d’âne à la conclusion de Bertho, totalement partiale et malhonnête : « Développer l’emploi, équilibrer le budget du pays et maîtriser l’impôt : c’est là que les candidats devront faire la différence. » Mais enfin ! Développer l’emploi, d’accord, mais l’équilibre budgétaire cité en deuxième par le confrère n’arrive en réalité, dans le sondage qu’il commente, qu’après les salaires et le pouvoir d’achat et à égalité avec l’éducation et la santé ! Et que dire d’une mauvaise foi si flagrante que notre éditorialiste ose terminer son triptyque par la maîtrise de l’impôt, en réalité huitième préoccupation des Français ! Rectifions par notre propre conclusion, plus juste : « Développer l’emploi, augmenter salaires et prestations sociales et restaurer les moyens de la santé et l’éducation tout en rééquilibrant le budget de l’Etat : c’est là que les candidats devront faire la différence. » Mais ça sonne beaucoup moins sarkozyste que la conclusion que prétend tirer Bertho ! En revanche, qui propose d’interdire les licenciements boursiers, d’augmenter le Smic, d’embaucher des fonctionnaires, d’ainsi relancer l’emploi et de financer tout cela par une fiscalité plus juste ? Mélenchon, présidons !

Quoi qu’il en soit, tout de même, cette histoire du chômage classé préoccupation numéro un des Français, confirmée d’année en année, est une épine dans le pied de la clique du pouvoir. En effet jusqu’ici, pour remédier à ce problème, la seule réponse aura été de dépecer le service public de l’emploi. Et de continuer à aggraver le chômage avec la défiscalisation débile des heures supplémentaires et l’allongement inique de l’âge du départ à la retraite. Alors tenez-vous bien, Xavier Bertrand, ministre du Travail (si, si), s’agite, à 65 jours de l’élection. Il est entièrement mobilisé par la lutte contre le chômage (si, si, bis). Lisez plutôt : Bertrand se démène pour que les entreprises décalent leurs plans sociaux après les élections, titre Challenges. « En cette période électorale, l’ex-secrétaire général de l’UMP qui n’a pas envie que les chiffres du chômage, déjà très élevés, ne se dégradent encore veut calmer le jeu d’ici aux élections, explique l’article. Ainsi, Alexandre Bompard (Fnac) ou encore Luc Oursel (Areva) ont reçu des instructions pour repousser de quelques mois leurs projets de licenciement. La Fnac, qui a fait part de son intention de supprimer 500 postes (dont 300 en France) en janvier dernier, a été priée de ne pas aller au-delà pour le moment. Idem pour le groupe Areva qui projetait de se délester de 3 000 emplois dans l’Hexagone. Dans le secteur automobile, le couperet tombera après le mois de mai. Les constructeurs automobiles ne sont pas en reste. PSA avait à l’automne annoncé une réduction de la voilure. Sur les conseils de la rue de Grenelle, le groupe ne fera aucune communication qui puisse inquiéter les salariés d’ici à mai 2012. Chez Renault, les relations avec l’Etat – actionnaire à hauteur de 15% – sont plus complexes, mais les mesures d’économie évoquées fin décembre par Carlos Tavares, le DG du groupe, sont repoussées de quelques mois. Elles devraient prendre effet au second semestre et non au premier comme prévu à l’origine. » Voilà où nous en sommes rendus, à la stratégie du camouflage – comme lorsque le gouvernement augmente massivement les impôts sans le dire – et sans que (toujours) les mêmes médias dominants ne le relaient trop fort. Non, vraiment, si l’UMP repassait, après cinq ans de régressions antisociales sauvages et un bilan aussi calamiteux, il y aurait vraiment de quoi désespérer. Mais que Hollande soit prévenu : si c’est lui qui est élu par défaut pour remplacer le névrosé de Neuilly, nous l’attendrons sur le front social le couteau entre les dents.

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