INTRODUCTION. Produire autre chose… autrement

Ceci est l’introduction au Tome 2 de la série Nouvelle Société. Dans le premier – « La crise de l’abondance » – nous sommes remontés quasi au déluge pour en redescendre et constater comment, vers le milieu du XXe siècle, l’humanité, presque sans s’en rendre compte, a franchi un seuil unique dans son évolution: elle a atteint l’abondance. Concrètement, il est devenu possible, hors des situations de crises exceptionnelles causées par la nature ou la bêtise humaine, de fournir le gîte et le couvert à tous les habitants de cette planète, sans efforts surhumains, mais en utilisant normalement les ressources et les techniques disponibles.

Si on regarde cette longue marche, il en ressort surtout une impression de relativement bienveillante fatalité. On ne voit pas trop comment l’humanité, étant ce qu’elle est, aurait pu bifurquer dans une autre direction. On essaye tout, puis finalement on trouve… Ainsi, cette dernière phase assez lamentable, depuis que nous avons atteint l’abondance, il y a une soixantaine d’années et n’avons réussi qu’à en tirer des inégalités croissantes devenues insupportables; il semble bien que la crise économique et financière actuelle y imposera une solution par l’absurde et que tout ce fric virtuel qu’on a créé pour que Pierre puisse écraser Paul est à se révéler une purée de citrouille. Et les douze coups de minuit sonnent déjà…

Une crise ? Tout accouchement est une crise. Dans le volume précédent, nous parlions de « métamorphose » ce qui, gémissements en moins, est bien le plus radical des accouchements, mais aucune raison de croire que celle-ci ne se terminera pas aussi pour le mieux. L’abondance, c’est ce que nous cherchions plus ou moins consciemment depuis des millénaires. Ce but maintenant atteint, il faut passer à autre chose. Comme toujours, on se recréera un projet d’éternité ou on trouvera un accommodement astucieux plus gratifiant pour vivre dans l’absurde.

Avant tout, cependant, il nous faudra faire le constat et le compte des bouleversements que signifie ce passage à l’abondance pour toutes les structures sociales et économique que nous avons mises en place depuis que nous marchons sur deux pattes et que nous vivons en groupes. Après une euphorie tempérée par le déni, l’humanité va s’apercevoir qu’il n’y a aucune de ses activités collectives actuelles qui ne doive être repensée.

Repensée à la lumière de ce simple fait que l’abondance transforme en un réseau de préférences et donc de choix ce qui, durant les siècles de pénurie, était un tissu dense d’obligations imposées par la survie. TOUT va donc changer. Il faudra s’y faire. Après le travail millénaire pour mettre au monde l’abondance, on mettra certainement quelques décennies à sortir du post-partum…

Un post-partum durant lequel, qu’on fasse, c’est encore produire qui sera au coeur de notre existence. Produire autre chose, produire autrement… mais produire ! Ce que décrit ce deuxième volume de la série Nouvelle Société, ce sont les étapes prévisibles des changements qui seront apportés pour adapter notre société à l’abondance et habituer la population à vivre dans cette société d’abondance.

La structure de ce second volume, comme du premier, est celle d’une collection de mini essais et chaque chapitre peut en faire seul l’objet d’une lecture. Il est résulte la répétition en leitmotiv de certains concepts, dont on m’a assuré qu’elle était tolérable. Mes regrets a ceux que cette redondance pourrait ennuyer. De chapitres en chapitres, j’apporte ici des points de repère. C’est en joignant les points par des traits que vous aurez une esquisse de comment l’on produira désormais. Seulement une esquisse, car je n’ai pas la prétention de créer seul une Nouvelle Société. Vous devrez y mettre du vôtre.

Nous allons voir de nouvelles règles du jeu pour produire, ainsi que les attitudes et les comportements qui conditionneront ces règles. La liste ne s’en veut pas exhaustive, car elle serait longue, fastidieuse et ce bouquin ne serait plus une collection d’essais, mais un manuel. Ces règles sont l’ossature invisible sur laquelle se développera la nouvelle structure bien visible du système de production.

Pierre JC Allard

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