Produire sur commande

Notre système de production actuel fonctionne à partir d’une présomption de boulimie dans une société obèse. On prend pour acquis que, si on lui en donne les moyens, le consommateur achètera éternellement n’importe quoi, sans égard à ses besoins. La passerelle permettant de quitter un tel système pour un autre où c’est la satisfaction qui est le but découle tout naturellement de la procédure que nous venons de voir pour connaître la demande et en est l’extension.

Lorsque le contribuable donne avis de son intention ferme d’achat à terme, on peut lui offrir le choix d’autoriser le CNAA à transmettre son nom aux fournisseurs du type de biens qu’il a l’intention d’acquérir. Il n’est pas tenu de le faire et il n’est pas indispensable qu’il le fasse, car sa demande, même anonyme, sera prise en compte dans la compilation de toutes les intentions d’achat exprimées pour un produit donné qui sera transmise aux fabricants concernés.

S’il le fait, toutefois, il en retire un avantage et la société également, puisqu’il deviendra la cible des efforts des fabricants et fournisseurs pour s’assurer sa clientèle et qu’il sera alors activement informé sur ces produits qu’il désire acquérir. Cela lui sera utile, car n’oublions pas que la publicité, dans une Nouvelle Société, quitte l’hyperbole et devient essentiellement une information. En invitant le démarchage des vendeurs pour les produits spécifiques qu’il VEUT acquérir, le consommateur retrouve le sentiment d’être dorloté par un vendeur qui s’intéresse passionnément à lui, sans être soumis a un barrage de sollicitations concernant l’acquisition de biens dont il ne veut pas

Producteurs et commerçants approcheront ceux qui auront accepté d’être identifiés comme acheteurs potentiels – acheteurs sérieux, puisqu’ils ont versé des arrhes au CNAA – et ils feront l’impossible pour les convaincre d’acheter leur marchandise. Le consommateur ainsi en contact avec les vendeurs aura l’occasion de préciser sa demande. Son intérêt pour l’achat d’un type de biens pourra vite devenir le choix du modèle bien précis d’un fabricant bien identifié. Plus seulement une petite voiture d’environ n dollars, mais une Smart décapotable, jaune, avec des banquettes blanches

Et quand il sait ce qu’il veut, pourquoi ne pas l’acheter ? Le vendeur lui consentira bien un petit avantage de plus pour conclure sa vente. Les producteurs seront avides de convaincre ceux qui se sont déjà jusqu’à un certain point commis à acheter, à se commettre définitivement en passant immédiatement avec eux et non un concurrent un contrat final, indiquant les termes et conditions de la vente.

Les conditions que les vendeurs offriront aux consommateurs seront les meilleures, chaque fabricant souhaitant conclure ainsi des ventes fermes avec un préavis qui lui permettra de déterminer son volume de production à moindre risque. Rien n’interdit d’ailleurs à un fabricant, au cours de la négociation qui va alors s’engager, d’offrir au client potentiel des conditions exceptionnelles pour le convaincre d’allonger l’échéance de livraison du produit.

Quand le fabricant en arrive à conclure une vente de bien semi-durable si longtemps avant le moment prévu pour la livraison qu’il peut ne commencer sa production qu’à partir d’un carnet de commande déjà suffisant pour garantir la rentabilité de sa production, la démarche de vente au consommateur devient une entreprise différente et les paramètre de base de la production et de sa rentabilité sont totalement transformés.

Si un fabricant peut vendre une part significative de ses produits avec une anticipation suffisante, il peut ajuster sa production à la demande, non seulement en quantité mais aussi en tenant compte des désirs spécifiques du client. Le risque inhérent aux caprices changeants du client s’estompe et, du même coup, le risque d’avoir produit pour rien ce que le consommateur ne veut pas. Le risque d’avoir privilégié, par exemple, un détail insignifiant qui devient tout à coup un désavantage marqué au moment de la vente.

Surtout, le producteur qui travaille habilement pourra finaliser ses plans de production et vendre sa production avant même d’approcher un investisseur, élément crucial dans une structure de production basée sur des projets dont nous verrons le détail ci-dessous. S’il y est parvenu, il aura alors avec ce dernier une tout autre discussion. Cette commande ferme réduit à bien peu de chose, en effet, le risque du fabricant…

Surtout quand on considère que les engagements du consommateur sont cautionnés par l’État à la hauteur de son revenu garanti et d’une marge de crédit équivalant à un facteur variable, mais toujours significatif, de ce revenu garanti. En fait, c’est une demande non seulement effective, mais cautionnée par l’Etat qu’on identifie et souvenons-nous que la faillite n’existe pas dans une Nouvelle Société.

En fixant à un montant suffisant le coût de son dédit – dont le CNAA, contre une prime, garantira aussi le paiement éventuel – le fabricant peut même obtenir du consommateur un engagement ferme, tout en conservant lui-même l’option de renoncer au projet. Cette situation n’est pas impensable ; c’est celle d’un promoteur immobilier vendant des maisons sur plan, ou d’un fournisseur d’équipement militaire faisant payer par l’État les frais de développement d’un prototype, sans devoir même annoncer à quel prix il vendra les unités produites en série. Dans le domaine des bien semi-durables, à usage civil, toutefois, c’est une nouvelle approche et qui devrait susciter chez les producteurs une béatitude confinant au satori ou à l’orgasme.

Cette approche produira une allégresse plus sereine, mais tout aussi indiscutable, chez tous ceux qui souhaitent que le système de production reprenne du service auprès de la demande. Le profit est le prix du risque. Quand le risque diminue, de même diminue la provision que doit prévoir le fabricant pour s’en prémunir et donc le prix qu’il faut exiger du client pour le produit. Produire sur commande – et largement « sur mesure » – signifie une meilleure efficacité, une plus grande satisfaction du consommateur et un enrichissement sociétal, puisqu’on met fin au gaspillage de ressources naturelles et de travail.

Pierre JC Allard

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