Quel régime pour la Grèce ?

Si certains sont convaincus qu’il nous faut maintenant envisager la sortie de la Grèce de l’euro, il est temps de s’interroger sur la pertinence de ce choix, et sur le prix que nous aurions à payer, en France, et pas seulement.

Après avoir mis la Grèce au régime « pain sec et à l’eau », on envisage en haut lieu de s’en séparer, sans tenir compte des conséquences d’un tel départ.

Pour la Grèce, ce serait évidemment catastrophique, puisqu’il y aura tout d’abord un problème d’impression des billets, ils devraient être imprimés à l’étranger, la Grèce n’ayant plus d’imprimerie pour le faire, et la Drachme serait dévalué de près de 70%, d’où la peur des grecs actuelle qui retirent leur argent des banques, afin de les transférer éventuellement à l’étranger, ce qui entrainerait la faillite des banques grecques, et la probable cessation de paiement du salaire des fonctionnaires, mais pas seulement.

Comme la Grèce importe 40% de ses produits alimentaires, c’est un chaos social qui s’annonce à l’horizon, chaos qui a déjà commencé dans le secteur du tourisme, puisque les agences allemandes ont constaté une baisse de 30% des réservations. lien

Au-delà de cette situation, le reste de l’Europe est concerné, et les experts évoquent déjà un probable effet domino.

Charles Dallara, chef de l’IIF (institut international de la finance) a constaté en effet une fuite des dépôts de la Grèce, et il a déclaré qu’une sortie de la Grèce de l’Euro serait catastrophique pour le monde entier, évoquant même un « Armageddon ». lien

En tout cas, tout en déclarant, lors du sommet européen récent, qu’il fallait tout faire pour maintenir laGrèce dans la zone euro, l’Europe se prépare pour son éventuelle sortie.

Pour la France, ce sont 50 milliards d’euros qui vont partir en fumée, puisque la Grèce, si elle sort de l’euro, ne remboursera pas. lien

Pour l’Allemagne, ce sont 86 milliards qui seront perdus. lien

Certains économistes sont convaincus que les dettes grecques pourraient s’avérer encore plus grave que lors de l’effondrement de Lehman Brothers de 2008, qui avait fait chuter le Dow Jones de 18%.

Alors que le PIB de la France était évalué en juin 2011 à près de 2600 milliards de dollars, celui de laGrèce était en 2010 de 305,4 milliards de dollars, et pour que les comptes grecs reviennent a l’équilibre, les hellènes devraient diminuer leur niveau de vie de 30 à 40%. lien

Pourtant d’autres voix se font entendre en dédramatisant cette sortie, citant l’exemple de l’Argentine, ce qui serait, selon eux, à terme la meilleure solution.

Ils pensent que de continuer à aider la Grèce est en quelque sorte une histoire de « tonneau des Danaïdes  », qui se vide au fur et a mesure qu’on les remplit.

Les nouveaux prêts ne feraient qu’aggraver un cercle vicieux en créant de nouveaux prêts toujours plus compliqués à rembourser avec à la clef, austérité, baisse des salaires, chômage, et comme on l’a vu, le creusement de l’endettement.

Une fois la Grèce sortie de l’euro, une fois passé le moment de récession, et de la dévaluation, au bout de6 mois, la situation pourrait, comme en Argentine, s’améliorer, et la production pourrait repartir dans tous les domaines, grâce à la baisse du change, ce qui pourrait faire gagner l’économie en compétitivité. lien

Ce scénario optimiste est à relativiser si l’on se souvient que l’Italie et l’Espagne, qui étaient sorti du système monétaire européen au début des années 90, n’ont retrouvé de la croissance qu’au bout de 2 ans,et l’on sait aujourd’hui que c’est loin d’être gagné pour ces pays.

Et puis, comme le rappelle Jean-Paul Fitoussi, économiste à l’OFCE : « la Grèce ne dispose pas des ressources naturelles de l’Argentine ».

En tout cas, à ce jour, l’Argentine n’a toujours pas retrouvé la confiance des investisseurs, comme l’affirme Jésus Castillo, économiste chez Natixis.

L’inflation entrainerait une baisse importante du pouvoir d’achat des ménages.

Les grecs les plus entreprenants iraient probablement chercher fortune ailleurs, privant ainsi leur pays de leur talent.

L’économiste Jacques Sapir ajoute que « de nombreuses entreprises se retrouveront asphyxiées, de nombreux contrats seront brisés avec les partenaires européens  ». lien

Et puis, il ne faut pas oublier que le parti fasciste qui a porté au pouvoir le régime des colonels est loin d’être mort, et qu’une pareille situation est propice à leur retour.

Le parti d’extrême-droite néo-fasciste « aube dorée  » espère bien pouvoir profiter de la situation, propice à leur retour au pouvoir. lien

Les élections de juin nous amèneront peut être la preuve. lien

C’est peut être le moment de se pencher sur ce qui s’est passé récemment en Islande.

A la fin 2008, l’ensemble de la dette islandaise égalait 9 fois son PIB, la monnaie s’est effondrée et laBourse a suspendu ses activités après une baisse de 76%.

Le pays avait fait faillite, et reçu un prêt de 2 100 millions de dollars, grâce au FMI, ainsi que 2 500 millions de dollars venus des pays nordiques et de la Russie.

Selon l’économiste Jon Danielsson, « il n’y avait aucune possibilité que les citoyens puissent payer un jour cette dette  ».

A la suite d’un référendum, auquel le peuple à répondu « Non » à 93% des voix, refusant le paiement de la dette, le gouvernement au complet à du démissionner.

Il était surtout constitué par « le parti de l’indépendance  », un parti conservateur, lequel n’avait récolté que 23% des voix lors des élections qui ont suivi.

Le mouvement Gauche-Vert à gagné 21,7%, l’alliance sociale-démocrate 29,8%, le parti progressiste 14,8% et le mouvement des citoyens 7,2%.

Les principales banques ont été nationalisées, et il a donc été décidé de ne pas payer la dette contractée auprès des banques de Grande Bretagne et de Hollande, dette générée par une mauvaise politique financière.

Une assemblée populaire a été crée pour réécrire une nouvelle constitution et a commencé ses travaux enfévrier 2011lien

Depuis le taux de croissance de l’Islande à grimpé à 2,1%, soit le triple de la croissance prévue en Europe en 2012. lien

Les responsables de la crise ont été emprisonnés, et ceux qui ont fuit le pays se retrouvent avec un mandat international d’Interpol à leur guêtres. lien

Car en fin de compte, qui fallait-il incriminer : le peuple, en lui imposant un régime de privation, ou les politiques et les banquiers qui étaient les seuls responsables de la situation ? lien

Les médias principaux font le black out sur cette situation exceptionnelle, et pourtant le peuple islandais est un exemple pour toute l’Europe en donnant une leçon de démocratie au reste du monde. lien

La Grèce, berceau de la démocratie, devrait s’y intéresser.

Car comme dit mon vieil ami africain : «  le rire, c’est comme les essuies glaces, il permet d’avancer, même s’il n’arrête pas la pluie  ».

L’image illustrant l’article provient de « corsicafnj.over-blog.com »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Une pensée sur “Quel régime pour la Grèce ?

  • avatar
    28 mai 2012 à 13 01 45 05455
    Permalink

    J’avais prévu aller en Grece en Juin. J’ai déplaceé vers août, pour vor comment tout ça se passera sous le nouveau régime…

    PJCA

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