Racisme décomplexé à l’UMP

Roms : des ignobles déclarations du député UMP Lionnel Luca et du Secrétaire général du parti Xavier Bertrand à la directive de la honte d’Hortefeux, la Sarkozie affiche désormais sa xénophobie au grand jour. La Commission européenne menace d’attaquer la France en justice.

Le septuagénaire incarcéré pour avoir tiré sur deux adolescentes roms venues le cambrioler, dont la libération est réclamée par des élus FN et UMP (par l’extrême droite française en somme…), a estimé qu’elles appartenaient à « une sale race ». Interrogé sur ce propos, Lionnel Luca, député UMP et vice-président du Conseil général des Alpes-Maritimes, répond : « Il a eu tort de le dire, il a le droit de le penser » (vidéo ici). Terrifiant. Y-a-t-il des raisons de penser une telle chose ? Certaines « races » sont-elles « sales », les hommes et les femmes de cette origine étant des sous-humains, nuisibles, à exterminer peut-être ? On aurait donc le droit de penser que les Roms sont « une sale race », selon cet élu de la République, en conséquence de quoi l’on aurait aussi le droit de penser la même chose des Arabes, des noirs ou des juifs, pourquoi moins que les Roms ? Vive le racisme décomplexé – quel dommage qu’on n’ait pas le droit de le dire ! – et la suprématie de la race blanche avec l’UMP !

Ainsi, le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur a signé le 5 août dernier une circulaire (reproduite ici), à destination des directeurs généraux de la police et de la gendarmerie nationales, du préfet de police et des préfets territoriaux, commençant par cette phrase : « Le président de la République a fixé des objectifs précis, le 28 juillet dernier, pour l’évacuation des campements illicites : 300 campements ou installations illicites devront avoir été évacués d’ici 3 mois, en priorité ceux des Roms. » Cette dernière expression revient à deux autres reprises dans la circulaire qui s’achève par ces mots : « concernant prioritairement les Roms ». Quatre fois donc, ce texte viole l’article 225-1 du code pénal interdisant la discrimination, définie comme « toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur appartenance ou de leur non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ». Et que déclare le Secrétaire général de l‘UMP, Xavier Bertrand, interviewé par un pugnace Jean-Jacques Bourdin sur RMC (verbatim dans Marianne) : « Ce que j’ai entendu sur cette circulaire : non aux camps illégaux et de roms quand il y en a, c’est la traduction de notre politique. J’assume tout à fait. C’est la polémique qui me choque ». Parfait : le chef du parti au pouvoir « assume tout à fait » un texte qui viole le code pénal, « traduction de notre politique » qui opère une discrimination ethnique à l’encontre des Roms. Laissons la conclusion à Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, extraite du texte Hortefeux, le racisme en circulaire, qu’il publie chez Mediapart : « Que n’avons-nous entendu, quand nous avons dit et écrit que les pouvoirs publics, et le chef de l’Etat le premier, menaient une politique ouvertement xénophobe. Nous souvenons-nous de ce cœur des vierges, la main sur le cœur, nous affirmant que jamais le président de la République n’avait voulu stigmatiser une communauté, lors de la réunion qu’il avait convoquée en son palais le 28 juillet 2010 ? Propos excessifs et scandaleux, «gauche milliardaire», etc. Pourtant, les documents sont là, écrits sous la responsabilité du ministre de l’Intérieur, faisant explicitement référence aux «objectifs précis (fixés), le 28 juillet dernier» par le président de la République. (…) Si les mots ont encore un sens, mais en ont-ils un pour Brice Hortefeux, comment qualifier autrement sa circulaire du 5 août 2010 que d’ouvertement discriminatoire ? (…) Il y a quelque chose qui va bien au-delà du scandale dans ce verbe administratif. Il y a l’angoisse de constater que d’auvergnats en maghrébins, de musulmans français forcément « accueillis » dans le pays où ils sont nés en Roms pique-assiettes de notre système social et gens du voyage forcément délinquants, se dessine le portrait d’une politique qui n’hésite pas à s’en prendre à des communautés entières sur la base de leur origine ou de leur religion. Sans éthique, sans principes, l’actuel pouvoir politique se dispense de plus en plus de faux semblants au point de mettre par écrit ce qui hante ses pensées. »

Tandis que nous rédigeons ce billet, une dépêche tombe à l’instant sur le site de France Info : Ça suffit, c’est une honte !” La Commission européenne, par la voix de sa commissaire à la Justice et aux Droits des Citoyens, Viviane Reding, hausse le ton ce matin à l’encontre de la France. Elle promet d’engager une procédure d’infraction contre Paris. » En cause justement, la circulaire raciste. Entre temps, Hortefeux l’avait fait réécrire en supprimant le ciblage explicite des Roms, invoquant une improbable explication, dans le style foutage de gueule habituel des sarkozystes (« Le mot « priorité », selon l’Intérieur lundi, n’avait « qu’un contenu chronologique, opérationnel, par rapport aux gens du voyage », en raison des « multiples déplacements de ces derniers qui participent, l’été, à de nombreux pèlerinages » , rapporte l’AFP). Trop tard pour Viviane Reding : « Je suis personnellement convaincue que la Commission européenne n’aura pas d’autre choix que d’initier des procédures en infraction contre la France », a-t-elle déclaré. Elle accuse les autorités françaises d’avoir « dissimulé l’existence d’une circulaire ciblant expressément les Roms pour les expulsions, précise une autre dépêche de l’AFPCe texte constitue une nouvelle source d’embarras pour Paris car il officialise le concept de minorités qui n’existe pas dans la loi française. Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a annoncé dans la foulée avoir signé une nouvelle circulaire « pour lever tout malentendu sur une éventuelle stigmatisation » des Roms. » Une fois n’est pas coutume, pardon pour la vulgarité : malentendu, mon cul ! « Je ne peux que regretter profondément que des garanties politiques m’ayant été données par deux ministres français soient désormais ouvertement contredites par une circulaire administrative délivrée par le même gouvernement », dénonce encore la Commissaire européenne. Rappelons enfin pour mémoire que les eurodéputés ont voté la semaine dernière, en dépit d’une majorité de droite, par 337 voix pour, 245 contre et 51 abstentions une résolution ainsi résumée sur le site de l’assemblée européenne : « Le Parlement se déclare « vivement préoccupé par les mesures prises par les autorités françaises et les autres Etats membres » et rappelle que les expulsions collectives violent le droit européen car elles constituent une discrimination fondée sur la race. Dans une résolution adoptée ce jeudi, les députés regrettent en outre la rhétorique « provocatrice et discriminatoire » de certains décideurs politiques, ainsi que le manque d’engagement du Conseil et de la Commission dans cette affaire. » Sarkozy, la honte de la France, écrivions-nous le 17 août dernier. Plus que jamais, nous persistons et signons.

PS : « Aucun gouvernement en France n’avait émis l’ordre de cibler une minorité ethnique depuis Pétain, c’est dire !, remarque Roland sur Dazibaoueb. (…) si le Canard Social n’avait pas révélé cette affaire, et hommage lui soit rendu ainsi qu’au journaliste David Prochasson, des gens qui font honneur à leur profession, c’est si rare de nos jours, si le Canard Social n’avait pas révélé cette affaire donc, nous n’en aurions pas eu connaissance. La circulaire continuerait donc à être appliquée en toute illégalité. »

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