Recherche et développement

La recherche, surtout celle qu’on appelle la recherche pure, sans objectif commercial immédiat, pose un dilemme. D’une part on veut qu’on cherche et qu’on trouve ce dont la société a besoin, mais on sait bien que ce n’est que si le but reste ouvert et largement indéterminé qu’on explorera de nouvelles voies.

Une Nouvelle Société doit dont financer la recherche dite « appliquée » pour que ce qui est découvert et est d’usage immédiat soit dans le domaine public et serve de base à toutes les recherches subséquentes, car on ne veut pas perdre de temps a réinventer la roue. Mais elle doit aussi prévoir une partie de son budget pour encourager l’inusité, voire ce qui semble saugrenu.

Le service de recherche et développement dont une société a besoin doit s’appuyer sur des chercheurs professionnels, des sociétés de recherche dont c’est la mission de chercher et trouver… et, aussi sur les « professeurs fous », car c’est de cette faune que viendra la prochain Leonard, le prochain Tesla… et il ne faudrait pas le rater…

Dans la structure administrative d’une Nouvelle Société, on prévoit un Ministère de l’Innovation. Sa principale fonction sera la révision en continu des procédures de gouvernance et d’administration, pour que la routine ne vienne pas étouffer le changement comme un plante parasite, mais son autre mission vitale sera d’être aux aguets de ce qui n’est pas l’ordinaire, le connu, le prouvé et accepté.

Cela, dans tous les domaines, pour découvrir le mythique « meilleur piège a souris au bout de la route qui ne mène nulle part »… mais aussi la cure pour le cancer a base de … Dieu seul aujourd’hui sait quoi.

Le propre de la fonction recherche dans une Nouvelle Société est qu’elle doit être diffuse, car il est peu de travailleur qui ne connaisse – sans le dire, parce qu’on ne le lui demande pas – une façon plus efficace de faire au moins l’un des tâches qu’on lui demande de faire tous les jours. Recherche diffuse… mais avec une concentration dans un plan de recherche bien précis et ouvert à tous. Une Nouvelle société aura un Plan général de recherche scientifique (PGRS)

Le Plan général de recherche scientifique (PGRS) énonce tous les besoins de recherche de la société. Il identifie des milliers d’objectifs intermédiaires qui deviennent des propositions ouvertes adressées aux chercheurs et entreprises de recherche. Chacune de ces propositions à son prix : une « prime » à la découverte. Ces primes sont proposées par les divers comités de recherche constitués par branches d’activité, conciliées en dernier ressort par un Conseil de la Recherche pour qu’elles respectent le budget global approuvé.

Toute entité qui se dédie à la recherche peut se donner pour mandat de répondre à une ou plusieurs de ces « propositions », en y affectant ses ressources à sa convenance. Si elle « trouve », à la satisfaction du Comité de recherche concerné, elle est rémunérée de la prime convenue, cédant en échange tous ses droits à l’exploitation des retombées commerciales de sa découverte. Le Comité divulgue les nouveaux protocoles de traitement et les rend accessibles à TOUS. Gratuitement. Le Conseil de la Recherche rend publique toute l’information permettant à l’industrie la production des équipements ou des médicaments découverts.

La recherche scientifique est ainsi strictement séparée de la production, pour éviter de susciter une demande artificielle. Celui qui fait la recherche est rémunéré au moment où la découverte est faite. « Produire les pilules », si on peut prendre cet exemple, n’est pas une opération très lucrative, puisque les brevets sont accessible à tous et que l’État est souvent en position de monopsone.

Divulguant tout, on facilite la recherche des objectifs intermédiaires en aval de ceux qui ont été atteints – et c’est bien ainsi que les choses doivent être – mais il faut tenir compte de ce phénomène pour fixer avec la sagacité requise le montant relatif des primes rattachées à chacun des objectifs. Il ne faut pas qu’en mettant trop l’accent sur des objectifs éloignés on incite les chercheurs à ne pas divulguer leurs premiers résultats pour protéger l’avantage concurrentiel que leur donne l’information préalables dont ils sont pour un temps les seuls à disposer.

Au moment d’établir le Plan de Recherche et de fixer la valeur des primes, le Conseil écoute avec attention les recommandations de l’industrie et des chercheurs. Il est vigilant, toutefois, car il faut naturellement éviter que les budgets soient affectés pour venir récompenser des efforts certes louables -mais dont les retombées concrètes sont modestes – au détriment de l’impulsion qu’il faut donner à la recherche de véritables nouveautés qui exigent des investissements initiaux plus lourds ou des risques plus grands.

Des risques considérables et qu’une Nouvelle Société veut que ce soit des entrepreneurs et leurs investisseurs qui encourent. C’est le rôle du privé et non du public de courir la grosse aventure. L’espérance d’un colossal profit à réaliser peut inciter le secteur privé à consentir des investissements et à courir des risques qu’il serait incorrect pour l’État de même proposer à la collectivité. Pour que le privé le fasse, il faut que les primes fixées soient vraiment incitatrices.

On n’offrira pas pour la cure miracle du cancer du poumon, par exemple, une prime égale au profit que pourrait en tirer celui qui aurait découvert cette cure et en ferait l’exploitation, parce qu’il y a un déséquilibre des forces, entre offre et demande qui équivaut à une forme de chantage. On veut faire disparaître ce chantage, en mettant fin à cette approche de financer la recherche par la vente du produit qui en découle. On ne donnera pas tant…. mais on donnera beaucoup. Trouver cette cure vaut des milliards.. Il faut que l’investisseur qui finance une recherche y voit l’occasion d’un profit commensurable à son risque.

Rien n’interdit de chercher hors des cadres du PGRS. On peut s’en écarter à tous les carrefours. Mais il est bon de savoir qu’il existe au milieu de la grande forêt une large route bien balisée qu’on petr retrouver quand on est perdu…

Pierre JC Allard

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