Reconstruire Haïti; un ménage à trois ?


JEAN PIERRE BONHOMME
La plus grande catastrophe que notre hémisphère a subie est incontestablement celle qui a ruiné Haïti. Nous connaissons tous les faits : les maisons sont disparues et les citoyens vivent sous la tente. Il faut donc ‘faire quelque chose’ comme on dit.

Or, comme dans toute circonstance pareille, le renouveau, le rayon de soleil surgit différemment selon les disponibilités de l’aide internationale et selon l’astuce des aidants. Il ne suffit pas d’aider; il faut savoir aider. La catastrophe des inondations au Pakistan, par exemple, est d’une telle envergure que seules les Nations-Unis pourront intervenir et orchestrer le rétablissement.

La situation d’Haïti est un peu particulière. Haïti est un pays de langue française où le créole,  issu du français, occupe une place. Le tout caractérise la culture. Haïti, n’est pas, comme les Bermudes, ou Porto Rico, ou la Jamaïque, dans l’orbite du monde anglo-saxon.

Aussi, pour être efficace, l’aide étrangère doit-elle pouvoir se faire comprendre des sinistrés; elle doit travailler avec eux, vivre avec eux et enseigner avec eux.

La prise en charge des événements, après le tremblement de terre, a été largement faite par le monde anglo-saxon : les États-Unis ont pris charge des communications, d’abord, et le Canada – sa partie anglaise surtout, a suivi. La France, elle, a joué un petit rôle : celui d’observateur, plus ou moins, et d’aidant dans le domaine de la médecine.

Dans l’état actuel des choses il n’est pas certain que l’organisation générale du rétablissement national haïtien soit clairement définie. En tout cas on cherche une présence déterminante qui opérerait, avec les haïtiens,  une belle résurrection.

La reconstruction, avec les Haïtiens, en tout cas, ne pourra se faire sans une présence forte, sans une orchestration bien acceptée, bien comprise par la population.

Il faut rappeler ici que les Québécois ont une longue expérience sur le terrain haïtien. Ce sont les  communautés religieuses du Québec, nombreuses et bien formées, qui ont donné à Haïti le coup de pouce pour sa survie culturelle. Et cela parce qu’elles étaient bien ‘comprises’ par le peuple.

Par ailleurs la France a contribuée, elle aussi, a maintenir un certain esprit d’espoir.

Il paraît naturel, ainsi, que la France et le Québec soient bien présents au sommet du groupe qui planifie, avec les Haïtiens eux-mêmes, la nouvelle ville, les nouveaux villages du pays. Davantage que maintenant. Il est incompréhensible que la France ne joue pas un plus grand rôle dans cette pénible aventure. C’est elle, du reste, qui se trouve à la racine de ce qui se passe. Les États-Unis, quant à eux, devraient avoir l’humanisme de savoir qu’ils doivent laisser une place à d’autres, parfois, sur l’échiquier des Caraibes!

Et le Canada lui-même devrait avoir la même grandeur d’esprit pour laisser aux Québécois l’occasion de poursuivre leur action humanitaire sans contrainte.

En tout cas il tarde le moment où les universitaires de France et du Québec dialogueront avec Haïtiens sur la manière de reconstruire la ville. Ce ne sont pas les architectes et les aménagistes qui manquent en ces deux contrées : qu’ils prennent leur place, en jouant du coude s’il le faut, et que cela se sache.

Que cela se produise sous un chapeau de l’ONU ou autrement n’a que peu d’importance pourvu que cette action, toute naturelle, soit entreprise.

Jean Pierre Bonhomme

Cet article de   reprend verbatim son texte publié le  .  Rien n’a changé !

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