Relire Keynes

Arès que les Administrations US successives aient mis en place les stimuli les plus conséquents depuis la période Roosevelt et depuis le New Deal, voilà donc le déficit annuel des Etats-Unis qui atteint 1’500 milliards de dollars – soit près de 11% du P.I.B. – et ce sans espoir d’amélioration jusqu’à 2014 au moins. En dépit des sommes colossales dépensées et injectées, la croissance du pays – réduite de moitié depuis le début de l’année – atteint péniblement 2.4% en base annualisée dans un contexte où rien ne semble enrayer un chômage qui se maintient   insidieusement autour des 9.5%… Au même moment, la Grande Bretagne subit un chômage moins important – de 8% – alors même que son déficit est plus élevé (11.5% de son P.I.B.) tandis que l’indice des demandeurs d’emploi atteint 10% en France malgré un déficit inférieur de 7.5%… 

Quant au meilleur élève Européen – voire du monde -, à savoir l’Allemagne, elle constate un retour du nombre de ses sans emplois au niveau ayant précédé la crise (soit à 7%) tout en affichant un déficit de 5% qui devrait encore baisser dans les mois à venir. L’Allemagne, qui voit ses exportations augmenter de 14% et ses importations progresser de 17%, ne constitue donc pas un fardeau pesant sur l’économie globale et reste un des rares pays de ce monde à jouir d’une croissance stable et constructive. Il se pourrait bien donc qu’ en définitive les pourfendeurs des déficits et défenseurs de l’austérité aient raison. Le cas Allemand prouve en effet que la rigueur mène à l’emploi et que, en creux et comparativement aux nations évoquées précédemment, la boulimie dépensière et autres stimuli Keynésiens ne se traduisent pas nécessairement en amélioration du chômage!

En réalité, l’application des théories Keynésiennes est strictement inefficiente en période où les taux d’intérêts sont globalement proches du zéro absolu. De plus, quel chef d’entreprise ou consommateur se lancerait-il aujourd’hui dans des dépenses inconsidérées alors que l’histoire que racontent nos déficits nous laisse le choix entre plus d’inflation ou plus d’impôts à payer? En fait Keynes en personne nous le disait en substance au Livre III de sa « théorie générale »: les stimuli peuvent paradoxalement déboucher sur une réduction des investissements privés car les individus ont tendance à moins dépenser et à moins consommer en période de stimuli ». Aujourd’hui, les adeptes inconditionnels, voire forcenés, de Keynes devraient peut-être le relire?

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