Relire Keynes

NDLR: ARTICLE PUBLIÉ LE 20 AOÛT 2010

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Arès que les Administrations US successives aient mis en place les stimuli les plus conséquents depuis la période Roosevelt et depuis le New Deal, voilà donc le déficit annuel des Etats-Unis qui atteint 1’500 milliards de dollars – soit près de 11% du P.I.B. – et ce sans espoir d’amélioration jusqu’à 2014 au moins. En dépit des sommes colossales dépensées et injectées, la croissance du pays – réduite de moitié depuis le début de l’année – atteint péniblement 2.4% en base annualisée dans un contexte où rien ne semble enrayer un chômage qui se maintient   insidieusement autour des 9.5%… Au même moment, la Grande Bretagne subit un chômage moins important – de 8% – alors même que son déficit est plus élevé (11.5% de son P.I.B.) tandis que l’indice des demandeurs d’emploi atteint 10% en France malgré un déficit inférieur de 7.5%…

Quant au meilleur élève Européen – voire du monde -, à savoir l’Allemagne, elle constate un retour du nombre de ses sans emplois au niveau ayant précédé la crise (soit à 7%) tout en affichant un déficit de 5% qui devrait encore baisser dans les mois à venir. L’Allemagne, qui voit ses exportations augmenter de 14% et ses importations progresser de 17%, ne constitue donc pas un fardeau pesant sur l’économie globale et reste un des rares pays de ce monde à jouir d’une croissance stable et constructive. Il se pourrait bien donc qu’ en définitive les pourfendeurs des déficits et défenseurs de l’austérité aient raison. Le cas Allemand prouve en effet que la rigueur mène à l’emploi et que, en creux et comparativement aux nations évoquées précédemment, la boulimie dépensière et autres stimuli Keynésiens ne se traduisent pas nécessairement en amélioration du chômage!

En réalité, l’application des théories Keynésiennes est strictement inefficiente en période où les taux d’intérêts sont globalement proches du zéro absolu. De plus, quel chef d’entreprise ou consommateur se lancerait-il aujourd’hui dans des dépenses inconsidérées alors que l’histoire que racontent nos déficits nous laisse le choix entre plus d’inflation ou plus d’impôts à payer? En fait Keynes en personne nous le disait en substance au Livre III de sa « théorie générale »: les stimuli peuvent paradoxalement déboucher sur une réduction des investissements privés car les individus ont tendance à moins dépenser et à moins consommer en période de stimuli ». Aujourd’hui, les adeptes inconditionnels, voire forcenés, de Keynes devraient peut-être le relire?

3 pensées sur “Relire Keynes

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    20 août 2010 à 7 07 27 08278
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    @ Michel Santi

    Le cas Allemand prouve en effet que la rigueur mène à l’emploi et que, en creux et comparativement aux nations évoquées précédemment, la boulimie dépensière et autres stimuli Keynésiens ne se traduisent pas nécessairement en amélioration du chômage

    Il est intéressant de noter qu’en 1920-21, les États-Unis ont connu un dépression aussi sévère que celle de 1929 qui fît chuter le PIB de 24% et fît plus que doubler le nombre de chômeurs, de 2.1 millions à 4.9 millions.

    Fort heureusement à l’époque, Keynes n’avait pas encore publié sa théorie générale. Le Président Warren Harding a donc fait tout le contraire des prescriptions keynésiennes: Il a coupé les dépenses de moitié de 6,3 à 3,2 milliards$ et a réduit les taxes fédérales de 6,6 à 4 milliards $. Aucun sauvetage d’entreprises en difficulté, pas de projets de travaux publics.

    Après 18 mois, le PIB était remonté à 74,1 milliards $ et le nombre de chômeurs était tombé à 2,8 millions (6,7% de la main d’oeuvre).

    Il semble qu’Angela Merkel est une des rares personnes dans la sphère politique qui ait tiré une leçon de la dépression de 1920-21. Elle a appliqué sensiblement les mêmes politiques que Harding et les résultats parlent pour eux-mêmes. La meilleure cure pour une récession est le laisser-faire.

    En fait Keynes en personne nous le disait en substance au Livre III de sa « théorie générale »: les stimuli peuvent paradoxalement déboucher sur une réduction des investissements privés car les individus ont tendance à moins dépenser et à moins consommer en période de stimuli ».

    Considérons plutôt que les politiques keynésienne produisent l’incertitude de régime et un effet de « crowding out » qui étouffent l’investissement privé.

    Aujourd’hui, les adeptes inconditionnels, voire forcenés, de Keynes devraient peut-être le relire?

    J’ai une meilleure suggestion: enterrons toutes les copies dans le fond d’une mine et oublions-la.

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    21 août 2010 à 2 02 58 08588
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    En 1991 le monde capitaliste se « pétait les bretelles » en disant qu’il était maintenant « prouvé » que la notion « socialiste » ne pouvait pas fonctionner.

    Nous sommes aujourd’hui, 19 ans plus tard. Est-ce que le « capitalisme » passera le cap de la 20e année?

    Il est évident que la question est pertinente actuellement. La réponse peut encore être: Oui…

    …parce que je n’ai pas placé le cap à 25 ans.

    La question est de savoir si le pas suivant sera une « régression » dans l’évolution humaine, ou si nous trouverons un « remplacement » adéquat pour poursuivre notre évolution.

    Je pense que la situation parviendra à s’équilibrer d’elle-même et que ce qui est nocif à cette évolution sera éliminé; mais je ne sais pas du tout comment cela pourra se produire.

    Ce ne sera certainement pas le résultat d’une décision humaine, de cela je suis certain. L’équilibre obligera les humains à s’installer dans la niche qui leur convient. C’est le mieux que nous puissions espérer, je pense.

    André Lefebvre

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    21 août 2010 à 19 07 45 08458
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    À M. David d’abord, la mémoire est bien sélective… La politique du ‘laissez-faire’ et de couper le budget fut désastreuses sous Hoover, le chômage atteignant des sommets inégalés et qui clamait que la reprise de la prospérité était au coin de la rue… («Prosperity is just around the corner»). Ou encore celle du chancelier allemand Bruening qui grâce à l’article 48 des pleins pouvoirs put implémenter la politique de déflation si prisés des banquiers, coupe des salaires, coupe budgétaire, etc. avec une augmentation sans précédant du chômage, ce qui créa l’une des conditions de la prise du pouvoir par les nazis, avec le ministre des Finances Schacth, si proche des milieux New Yorkais et Londonien (les Dulles, Harriman, Schroeder, etc.) qui purent à leur tour imposer la politique si cher au pronazi Montagu Norman, chef de la banque d’Angleterre, de couper les salaires, détruire les syndicats, augmenter le nombre d’heures et envoyer les récalcitrants dans les camps de concentration; c’est cela la «réussite» de la baisse du chômage allemand : on parle d’autoroute, mais l’écrasante majorité de l’investissement public fut dans le militaire avec pour conséquence logique la guerre (on ne fait pas pousser des carottes avec des tanks…). Et à noter que le régime paya toutes les dettes commerciales du plan Dawes(1924) et Young (1929) rubis sur l’ongle jusqu’en mai 1945, qui généra la dette triangulaire –USA, Allemagne, UK, FR et les accords des cartels internationaux comme IG Farben et la Standard Oil…

    M.Santi, effectivement, il faut bien relire Keynes, mais aussi le New Deal de FD Roosevelt!! Keynes était un bon monétarisme de l’empire anglais et ne cherchait pas du tout à instaurer les conditions pour améliorer les conditions de vie des travailleurs, mais de comment revenir à un climat qui soit favorable au profit du capital (monétaire, s’entend). Il n’était pas partisan du laissez-faire monétariste, mais du dirigisme monétariste, en opposition au «protectionniste» du système américain d’économie (Alex. Hamilton, Henry Clay, Mathew et Henry C.Carey, Peshine Smith, Lincoln, Stephan Colwell) reprit par FD Roosevelt, Henry Wallace, France Perkins, etc. et aux socialistes de tous acabits. Pour Keynes, il espère avoir les taux d’intérêt si faibles que cela entrainera l’investissement privés à repartir et une légère hausse des prix, ce qui fera baisser le pouvoir d’achat des travailleurs et augmenter par conséquent le profit! Car pour Keynes, il ne s’agissait aucunement de relancer la consommation en augmentant le pouvoir d’achat des travailleurs (ie en augmentant les salaires), mais de relancer la consommation en incitant, par des méthodes psychologiques (ie propagande), à ne par épargner, mais à dépenser dès maintenant, car il avait observé que les gens en temps de crise économique, avaient la mauvaise tendance à trop épargner… Il se réjouissait de voir qu’on pouvait quitter le pouvoir d’achat par un peu d’inflation, car la baisse directe des salaires provoquerait des remous (â moins d’avoir un Hitler ou un Franco à porter de la main…). Cela contraste totalement avec les New Dealers qui passèrent le «Wagner act» facilitant la syndicalisation et l’augmentation des salaires, car on jugeait que la crise n’en était pas une de surproduction comme les libéraux le pensent aujourd’hui, mais de sous-consommation (et durant les années 20, si reprise il y avait à Wall Street, les conditions pour les fermiers furent très mauvaises, alors parti importante de la population active)
    De plus, pour qui a lu le livre, ils se rendront compte que jamais Keynes ne parla d’investir dans les infrastructures, car pour lui, les infrastructures, les niveaux de qualifications, les techniques existantes sont des facteurs qu’on ne peut changer dans le cours terme et donc l’État ne peut pas intervenir sur ces variables «indépendantes» : seulement jouer sur les taux d’intérêt, encourager la consommation, etc.
    Donc, M.Santi, le New Deal n’a rien avoir avec cela, car l’une des fondations clés du New Deal fut en autre l’investissement d’infrastructure physique réelle et nécessaire (pas payer des gens à creuser des trous comme le mentionne Keynes…) : les grands projets hydro-électriques pour transformer le territoire, en électrifiant les campagnes que le monopole JP Morgan qui finança les fascistes comme Mussoloni, n’avait jamais faites puisque pas assez rentable à son goût… Le fameux Tennessee Valley Authority (TVA), qui électrifia et éduquât dans son processus bien des travailleurs (facteur que Keynes dit qu’on ne peut changer… sic). Sans ces grands projets d’économie physique réelle (et non pas de l’argent imprimé pour sauver des torchons de produits dérivés de paris spéculatifs complètement inutiles à la vie des hommes, à moins bien sûr d’être un prof d’Havard ou un impérialiste libéral à la Niall Ferguson et de croire à la «valeur ajoutée » des produits dérivés, à «l’innovation financière» – comme si toute innovation était forcément bonne…), l’effort de guerre subséquent n’eut possible à si grande échelle.

    Comment donc mélanger les «stimulis» Bush-Obama avec le New Deal M.Santi??? FD Roosevelt fit un moratoire sur les banques pour séparer les bonnes dettes (celle des entreprises et des particuliers) et celles des spéculateurs; l’argent émit fut orienter vers des grands projets (et des jobs moins qualifiés comme planter des arbres, c’est vrai aussi) et non pas pour sauver les banques qui ont eux-mêmes créé la crise en spéculant dans le casino mondial et qui avec ce même argent des «bail outs» continus à spéculer comme un Goldman Sach, et maintenant sur la nourriture!!! Effectivement, c’est très vulgaire ces «stimulis», on endette les États pour sauver cette racaille de la finance pour ensuite se faire dire qu’il faut accepter l’austérité, qu’il n’y plus d’argent pour la santé et les vieux qui coûtent cher, pour les pensions, etc. Et le comble, c’est que la banque européenne prête à faible taux d’intérêt pour que la même racaille prête à l’État endetté qui doit aller sur les marchés… Vive la Banque Nationale! Vous dites que l’Allemagne s’en sort bien avec les coupures et aucun ne programme de stimuli : mais M.Santi, la monnaie de l’Allemagne, c’est l’Euro : et la banque européenne ne fait aucun stimuli financier peut-être??? Et l’argent le «bail out» à la Grèce, ne servit-elle pas à payer les banques françaises et allemandes, autrement en faillite??? Et qu’impose-t-on à la Grèce, à la Roumanie, etc. en faveur des prêts du FMI? Les mêmes politiques qui ont ruiné l’Argentine, qui on retourné la Mongolie à l’état primitif, qui appauvri le Mexique depuis 30 ans (avec le libre-échange au Mx : plus d’inégalité et moins de croissance!) ou laisse l’Afrique dans un état déplorable, des baisses de salaires et des retraites, coupes claires dans la fonction publique, zéro investissement dans les infrastructures, réduisant la productivité de tous les acteurs individuels (un entrepreneur en Afrique où il manque d’électricité, même s’il a tout l’intérêt égoïste du monde pour faire du cash, n’a pas les mêmes opportunités qu’un entrepreneur d’ici) et bien sûr les privatisations à rabais.

    Il faut vraiment être capable de distinguer entre le capitalisme industriel et financier : c’est ‘stimuli’ sont littéralement de la pure finance qui n’a rien à voir à la tradition américaine, rien à avoir avec le New Deal. C’est un peu comme les gens qui pensent que le plan Marshall fut seulement de l’argent prêter à l’Europe, alors qu’il fut un plan conscient de réindustrialisations de l’Europe qui fonctionna fort bien malgré que cela ne fut pas laisser à la pure «main du marché invisible» (et le TVA servit d’exemple à bon nombre de pays, dont la France). Donner de l’argent à l’Afrique ne sert à rien si ce n’est pas conçu comme un plan d’industrialisation, mais le libre-échange actuel, en favorisant ces pays dans leurs «avantages comparatifs», la vente de matière première, les spécialise en fait dans la pauvreté. Mais Keynes n’aurait sûrement pas eu aucun problème à enfoncer ces pays dans la pauvreté, après tout, ne faut-il pas empêcher les plus faibles de se reproduire? Quoi, vous ne saviez pas que Keynes, comme à peu près toute l’élite «libérale» impériale britannique, fut un eugéniste convaincu au point d’occuper la présidence de la société eugénique anglaise de la fin des années trente jusqu’en 1944? Et oui, son économiste favori étant Malthus (faut pas aider les pauvres, car sinon se reproduiront comme des lapins, et en plus, très commode pour avoir des faibles salaires ; le concept d’espace vitale d’Hitler découle directement de Malthus) et grand admirateur de Galton, père de l’eugénisme ?

    Voir Robert Skidelsky, dans John Maynard Keynes : 1883-1946 : Economist, Philosopher, Statesman.

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