Repenser la monnaie

GILLES BONAFI

Face aux nombreux questionnements concernant un de mes articles, je fais ici une pause concernant l’économie chinoise que je reprendrai plus tard.
La science économique est aujourd’hui en crise. Ses grandes lois édictées avant l’apparition de l’ingénierie financière, de l’informatique, du trading quantique ne sont plus valables.

Voici 3 vidéos qui expliquent la relation de la monnaie avec l’inflation, dans lesquelles la formule MV=PQ est étudiée. La grande doxa monétariste…
J’ai ainsi mis en ligne ces vidéos suite aux nombreuses questions sur la façon dont les économistes mesurent l’inflation. Les sites Agoravox, Alterinfo et surtout Yahoo actualité ont en effet publié mon analyse intitulée exponentielles chinoises, économie et psyché.

Voici donc trois vidéos qui reprennent les fondamentaux sur la monnaie. Je ne laisse aucun commentaire dans un premier temps car j’attends d’abord vos réflexions et analyses que je publierai.

 

Un débat doit s’engager afin d’avancer sur ce point précis, car, notre conception de la monnaie doit être désormais dépassée. A vos plumes donc…

Pour ouvrir le débat, voici une analyse intéressante qui permet de mieux situer le problème. Elle est publiée sur le blog de L’Institut Coppet qui reprend les écrits de Carl Menger sur la problématique de la monnaie.
En voici de brefs extraits qui mettent en valeur les points qui me semblent clés :

LA MONNAIE MESURE DE VALEUR
Revue d’économie politique, Vol. VI (1892)
« Suivant la doctrine régnante, la fonction primitive et principale de la monnaie consiste à mesurer la valeur d’échange des biens d’après sa propre valeur d’échange. On estime donc que la valeur de l’argent est une grandeur connue, tandis que celle des autres objets d’échange doit être déterminée en la mesurant par la première.
La constatation du fait que la valeur de l’argent lui-même n’est pas une grandeur fixe, mais diffère et varie suivant les temps et les lieux, a fait voir dans la monnaie une mesure très imparfaite ; aussi en a-t-on cherché de moins variables, le travail, par exemple, ou le blé et récemment d’ingénieuses combinaisons de monnaie métallique et fiduciaire, enfin des groupes de biens plus ou moins nombreux. Ce progrès n’a pas changé l’opinion sur l’objet qui nous occupe. On admet toujours que le quantum de valeur renfermé dans la marchandise est une grandeur inconnue qui doit être mesurée par le quantum de valeur renfermé dans le numéraire, lequel resterait une grandeur connue, bien que variable.
Cette opinion, d’importance extrême, repose sur deux erreurs dont la rectification préliminaire est indispensable à la conception positive de la monnaie en tant qu’elle sert à mesurer la valeur :
1° l’idée qu’une certaine valeur d’échange est un quantum déterminé inhérent à chaque bien individuel ;
2° l’idée que ce quantum supposé inhérent à chaque bien peut être mesuré par le quantum de valeur renfermé dans l’unité monétaire…
 Le problème réel.
Le rôle de l’argent dans la mesure des valeurs a été mieux compris par le monde des affaires, par la jurisprudence et par les économistes voués à la pratique plutôt qu’à la spéculation. Ceux-ci trouvent bien la valeur des marchandises dans l’objet qu’on donne en échange, — dans la somme d’argent payée pour les obtenir ; — et trouvent dans la grandeur variable de ces équivalents la mesure des variations de cette valeur…
L’idée tellement dominante dans notre science d’un prix fixé par les conditions du marché, auquel on pourrait indifféremment acheter ou vendre, est donc une illusion dont l’expérience fait prompte justice…
Cette manière de voir comporte naturellement l’obligation d’étudier inversement la valeur extrinsèque de la monnaie (exprimée en marchandises), son essence, sa mesure et ses changements. Ce problème a été soulevé récemment de plusieurs côtés, mais on ne saurait méconnaître que la notion de la valeur d’échange extrinsèque manque généralement de clarté et de précision dans ses applications au numéraire. C’est que la valeur du numéraire exprimée en marchandises ne change pas seulement avec les temps et les lieux, mais qu’elle varie encore en diverses mesures et même en divers sens d’après l’espèce de marchandise qui sert à l’exprimer. Et encore l’expression de la valeur de l’argent en une certaine marchandise (en fer, en blé ou en charbon) ne nous est que d’une petite utilité, chacune des marchandises ayant ses propres variations…
Les causes qui déterminent les fluctuations des prix tiennent, les unes aux marchandises, d’autres à l’argent lui-même, d’autres enfin influent simultanément sur les deux termes. Il faut donc se demander quelle est la part de l’argent dans le mouvement des prix. C’est le problème de ce que nous appelons — faute d’un terme plus adéquat — celui du mouvement de la valeur intrinsèque de la monnaie. »

 

Le blog de L’Héritique reprend d’ailleurs les idées de l’école autrichienne sur la monnaie et donne des pistes à approfondir.

« Thierry Aimar sans les apports de l’école autrichienne d’économie, après la praxéologie, aborde la genèse de la monnaie et la problématique de la formation des marchés.
Thierry Aimar aborde tout d’abord l’échange bilatéral direct, c’est à dire la situation de troc. On a vu que l’ignorance des acteurs économiques était une conséquence du modèle praxéologique, puisqu’il est impossible, dans ce modèle, de connaître quoi que ce soit du futur, donc d’anticiper.

La situation d’échange bilatéral réduit cette ignorance puisqu’elle permet aux acteurs de déterminer approximativement l’appréciation que chacun se fait de la quantité de biens échangés, tout du moins, au moment de la transaction.

L’inconvénient, c’est que l’acteur n’a aucun moyen d’évaluer la préférence et la valeur que d’autres acteurs vont ensuite accorder à des biens par la suite. Il y a donc un phénomène de dispersion du savoir.

Toutefois, en multipliant les transactions, en marchandant et en négociant, les interlocuteurs, par un processus d’essais et d’erreurs peuvent petit à petit cartographier les intérêts de l’un et de l’autre. Dans une économie de troc, et pour une zone limitée, il est donc envisageable que se forme un marché par tâtonnements réciproques.
Les choses se compliquent avec l’apparition de la monnaie, qui est un bien intermédiaire pour échanger, dont la particularité, fort pratique, est d’être bien plus liquide que le bien ordinaire moyen. Ce bien permet de rationaliser et de relier les différentes cartographies issues des échanges bilatéraux et favorise donc l’émergence d’un marché défini comme l’ensemble des échanges inter-personnels directs.

Mises distingue la praxéologie dont le champ est l’économie au sens large, et la catallaxie qui analyse les actions uniquement sur la base de calculs en monnaie.
La catallaxie n’est nullement le fruit d’un contrat entre individus, et pas davantage l’émanation d’un pouvoir supérieur, mais simplement l’expression de la coopération entre individus. Le marché naît donc de l’inter-action des stratégies individuelles.

Toute la problématique d’un économiste comme Hayek, c’est justement de reconstituer le processus par lequel un ensemble d’actions humaines peut produire un ensemble cohérent et des structures durables. La médiation de la monnaie est à cet égard révélatrice : elle est le produit naturel de de l’économie humaine. Ce que Mengler appelle une institution organique, c’est à dire nullement planifiée, mais au contraire, se révélant à elle-même par le jeu de l’échange. Chaque agent cherchant à à élargir son horizon finit par sélectionner une catégorie de biens acceptables par quiconque dans l’échange.

La difficulté théorique qu’engendre le modèle praxéologique, ce n’est pas dans l’échange qu’on la trouve, mais dans la représentation du marché : par quelle procédure les acteurs d’un échange connaissent-ils la demande exprimée par un tiers si aucun échange direct ne s’est produit avec ce dernier ?

Et comment les agents peuvent-ils disposer d’une information dispersée et évolutive qui ne peut être acquise par l’introspection (catégories logiques de la praxéologie) ni par l’apprentissage issu de l’échange direct ? Mises suppute que la raison prélude aux processus sociaux, et que dans cette optique, l’association et la division du travail sont consubstantiel ou quasiment à la formation de la société humaine.Mais la connaissance des stocks de biens à écouler devrait préexister à la division du travail. Or, les individus sont bien trop hétérogènes pour pouvoir déterminer praxéologiquement (ou empiriquement)  leurs préférences et leurs connaissances.

Subséquemment, comment les prix de marché peuvent-ils se former, puisque pour que cela soit possible, l’information incorporée dans les prix de marché devrait être accessible à tous. Or, s’il existe bien une somme totale de la connaissance du marché, elle n’existe jamais autrement que sous forme dispersée et parfois contradictoire.

Ces interrogations sans réponses amènent Hayek à mettre en avant que des hypothèses extérieures, mais non contradictoires doivent être ajoutées à la logique pure des choix, telle que l’édicte la praxéologie. Ni plus ni moins, cela revient à réintroduire des données empiriques dans l’analyse : or, si l’étude de l’échange marchand ne relève pas uniquement de catégories a priori, quelle va être la légitimité d’hypothèses auxiliaires ?

Hayek (peut-être inspiré par Popper) réintroduit la démarche empirique mais uniquement aux fins de vérifier la falsifiabilité ou non d’une théorie. Il doit exister une référence empirique permettant non de fonder, mais de tester les conclusions d’une théorie. La question étant bien  sûr de déterminer les référents empiriques. »

Gilles Bonafi

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