Retraites : une bataille de civilisation

Nous citions hier l’économiste Jean-Marie Harribey, enseignant à l’Université de Bordeaux et ancien co-président d’Attac France, auteur d’une vigoureuse réfutation des mensonges UMPistes à propos des retraites, sur le site de contre-propagande Retraites-2010.fr.

Il commente les inepties contenues dans le Document d’orientation des retraites gouvernemental, comme par exemple cette perle : « L’augmentation de la durée d’activité, à travers la durée de cotisation ou l’augmentation de l’âge de la retraite, améliorera nécessairement le taux d’emploi des seniors« . « Nécessairement » ? Harribey objecte, caustique : « Ah ? Avec quels emplois ? Méthode Coué ? Seraient-ce les travailleurs qui décideraient de la création d’emplois parce qu’ils désireraient travailler jusqu’à 70 ans ? » Puis, à la fin de son article, il prend de la hauteur pour resituer le débat exactement là où il est, contrairement à ce que prétendent ces menteurs hypocrites qui vont nous imposer l’injustice de la loi des privilégiés : le dossier des retraites n’est pas économique, ni démographique, il est politique.

C’est la redistribution des richesses qui est en cause. Les moyens financiers, dans une France qui n’a jamais été aussi riche, ne manquent pas ; il faut simplement vouloir les utiliser, ou bien toujours taper sur les plus modestes. C’est évidemment cette voie que choisit l’Union pour une Minorité de Privilégiés, avec le culot d’appeler ça du courage. Le courage, le vrai, est de s’attaquer aux puissants. Et à l’aune de ce critère, nous avons au pouvoir une belle cohorte de lâches. Tel Frédéric Lefebvre, inénarrable porte-parole du parti de la minorité gouvernementale, qui parle d’ « une réforme courageuse et juste« , après Xavier tête-à-claques Bertrand et François Fillon. Jean-Claude Mailly, patron de Force ouvrière, les reprend de volée sur le mot : « Il faut le courage d’expliquer que oui, il y a une crise due au libéralisme économique, oui il faut changer le modèle y compris en matière de retraites, mais ce courage-là, le gouvernement ne l’a pas« .

Jean-Marie Harribey si, qui explique clairement l’enjeu de ce dossier, dans la perspective plus large de la guerre sociale qu’ont déclaré aux peuples les oligarchies capitalistes mondiales. « L’objectif pour la classe dominante est de faire payer la crise aux travailleurs pour rassurer les marchés financiers, analyse-t-il. Après avoir transféré des montagnes de dettes privées vers la collectivité, via des déficits publics gigantesques, il convient de rétablir la rentabilité du capital en pressurant un peu plus les travailleurs et la grande majorité des populations. Peu à peu, des plans d’austérité de plus en plus sévères sont imposés par les gouvernements et le FMI*, comme en Grèce et progressivement dans tous les pays. (…) Alors que les conditions de l’autonomie individuelle et de l’émancipation sont anéanties par les contre-réformes, la bataille pour les retraites est une bataille de civilisation. »

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