Riche comme Jobs

Image Flickr par secretagent007

Suite à la disparition du génial informaticien, une pluie de louanges, et des tonnes de larmes se sont déversées, et pourtant, tout n’est pas si rose dans le monde de la Pomme.

Un autre Job, personnage mythique de la bible était si pauvre qu’il a donné naissance à une expression qui résumait tout. : « Pauvre comme Job  ».

D’après la Bible, ce Job là, qui était riche et puissant, perdit en une journée sa femme, ses enfants, ses biens, puis sa santé, gardant malgré tout une foi inébranlable. lien

Tout à l’opposé du créateur de l’iPad, de l’iPhone et du reste, qui nous a quitté, frappé par un cancer, à l’âge de 56 ans, avec un épais matelas de billets.

Sa fortune estimée à 7 milliards de dollars le plaçait au 39ème rang des personnalités les plus riches des Etats-Unis. lien

Il faut dire que le succès de l’entreprise menée est incontestable, à plus d’un niveau.

100 000 dollars investis au moment du retour d’Apple valaient 10 ans après 3,6 millions. lien

Bien sur, si on ne peut en vouloir à Steve Apple d’être devenu milliardaire, et si on ne peut que se réjouir des innovations dont il est à l’origine, il faudrait quand même se pencher sur les pratiques commerciales qui ont permis son succès.

La presse nous abreuve d’un concert de louanges venu saluer sa disparition : d’Obama à Bill Gates, en passant par Besson, Sarközy et Martine Aubry, pas une voix n’a manqué pour élever une statue à la gloire du génial informaticien. lien

Barack Obama a bien voulu voir en lui « le meilleur exemple de l’incarnation du rêve américain », le magazine « Fortune  » l’a qualifié de « patron de la décennie » et le « Financial time  » de « personnalité de l’année ». (lien)

David Cameron a déclaré « Steve Jobs a transformé la façon de travailler et jouer », suivi par Sarközy qui n’en pensait pas moins, Fillon ajoutant qu’il avait « changé le quotidien de millions de gens  », le premier ministre irlandais Enda Kenny concluant « qu’il avait changé les mentalités dans le monde des affaires ». lien

Même les Jésuites ont donné de la voix pour saluer sa disparition, et Armstrong, le cycliste aux dopants invisibles s’est déclaré dévasté. lien

Mais toutes ces belles déclarations sont à mettre à la lumière d’une autre réalité.

A l’opposé de Ford ou de Général Motors qui ont fait la richesse de l’Amérique grâce aux centaines de milliers d’emplois crées, (lien) Jobs a radicalement changé de méthode.

Il a désintégré la chaine de fabrication, donnant aux travailleurs américains de la « Silicon Valley » la part belle : conception, marketing, et un peu de vente, mais laissant la production et la logistique à des entreprises chinoises, afin de profiter du bas cout de la main d’œuvre, leur imposant des conditions de travail dignes d’un esclavagiste. lien

Faut-il continuer d’applaudir à la délocalisation, laquelle plombe notre économie, car s’il est effectivement plus simple d’utiliser de la main d’œuvre bon marché à l’autre bout du monde, quid des entreprises qui tentent de survivre sur le sol du territoire national, et surtout, comment résoudre le problème du chômage, induisant une perte de la croissance, et un affaiblissement de la consommation. lien

D’autant que la situation du coté de la Chine n’est pas vraiment encourageante pour les travailleurs.

Les suicides, les cas d’empoisonnement se sont multipliés chez les sous-traitants chinois.

Même si, après avoir appris les conditions de travail scandaleuses qui régnait dans les 10 usines chinoises, Apple a décidé un audit social complet portant sur 288 sous-traitants, leur imposant en 2010 un nouveau code de conduite, beaucoup de mal avait été fait, et l’on s’est interroge encore s’il ne s’agissait pas d’une simple opération de communication.

Comme l’a écrit une ONG hongkongaise spécialisée dans la défense des ouvriers chinois : « c’est un peu tard, Apple a attendu que les scandales se multiplient pour annoncer des mesures. Mais ce n’est que l’application stricte de la loi. Depuis 3 ans, nous dénonçons les conditions de travail chez la plupart des sous-traitants d’Apple. Des enfants mineurs ont travaillé sur les lignes de production, il y a des clandestins aussi, les cadences imposées par Apple sont infernales, ce qui a conduit à des suicides d’ouvriers et puis il y a ceux qui ont été exposés à des produits chimiques. Sur tous ces points, les réponses d’Apple ont trop tardé ».

Pour la première fois, en effet, Apple a reconnu l’empoisonnement de 137 de ses ouvriers qui travaillaient pour le sous-traitant Wintek, à Suzhou, en Chine. Ils ont été exposés à un produit cancérigène, le n-hexane et demandent réparation.

Un rapport de 46 pages, intitulé « Bad Apple  » réalisé par des organisations de défense de l’environnement, dénonce les pratiques des entreprises chinoises travaillant pour Apple, lesquelles ont pollué gravement et durablement l’environnement, mettant en péril la santé des habitants autour des usines.

On y apprend que le géant informatique à pollué le lac Nantaizi par des métaux lourds, mettant en évidence des taux de cuivre 56 à 193 fois plus élevé que dans les autres lacs du secteur. lien

Le journaliste Jordan Pouille, de retour de Foxconn décrit dans une enquête qu’il a réalisé pour le journal « la Vie » « un camp de concentration ». lien

Dans cette usine géante, ils sont 300 000 a travailler 15 heures par jour, 6 jours par semaine, (parfois même 7 jours, si les commandes affluent) avec une pause de 10 minutes toutes les 2 heures, pour des salaires de 50 dollars par mois (lien) afin de fabriquer jusqu’à 3000 iPhone par jour. lien

Foxconn a démenti dans un communiqué une partie de ces informations, affirmant n’avoir que 160 000 employés, lesquels seraient payés au minimum 101 dollars par mois, ce qui sur le fond ne change pas grand-chose. lien

Apple a d’ailleurs reconnu que des progrès restaient à faire en matière de conditions de travail, admettant que les limites de travail hebdomadaire (60 heures) ont été dépassées 35% du temps sur une période de 7 mois, et que les employés ont travaillé plus de 6 jours par semaine 25% du temps. lien

De plus les travailleurs dorment dans des dortoirs de 200 lits et n’ont pas droit à recevoir des visites de l’extérieur. lien

Et ne parlons pas des enfants que les entreprises chinoises sous traitante d’Apple ont reconnu avoir engagé pour construire nos petits bijoux informatiques. lien

Suite aux pressions Apple a reconnu un « dérapage ». lien

Ma Jun, directeur d’une ONG pékinoise, enfonce le clou évoquant « la face sombre d’Apple » et déclarant « nous avions l’image d’une entreprise citoyenne, plutôt branchée, et qui devrait jouer un rôle de leader dans le monde de l’informatique et des nouvelles technologies. Au lieu de cela, Apple se révèle être l’entreprise la plus fermée et la plus obstructive qui existe ».

Même si à la suite de l’audit quelques améliorations ont été constatée, comme des études offertes jusqu’à l’âge de 16 ans à ceux qui ont travaillé pour Apple, les salaires augmentés, et que des filets anti-suicides ont été installés, 14 ouvriers de Foxconn ont encore attenté à leur vie en 2010 (lien) et en septembre 2011, un blogueur faisait le point du chemin qui restait à faire pour que la firme à la pomme soit a nouveau respectable, reprenant une belle couleur verte. lien

En 2010, outre les dérapages liés au monde du travail, Apple aura été responsable d’émission de 14,8 millions de tonnes de gaz à effet de serre. lien

Alors tant pis si le concert de louanges risque d’être terni par ces informations, mais comme le dit mon vieil ami africain : « la vérité n’est jamais blanche ou noire, elle est la plupart du temps grise ».

Merci à Corinne Py pour sa contribution.

L’image illustrant l’article provient de « fr.123rf.com »

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