Rogelio Maynulet et les débiles mentaux

2005/04/01

Rogelio Maynulet et les débiles mentaux


Ce n’est pas une coïncidence si ce titre rappelle celui de l’article concernant Terri Schiavo que j’écrivais, il y a deux semaines ; ils ont en commun de traiter des déboires d’individus réduits en pièce par le Juggernauth USA sous contrôle des zelotes bushistes. Terri nous a quitté hier matin, après 13 jours sans eau ni nourriture, ce que la loi interdirait comme un « châtiment cruel et inusité », s’il s’agissait de châtiment, mais est considéré comme un moindre mal si on parle de « respect de la vie ».
Aujourd’hui, on a chassé ignominieusement de l’armée américaine le Capitaine Maynulet, soldat littéralement exemplaire. On est passé à deux doigts de le mettre en prison pour des années. Rogelio Maynulet est un criminel : il a tué quelqu’un. En fait, il a froidement abattu un blessé sans armes. Horrifiant ! Comme l’a dit le Major John Rothwell, de la même armée américaine : « What kind of institution does the U.S. Army become, if assault with intent to commit voluntary manslaughter is an honorable act ? » C’est une question que beaucoup de monde se posent, depuis quelque temps déjà, mais voyons d’abord le crime de Maynulet.
Averti en catastrophe de prendre en chasse un véhicule que l’on soupçonnait d’abriter Muqtada al-Sadr – héros de la résistance iraquienne ou leader terroriste, selon les points de vue – Maynulet le fait comme un bon soldat, le rattrape à la tête de son groupe et le crible de balle. Les deux passagers sont blessés. Manque de pot, il ne s’agit pas de Muqtada al-Sadr : les Américains, on le sait ont un problème au palier renseignement/espionnage. Un problème d’ « intelligence », comme ils le disent si bien.
Mais les blessés, alors ? Dommage collatéral. 100 000 civils iraquiens sont morts depuis qu’a commencé le massacre des innocents. 100 000, 100 001, 100 002… Faudrait pas en faire un plat, n’est-ce pas ? Manque de pot, on l’a déjà dit. Manque de pot, manque d’intelligence… Pourquoi chercher plus loin ? Mais il y a tout de même deux (2) blessés. Un léger et l’autre que le toubib déclare irrécupérable. Qu’est-ce qu’on en fait ? Et c’est là que Maynulet me devient tout à coup sympathique.
Il pourrait décider qu’il a autre chose à faire que de ramener des blessés à l’hôpital et les abattre tous les deux. C’est la guerre, personne ne fait l’appel des Iraquiens au crépuscule: dommages collatéraux. Il pourrait les abandonner tous les deux au soleil en attendant le Medivac qui viendra à son heure : les Iraquiens ne sont pas prioritaires en Iraq. Il choisit une troisième voie, qui n’est pas celle du soldat exemplaire : il ramène le blessé léger pour traitement et achève celui qui souffre et pour qui il n’y a rien d’autre à faire. Une décision intelligente.
Un acte de compassion, enfin, dans cette aventure horrifiante qu’est la guerre en Iraq. Si un soldait américain me blessait mortellement, j’aimerais qu’un soldat américain intelligent m’achève. C’est la moindre des choses. Mais ce serait beaucoup demander. Que peut-on attendre de gens à qui on a tellement lessivé le cerveau qu’ils peuvent poser une question rhétorique, comme celle du Major Rothwell, sans en comprendre l’humour macabre ?
« Quelle sorte d’institution devient l’Armée américaine, si agresser avec l’intention de tuer devient un geste honorable ? » Si c’était un geste honorable, elle serait une vertueuse et héroïque institution. Mais puisque ce n’est pas un geste honorable, mais que c’est ce qu’elle fait sans arrêt, Major, l’armée américaine de Bush n’est plus qu’une horde de meurtriers et de barbares lâchée sur le monde.  Les entreprises de Bush ont déshonoré l’armée américaine.
Celui qu’a abattu Maynulet était désarmé, mais les civils qu’on bombarde sans arret sont-ils tous armés ? La victime était blessé, mais combien d’enfants blessés mortellement par un obus ont été achevés par un deuxième, sans que la compassion n’y intervienne en rien ?
Faire un procès à un soldat qui tue par compassion, au cours d’une guerre où l’on tue pour rien et où l’on torture par plaisir, est un exemple de cette morale à laquelle on a réduit l’Amérique, une morale qui ne s’intéresse plus qu’à la forme – qu’on peut médiatiser – et qui ne comprend même plus la notion de bien et de mal. Il y a eu des empires plus cruels que les USA – du moins jusqu’à ce jour – mais il devient douteux qu’il y en ait eu beaucoup de plus déséquilibrés dans leur vision du monde. On est sur le chemin du « Deus Vult » des Croisés et du Herrenvolk aryen: la débilité mentale érigée en credo.
Il n’était pas « bien » de laisser Terri Schiavo mourir de dénutrition quand on pouvait mettre fin à ses souffrances. Il n’aurait pas été « bien » que Maynulet laisse crever dans la douleur le pauvre type qu’il avait mortellement blessé par erreur. Il n’aurait pas été politiquement acceptable qu’on prenne Terri en pitié et il faut bien évacuer Rogelio, puisqu’on l’a filmé, mais qui se demande où est le bien et le mal ? Répétez après moi, Major : est bien ce qui fait du bien aux gens et mal ce qui leur fait du mal. Répétez après moi, Monsieur le Président….
J’ai peur pour le monde de voir le pouvoir entre les mains de tartuffards à prétention de croisés, dont la spiritualité se borne à ânonner le mot Jésus, dont l’hypocrisie conduit à des arnaques du type Enron et dontl’absence totale de charité permet que se développent des chancres sociaux comme le Bronx ou South Central. Le rouleau compresseur de la pudibonderie et des slogans bondieusards qu’on a imposés  aux USA est à broyer l’éthique millénaire de la civilisation occidentale.
Cela dit, il n’y a rien à gagner à décrire l’abject avec complaisance. Tout a été dit sur la politique de Bush et ce qui va suivre, hélas, est évident. Je ne reparlerai des USA que pour en dire du bien. Un jour. Quand l’intelligence y reviendra au pouvoir. Quand les débiles auront été traités. Guéris ou mis en garde-à-vue.
Pierre JC Allard

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