Sarko-pipeau-show : le décryptage

On s’y attendait, on n’a pas été déçu : le président sortant-candidat s’est livré hier soir à une grosse opération d’intoxication en accumulant les mensonges. Comme toujours. Retour sur un véritable festival d’ « enfumage », comme le dénonce avec justesse Jean-Luc Mélenchon.

« En octobre 2011, lors d’une intervention télévisée, Nicolas Sarkozy s’était opposé à une hausse « généralisée » de la TVA car, avait-il souligné, « cela pèsera sur la consommation ». « Ce serait facile et injuste. Je ne l’accepterai pas. » Quatre mois après, le chef de l’État a annoncé dimanche 29 janvier une hausse de 1,6 point de la TVA, qui passerait donc de 19,6% à 21,2%. » Facile et injuste : voilà ce qu’il fait aujourd’hui ! Tout en prétendant contre la logique et l’intelligence « qu’il n’y aura pas de hausse des prix car « la concurrence maintiendra les prix ». D’ailleurs, « Le 1er janvier 2007 l’Allemagne a augmenté son taux normal de TVA de 3 points pour permettre de diminuer les cotisations sociales (pour un point) et réduire le déficit public (pour 2 points), rappelle Rue89. Dimanche soir, Nicolas Sarkozy, qui propose une réforme similaire, a affirmé que cela n’avait pas eu d’impact sur la hausse des prix et que cela avait favorisé la compétitivité allemande. » Et le site de se référer à la Cour des comptes : « Selon une étude de la Bundesbank, une grande partie de cette augmentation de la TVA a été répercutée dans les prix : selon la banque centrale allemande qui fonde son analyse sur un panier de 40 biens, l’augmentation de 3 points de la TVA aurait contribué pour 2,6 points à la hausse des prix en 2007. La question de l’effet économique de cette hausse de la TVA, notamment en termes de compétitivité, reste en revanche peu documentée. » La conclusion est implacable : « Si l’on comprend bien, la hausse de la TVA se répercute quasi-intégralement dans les prix et pèse donc sur les consommateurs tandis que l’effet « compétitif » de transfert des cotisations sociales vers cette même TVA est pour le moins… incertain. Voilà pour le modèle allemand tant vanté. »

Toujours sur la « TVA sociale », Sarkozy a dit hier : « Ce mot n’a aucun sens ». Depuis le temps que nous dénonçons cet oxymore, il le reconnaît enfin ! Mais il a ajouté : « Vous ne m’avez jamais entendu le prononcer ». Énorme mensonge évidemment, éventé par Le Monde : « dans son livre, Ensemble, paru en avril 2007, celui qui était alors le candidat de l’UMP proposait « qu’avec l’accord des partenaires sociaux, toute avancée dans le sens de la TVA sociale s’accompagne d’un grand rendez-vous social à la fin de chacune des deux années suivantes ». « Si la TVA sociale contribue à freiner les délocalisations, si elle est bonne pour l’emploi, si elle est bonne pour la croissance, si elle ne pénalise pas le pouvoir d’achat, alors nous ferons la TVA sociale », avait-il aussi déclaré le 20 juin 2007, lors d’un discours de politique générale aux parlementaires de la majorité, juste après son accession à l’Élysée. »  Le linguiste Jean Véronis livre le texte complet de ce discours : Sarkozy utilise l’expression « TVA sociale » à huit reprises ! Pour ne jamais l’avoir entendu le prononcer, il faut être pour le moins dur de la feuille.

Achevons la démonstration avec Owni, qui recense toutes les « erreurs » proférées concernant l’Allemagne : Depuis 2003, Berlin a en effet mis en place une série de dispositifs de retour à l’emploi par des temps partiels exonérés de charge, les “mini jobs” (loi Hartz I à IV), qui complètent un autre emploi ou petit boulot. Au départ limités à 15 heures par semaine, ces boulots ciblant principalement les jeunes sont plafonnés à 400 euros par mois, avec 25% de charges salariales forfaitaires mais sans couverture sociale. Malgré la création d’emploi de transition (les “midi jobs” de 400 à 800 euros avec une couverture sociale), les “mini jobs” ont explosé et concerneraient, selon le rapport sur les performances de politiques sociales en Europe des députés Michel Heinrich et Régis Juanico, un travailleur sur quatre. « Le nombre important et croissant de “mini jobbers” conduit à nuancer les chiffres du chômage. Plusieurs études et syndicats soulignent qu’une part significative des “mini jobbers” (surtout les femmes, majoritairement concernées par ces dispositifs) souhaiterait travailler davantage. Or, le mini-job a échoué dans son objectif de permettre une transition vers un midi-job ou un emploi régulier à plein temps. Au contraire, il conduirait à une précarisation croissante de l’emploi, de même qu’à une paupérisation des bénéficiaires dans la mesure où une rémunération de 400 euros est en deçà du salaire de subsistance. » Voilà donc le « modèle » que le cynique voudrait importer en France : un travailleur sur quatre à 400 euros par mois ! « Entre 2000 et 2010, la richesse nationale allemande a crû de 25%, passant en valeur de 2000 à 2500 milliards d’euros annuels, résume L’Expansion. Si les bénéfices des entreprises et les revenus de placement ont fortement augmenté, ce n’est en revanche pas le cas des revenus des travailleurs allemands. En effet, pour regagner des parts de marché à l’export, principal moteur de l’économie, l’Allemagne a appliqué depuis le début des années 2000 un politique de désinflation compétitive, autrement dit de forte modération salariale. Résultat: alors que le salaire annuel moyen a crû de 10,8% en France sur la période 2000-2009, il n’a progressé que de 1% outre-Rhin. En termes nets réels, les salaires des travailleurs allemands ont même diminué de 2,5% sur la période. (…) la chute des revenus nets réels a été bien plus forte sur la période pour les bas salaires (-16% à -22%) que pour les revenus les plus élevés, qui affichent eux une légère hausse de 1%. En comparaison, les revenus nets des ouvriers français ont progressé de 0,5% en moyenne par an sur la période 1995-2008, grâce au dynamisme du Smic. » Ce Smic que nos antisociaux UMPistes rêvent de supprimer, pour mieux exaucer le patronat – qui réclamait à corps et à cris  la « TVA sociale », entre parenthèses. Ce que Parisot veut, Sarkozy le peut. Pour conclure sur l’Allemagne, horizon indépassable de la droite, lisons ce qu’écrivait en juillet dernier à ce sujet Gilles Raveaud, maître de conférences en économie à l’Institut d’Etudes Européennes de l’université Paris 8 Saint-Denis :« Ce qui se passe en Allemagne dépasse l’entendement. Qu’un seul dirigeant ou journaliste ose continuer à parler de “modèle allemand” autrement que pour le critiquer alors que ces informations s’accumulent depuis des années relève soit de l’ignorance soit de la méchanceté à l’égard des salariés européens, à commencer par les plus pauvres des salariés allemands. » Ça s’appelle juste la droite française, un ramassis de menteurs au service de l’oligarchie qui veut briser tous nos acquis sociaux pour le plus grand bénéfice de leurs amis, bien soutenus par les éditocrates qui squattent les médias dominants.

Owni poursuit son salutaire décryptage avec une autre affirmation du guignol de l’Élysée : « Dans tous les pays du monde, quand ils sont en crise, le prix de l’immobilier baisse. Sauf un : la France, où il continue à monter ». Encore faux ! « Pas besoin de passer en revue le monde entier pour voir que cette exagération dans le propos ne se retrouve pas dans les chiffres. Au niveau européen, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, le Luxembourg et la Finlande ont vu leur indice des prix de l’immobilier augmenter du lendemain de la chute de Lehmann Brothers (quatrième trimestre 2008) au troisième trimestre 2011. En Suède, il est même passé de 125,4 (avec 2005 pour base 100) à 142,5 sur la même période, avec seulement un léger fléchissement fin 2010. » Une dernière pour la route ? « Nous sommes le pays d’Europe qui a les dépenses publiques les plus lourdes. » Ça, il le dit sans cesse mais c’est toujours mensonger : « Si la France est dans le peloton de tête avec 56,6 % de son PIB en dépenses des administrations publiques, elle est dépassée par deux autres Etats membres : d’une courte tête par le Danemark (58,2 % en 2010) et de dix gros points par l’Irlande (66,8 % pour la même année). »

Conclusion en vidéo  avec le candidat que nous soutenons :

Mélenchon, présidons !

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