Sarkozy, champion de la dette

Hier, mardi 26 juillet, a été rendu public par Le Figaro, relais élyséen canal habituel, le contenu d’une lettre que Nicolas Sarkozy vient d’adresser à l’ensemble des parlementaires, députés et sénateurs (une première sous la Ve république). L’objet de ce courrier : vanter le plan anti crise grecque et, entre les lignes, appeler à graver dans le marbre constitutionnel la désormais fameuse « règle d’or » budgétaire qui vise à contraindre les futurs gouvernants de l’État français à rester dans les clous du déficit autorisé par l’Union européenne…

En prenant cette initiative, Nicolas Sarkozy, plus retors et plus manipulateur que jamais, espère mettre en difficulté les socialistes, favorables à une diminution drastique de la dette, mais opposés à ce carcan budgétaire afin de garder la possibilité d’une gouvernance plus souple en cas de nécessité. En l’occurrence, le locataire de l’Élysée joue un jeu dangereux car notre Machiavel aux petits pieds aura bien du mal à faire passer pour un costume de Père-la-vertu budgétaire l’habit de Champion de la dette qu’il a, avec une irresponsabilité jamais démentie depuis, endossé dès sa première accession à un maroquin ministériel en 1993. Comment pourrait-il en aller autrement alors que, comme le rappellent avec pertinence, et sur un ton justement indigné, les caciques et les éditorialistes de gauche, la dette française est passée, depuis l’accession à la fonction présidentielle de notre prétendu converti à la rigueur budgétaire, de 1250 milliards à… 1650 milliards, et bientôt 1700 milliards ?

Ne nous leurrons pas : Nicolas Sarkozy, soutenu par les grandes fortunes et les patrons du CAC40, fera feu de tout bois pour être réélu à la Présidence en 2012 et amplifier, au détriment des classes populaires et moyennes, le travail de détricotage du droit social français qu’il a entrepris avec un zèle gourmand depuis sa prise de fonctions en 2007. Dans ce but, il n’hésitera pas à utiliser les ficelles les plus grossières, les plus manipulatrices, voire les plus nauséabondes comme l’a montré sa scandaleuse politique anti-rom de l’été 2010. Le courrier qu’il vient d’adresser aux parlementaires pour leur proposer d’adopter, lors d’un prochain Congrès* à Versailles, cette « règle d’or » budgétaire s’inscrit dans cette stratégie de reconquête. Car de deux choses l’une : soit une partie des élus de gauche vote pour en se solidarisant avec la droite lors de ce Congrès, et le texte est adopté ; soit les élus de gauche votent contre, et la majorité nécessaire des 3/5e n’étant pas réunie, le texte est rejeté bien qu’il ait été auparavant symboliquement voté par les deux assemblées à la majorité simple. Dans le premier cas, Nicolas Sarkozy, plus égotique et immodeste que jamais, embouche les trompettes de sa propre renommée. Dans le deuxième, il rejette sur les socialistes la responsabilité de l’échec en les accusant : 1° de s’opposer au redressement des comptes publics de la France ; 2° d’exposer notre pays à une dégradation de sa note par les Agences de notation et à une augmentation concomitante des taux d’intérêts auxquels il est soumis.

Cela, c’est la théorie et le rêve élyséen. Nicolas Sarkozy prendra-t-il pour autant le risque de réunir le Congrès et d’aller vers un échec qui semble écrit d’avance. Pas si sûr, car cette initiative risquerait fort de se retourner contre lui. D’une part, et n’en déplaise aux stratèges sarkozystes, un échec présidentiel, quel qu’en soit la nature, se traduit presque toujours par un ressenti négatif dans l’opinion. Problème pour Sarkozy. D’autre part, cet échec risquerait fort de mettre en lumière au plan international l’état des finances françaises et d’alimenter dans les Agences de notation la crainte d’une nouvelle fuite en avant des déficits de notre pays. D’où un risque aggravé de dégradation de la note. Problème pour la France.

La probabilité : que Nicolas Sarkozy, après une action de communication centrée sur sa lettre aux parlementaires et orchestrée par les porte-flingues habituels de l’UMP, renonce à réunir le Congrès. Un choix qu’il serait bien avisé de faire s’il ne veut pas que l’on pointe un doigt trop accusateur sur sa gestion irresponsable des finances publiques. Rappelons à cet égard que Nicolas Sarkozy a été ministre du Budget dans le gouvernement d’Édouard Balladur, puis ministre des Finances dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin avant d’être, depuis quatre ans, chef de l’État et par conséquent le principal décideur des orientations budgétaires.

Trois rôles différents, dans lesquels Nicolas Sarkozy a toujours été impliqué au premier plan dans les Lois de Finances de notre pays. Trois rôles dans lesquels, de 1993 à 1995, puis en 2005, et de 2007 à 2011, la dette (voir graphique) a filé dans des proportions spectaculaires, y compris au début du mandat en cours, avant qu’intervienne la crise de l’automne 2008, largement utilisée depuis comme alibi de l’incurie gouvernementale. Cruel constat : on observera sur le graphique que, dans un océan de dette creusée très largement par la droite, la seule véritable et durable période d’accalmie est due à la gouvernance du socialiste Lionel Jospin.

Avant d’écouter les sirènes de l’UMP et leur chant trompeur, les électeurs de droite issus des classes populaires feraient bien d’assimiler ces chiffres, ils sont parfaitement védiques et démontrent de manière éloquente la duplicité de la propagande sarkozyste !

Á lire sur AgoraVox l’excellent article d’Henry Moreigne intitulé « Nicolas Sarkozy : le grand retour du storytelling »

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