Sarkozy et les enveloppes en liquide de Bettencourt : l’étau se resserre

« Tiens, revoilà Patrice de Maistre, annonce Daniel Schneidermann dans sa chronique d’hier pour @rrêt sur imagesVous vous souvenez de l’ancien gestionnaire de fortune des Bettencourt ? Eh bien il dort en prison depuis la fin de la semaine dernière. Le juge d’instruction bordelais Patrick Gentil l’a placé en détention provisoire. Si vous avez bien tendu l’oreille, vendredi, vous en avez peut-être entendu parler, dans le brouhaha des djihadistes et des salafistes. France Inter, ce matin, nous en disait plus. Vous savez pourquoi de Maistre est en prison ? Parce que le juge a découvert une nouvelle filière de rapatriement par les Bettencourt d’argent liquide de Suisse, et établi que les dates de rapatriement coïncidaient, pendant la campagne de 2007, avec une visite de Sarkozy en personne au domicile des Bettencourt. Oui oui, Sarkozy lui-même, le candidat, même pas Woerth. Vous conviendrez que l’information est intéressante. Rien n’est prouvé évidemment. Il n’est pas prouvé que André Bettencourt, au cours de cette visite d’un quart d’heure, a remis une enveloppe à Sarkozy. Mais ce qui semble certain, c’est que le juge le soupçonne assez fort, pour avoir envoyé de Maistre derrière les barreaux. Quelle place cette nouvelle a-t-elle reçu, aux radios du matin ? Heureuse coïncidence, France Info recevait justement un certain Sarkozy Nicolas. Et alors ? Alors, pas la moindre question (l’ami Hees n’a pas été nommé président de Radio France pour rien). Sur France Inter, calculons large: une bonne minute. Pour le reste, les intervieweurs matinaux préfèrent tartiner sur la queue de comète Merah. »

Schneidermann s’appuie sur les explosives révélations du Journal du dimanche : « Dans son ordonnance du 22 mars, le juge Gentil insiste sur les deux versements de 2007 qui l’intriguent en liaison avec la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Patrice de Maistre et Éric Woerth, le trésorier de l’UMP, ont admis s’être rencontrés une première fois le 19 janvier 2007 « à 8h30 dans un bar de Paris situé à proximité du siège de campagne du candidat Nicolas Sarkozy », écrit le juge, dans le 10e arrondissement. Or le premier versement en espèces de 2007 a lieu le 5 février, « deux jours avant le deuxième rendez-vous dans un bar entre Patrice de Maistre et Éric Woerth intervenu le 7 février 2007″, souligne le magistrat. En clair, la date d’arrivée des fonds venus de Suisse semble coïncider avec la date de rendez-vous Woerth-Maistre. La deuxième remise de 2007, le 26 avril 2007, est elle aussi de 400 000 euros. Le juge Gentil note qu’elle a lieu le même jour que la « mention de François-Marie Banier d’une conversation de Liliane Bettencourt qui lui confie : ‘De Maistre m’a dit que Sarkozy avait encore demandé de l’argent. J’ai dit oui’« , poursuit le juge Gentil dans son ordonnance. « Il convient de noter que des témoins attestent d’une visite du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy au domicile des Bettencourt pendant la campagne électorale de 2007, que des investigations sont donc nécessaires s’agissant de ces premières remises de 2007″, continue le magistrat, s’appuyant sur des témoignages d’employés des Bettencourt affirmant qu’outre un dîner avec Cécilia, Nicolas Sarkozy aurait été reçu, un quart d’heure, par André Bettencourt au printemps 2007. En clair, noir sur blanc dans son ordonnance demandant l’incarcération de Patrice de Maistre, le magistrat bordelais soupçonne qu’une partie des fonds en espèces récupérés par les Bettencourt a servi au financement de la campagne de 2007. »

On dirait bien, malgré l’omerta des grands médias, que l’étau se resserre.

Mise à jour du 28 mars 2012 : le quotidien gratuit Métro utilise la même expression que celle de notre titre, « L’étau se resserre autour de Nicolas Sarkozy. Tandis que les mises en examen et les interrogatoires pleuvent dans la tentaculaire affaire Bettencourt, Le Monde daté de mercredi nous apprend que le juge Jean-Michel Gentil, en charge de cet encombrant dossier au tribunal de grande instance de Bordeaux, s’intéresse désormais de très près au cas du chef de l’État, et du financement présumé occulte de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007, s’appuyant sur des documents consultés par des journalistes du quotidien. »

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