Sarkozy peut-il tenir?

Les jours se suivent, et se ressemblent.

Chaque semaine qui passe amène son lot de mauvaises nouvelles pour le pouvoir en place.

Sarkozy a beau battre le rappel des troupes, et maintenir le mot d’ordre : il faut rester solidaires, les premières fissures apparaissent dans le camp gouvernemental.

Dans les colonnes du dernier « le Point » le centriste François Sauvadet déclare « je reviens de chez moi, la rumeur est désastreuse, on ne tiendra pas comme çà ».

Au sujet des deux dernières démissions ministérielles, il semble bien que Nicolas Sarkozy ait voulu faire croire aux médias et à ses troupes qu’il en était à l’origine. lien

« On a du prendre de décisions difficiles avec François (Fillon). C’est jamais facile. Mais c’était indispensable. Les français n’auraient pas compris qu’on ne fasse rien face à de telles erreurs de comportement. C’est pas simple, mais c’est aussi ma responsabilité. Alain Joyandet était en train de craquer à titre personnel ».

Or, il apparait que la vérité est légèrement différente de celle proposée par le Chef de l’Etat.

C’est Joyandet qui, devant la pression à posté sur son blog, vers 18h30, le dimanche 4 juillet, un message annonçant sa démission. lien

Il avait rédigé auparavant le vendredi 2 juillet une lettre de 4 pages expliquant sa décision, et les motifs de celle-ci.

Il se savait dans le collimateur de Sarkozy, sachant qu’en octobre, il serait « débarqué ».

Il préférait prendre les devants.

Il avait proposé sa démission lors d’une réunion pour l’organisation du 14 juillet à Sarkozy, lui implorant de lui accorder 2 minutes.

Ayant attendu tout le weekend, sans nouvelle du Président, il a mis l’Elysée devant le fait accompli en annonçant sa démission sur Internet.

Quelques minutes après sa mise en ligne du message, Sarkozy l’a appelé en lui hurlant au téléphone « comment oses-tu ! Retire çà tout de suite ». (« Le Point, n° 1973, p 38)

Peine perdue.

Alors, pour ne pas perdre la face, Sarkozy décide de démissionner Christian Blanc.

Les deux ministres dans la même charrette de la honte pourront faire croire que c’est lui qui a pris la décision d’exclure Blanc en même temps que Joyandet.

Une petite vengeance, en quelque sorte.

Mais revenons à Eric Woerth.

Grace aux révélations du « Canard Enchaîné », on apprend dans un rapport de 36 pages que la gestion de l’ADO, agence dont Woerth était directeur, n’était pas exempte de défauts.

« Une gestion dispendieuse » et « sa dépendance» envers le Conseil Général de l’Oise vaudra au président de celui-ci, Jean François Mancel 18 mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêt.

Les juges s’étonneront aussi de l’augmentation de salaire de Woerth de 44% en 2 ans, ainsi que la mise à disposition d’une voiture de fonction non prévue dans son contrat, et d’un remboursement excessif de frais d’essence à hauteur de 15 060 francs pour 1998.

Les magistrats relèveront également une dépense de 9000 francs de frais d’avocats payés par l’agence, alors que l’affaire était personnelle et aurait du être payée par Woerth lui-même.

Pour finir, la chambre remarquera, à propos d’audits commandés par l’agence que : « sous couvert d’études, l’ADO attribue, souvent, en fait, des subventions indirectes ». lien

Auteurs de ces rapports, le cabinet Brossart Consultants, que la chambre qualifiera « d’une qualité extrêmement médiocre », doutant de leur utilité pour l’ADO, ou le Conseil Général de l’Oise.

Comme par hasard, lorsqu’il quittera l’ADO, avec une jolie prime de près de 30 000 euros, Woerth sera embauché par Bossart Consultants.

On le voit, plus on avance, plus on découvre un aspect de la personnalité du Ministre assez éloignée de l’image de chevalier blanc qu’il veut se donner.

Les déclarations de Claire Thibout,  l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt, concernant « les enveloppes » et la somme de 150 000 euros versée à Sarkozy pour sa campagne présidentielle ne font que noircir un peu plus le tableau. lien

En effet, même si sous la pression, Claire Thibout est revenue sur quelques détails que lui prête médiapart, ce dernier confirme l’intégralité de son interview.

Entendue le 7 juillet, elle a confirmé la demande faite de réunir 150 000 euros en espèces pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. lien

Interrogé par un officier de police elle a déclaré, concernant Eric Woerth : « je leur ai dit (aux collègues de l’officier de police) que m. de Maistre m’a demandé avant les élections présidentielles d’aller lui chercher 150 000 euros à la banque. Je n’avais pas la possibilité de traiter une telle somme car il fallait une autorisation spéciale. Quand je lui ai demandé pourquoi c’était faire, pourquoi une telle somme, il m’a répondu qu’il devait organiser un diner avec Mr Woerth pour la lui remettre »

Alors bien sur, le Parquet de Nanterre s’est saisi de l’affaire, mais faut-il oublier pour autant que le juge Courroye, dénigré par ses confrères qui lui ont attribué le sobriquet de « courroye de transmission », est considéré dans les enregistrements secrets comme favorable à Liliane Bettencourt.

On peut aussi s’interroger sur la décision de ce juge d’ouvrir de son propre chef une enquête contre le maitre d’hôtel pour « atteinte à la vie privée ».

Il ne faut pas oublier non plus que ce juge après avoir pris la direction de l’enquête en 2008, faisant placer François Marie Banier en garde vue, et demandant une expertise médicale sur Liliane Bettencourt, a fait volte face en 2009 classant le dossier sous prétexte de problème de procédure.

Comment Sarkozy pourrait-il tenir encore longtemps en gardant dans l’équipe gouvernementale Eric Woerth ?

On comprend qu’il le veut, puisque celui-ci joue en quelque sorte le rôle involontaire de fusible, et que s’il s’en sépare, Sarkozy se retrouvera en première ligne sous le feu des critiques.

L’été sera chaud, nul d’en doute, et nous ne sommes vraisemblablement qu’au début d’un long et douloureux feuilleton.

Et puis, pas besoin d’envoyer des fleurs à l’Elysée, puisque, comme on l’apprend dans la presse allemande, celles qui sont fournies tous les ans, pour fleurir les 300 mètres carrés des salons privés de l’Elysée, nous coutent 280 000 euros. lien

Est-ce bien raisonnable par ces temps de crise ?

Car comme disait mon vieil ami africain :

« Tout à une fin, sauf la banane qui en a deux ».

Olivier Cabanel

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